‹ Rhumatisme CérébralChapitre 5 sur 16 · TE D CRE · texte numérisé non relu

TE D CRE

sèche et rouge à la pointe. On prescrit pour la journée trois bains froids à 20°, avec affusion sur la tête d’une eau plus fraîche, et une potion avec 6 gr. de bromure de potassium que le malade prendra en trois fois: à midi, à 4 heures et à 8 heures.

A 10 heures, le malade est plongé dans le bain froid: il y reste 10 minutes. À la suite de ce bain période de repos relatif et de lucidité qui dure environ deux heures; puis la loquacité du matin se reproduit jusque vers 3 heures où le malade tombe dans un mutisme absolu d’où il est impossible de le tirer par paroles ou par gestes. Cet état de coma vigil dure encore à 4 heures quand on prescrit un second bain.

A la suite de ce second bain, nouvelle période de loquacité avec hallucinations (vue de fumée, crainte d’explosion, mouvements pourse cacher). À cette période d’excitation succède de nouveau le coma vigil dans lequelil estencore plongé à 8 heures. Impossible d'obtenir une réponse, yeux fixes, eonvulsés, pupilles dilatées à l’extrême; conjonctives injectées, muqueuse cornéenne à peine sensible au contact, impressions visuelles probablement très obscures, car on peut menacer le globe de l’œil sans amener le clignement des paupières. Contractures dans les quatre membres et un peu de trismus.

À huit heures nouveau bain: le coma se dissipe et le malade passe la nuit dans un état d’agitation extrême et toujours inondé de sueur.

10.— L'œil est plus animé, plus intelligent, le malade répond quelquefois quand on l’interroge, mais il est plongé dans un délire complet; idées et paroles incohérentes avec dédoublement de la personnalité toujours prédominante. Contractures généralisées; membre supérieur raide, pouce dans l’adduction et l'extension, doigts demi-fléchis, membres inférieurs également rigides, trismus: raideur absolue du tronc; quand on asseoit le malade sur son lit, il est raide

comme une barre de fer; pas de paralysie des globes oculaires, pas de strabisme, pupilles dilatées mais moins qu’hier et les impressions visuelles sont mieux ressenties. La sensibilité générale est émoussée sans être abolie, de fortes piqûres provoquent des mouvements réflexes et le malade porte la main aux endroits piqués. Il répand une odeur de matières fécales et d’urine; le lit est complètement mouillé par la sueur et probablement par l'urine, la vessie est vide. Langue blanche et humide: il ne demande ni aliments. ni boissons, mais prend facilement ce qui lui est prescrit; les genoux ne contiennent qu’une petite quantité de liquide et paraissent indolents; la matité du cœur est dans ses limites normales. Il existe entre les deux bruits du cœur, surtout dans la région de la pointe, un bruit qui paraît être plutôt un frottement péricardique qu'un souffle. Pouls' 120, régulier par moments, et par moments intermittent. On prescrit encore trois bains et 6 gr. de bromure de potassium à prendre comme la veille.

À la suite d’un premier bain, le malade reste dans un état d’excitation considérable, chantant et criant pendant une heure'ou deux, puis une période de calme se produit, pendant laquelle le malade répond et reconnaît les personnes qui l'entourent: à un autre moment, il ne prononce plus que des paroles incohérentes. Un nouveau bain donné à 4 heures ne modifie pas sensiblement la situation; le délire, les hallueinations et le dédoublement de la personnalité persistent. A huit heures du soir, quand on donne le troisième bain, l’état est le même. Immédiatement après le bain, sommeil d’une heure, et dans le courant de la nuit plusieurs assoupissements d’une demi-heure environ. Le reste du temps le délire est calme: les contractures et le trismus ont disparu.

11.— Expression de la face beaucoup plus naturelle que les jours précédents; bon regard, par moments réponses justes, d’autres fois paroles incohérentes. Pas de contractures,

pas de trismus, sensibilité générale parfaite; les forces sont assez bonnes, le malade peut s'asseoir tout seul sur son lit. Jointures toujours indolentes et à peine tuméfiées, température élevée; pouls 80, de temps en temps intermittent. Au cœur mêmes signes stéthoscopiques que les jours précédents, souffle ou frottement réunissant les deux temps. Constipation opiniâtre, urines rendues volontairement, sueurs profuses. Urine concentrée, de réaction neutre, densité 1024, donnant par l'acide nitrique une vive effervescence, et une coloration hémaphéique assez intense ainsi qu’un léger précipité d’albumine obtenu aussi par la chaleur. On donne un bain froid.

À quatre heures du soir, le malade est trouvé tout-à-fait lucide et au moment où on l’asseoit dans son lit on s'aperçoit qu’il souffre cruellement à la région du cou de douleurs à la fois musculaires et spinales empêchant le moindre mouvement. D’après cette double indication du retour de l’intelligence et des douleurs, le deuxième bain froid n'est pas appliqué. A neuf heures, le délire avait recommencé tout comme le matin. La nuit se passe sans sommeil et le malade agité cherche à se lever et prononce tout le temps des paroles n'ayant entre elles aucune liaison.

12. Intelligence incomplète, le malade répond bien à certaines questions et estassez calme, mais quelquefois s'adresse à un interlocuteur invisible avec lequel il semble entretenir une conversation. Il existe de nouveau quelques contractures mais pas de trismus. Les douleurs signalées hier à la région du cou n'existent plus, et le malade peut exécuter tous les mouvements de latéralité. Pouls excessivement irrégulier, variant en quelques minutes de 60 à 88 pulsations avec des intermittences nombreuses ; matité précordiale normale, souffle au premier temps et aux deux orifices. Langue un peu sèche, rouge à la pointe, blanche et chargée à la base: une

NN selle après lavement. Respiration libre, pas de toux. Urine haute en couleur, densité 1021, hémaphéique et faiblement albumineuse.

Le malade prend trois bains froids dans la journée, tout le temps il est dans un état de délire tranquille avec hallucinations portant sur des objets divers (il a les doigts coupés, les jambes emportées par un boulet de canon, il travaille à faire des rapports, etc., etc.). Il existe presque constamment des contractures généralisées ; les forces sont remarquablementconservées, le malade remonte lui-même agilement sur son lit, les douleurs articulaires ont complètement disparu; le cœur présente toujours des irrégularités dans le rhythme et la force de ses baitements : œdème des pieds et de la partie inférieure des jambes.

13. Insomnie absolue pendant la nuit qui vientde s’écouler, cependant quelques heures detranquillité. Mutisme, concentration, difficulté d’attirer l'attention, contractures fortes, généralisées, un peu de trémulationet contraction fibrillaire des muscles, il a rendu des urines involontaires. Pouls 100 extrèmementirrégulier, le bruit de souffle signalé encore hier à la région précordiale est aujourd’hui peu appréciable. L’œdème malléolaire a disparu, mais il s’est produit à la partie inférieure de la jambe et sur le dos des pieds des hémorrhagies à la base des poils. Sueurs profuses surtout au front. Urines rouges, sans sédiments, densité 1022; réaction acide, l’acide nitrique produit de l’effervescence, une coloration brunâtre peu accusée et un louche très léger; la chaleur produit à peine un trouble appréciable. On prescrit encore trois bains.

Dans la journée, à la suite d’un premier bain à 8 heures du matin, période d’excitation et hallucinations ; le malade veut s’élancer hors de son lit et est maintenu difficilement par deux infirmiers. A cette période d’excitation succède vers

LA

ARTE une heure un temps de tranquillité et presque de dépression pendant lequel le malade reste muet et ne répond que de temps en temps aux questions qui lui sont posées: même état de calme pendant la soirée; plusieurs heures de sommeil.

14. Lucidité complète, peu de paroles, mais justes, pas de contractures, chaleur modérée à la peau, langue ayant tendance à se sécher, soif. Pour la première fois, on remarque dans la journée d’hier et cette matinée un peu de toux; il existe en effet un peu de submatité occupant surtout le tiers inférieur du poumon gauche en arrière avec respiration obscure et râles muqueux isolés (hypostase); à droite sonorité et respiration normale. Pouls assez irrégulier et à 80: bruit de souffle très net au premier temps et aux deux orifices. L’œdème n’a pas reparu, les pétéchies de la jambe droite pâlissent et il ne s’en est pas montré de nouvelles. Urine toujours hémaphéique et légèrement albumineuse. Il prend un bain froid à 8 heures du matin. Le reste de la journée se passe sans bains. À deux heures de l’après-midi, crise d’agitation assezsemblable à celle d’hier, mais beaucoup plus violente et exigeant la camisole de force. Cette crise dure une heure environ et ensuite le malade revieut dans le calme avec cette demi lucidité qu’on avait déjà observée le matin. Dans la nuit plusieurs heures de sommeil interrompu par des gémissements et sans doute par des cauchemars.

15. Ce matin lé malade est calme, ses réponses sont le plus souventincohérentes : tendances à se plaindre, à pousser des cris et cependant il n’existe aucune douleur à siège fixe: pouls variant de 68 à 90 et parfois intermittent; souffle cardiaque comme hier: toux rare, quelques crachats mucopurulents, striés de sang, les mucosités nasales renferment aussi quelques stries de sang. Matité peu prononcée à la base du poumon gauche mais respiration obscure et râles

muqueux. Constipation, langue blanche avec tendance à se sécher: ayant été touchée avec le doigt, le malade y perçoit des saveurs particulières. Pas de sueurs, urine d’une densité de 1027, de réaction acide, de coloration orangé, fait effervescence et présente une teinte acajou très prononcée par l’acide nitrique, rien par la chaleur. Les bains froids sont interrompus et on revient au bromure de potassium à la dose de 6 grammes par jour.

La médication froide avait duré en tout six jours et se composait de 14 bains froids à 20° avec affusion sur la tête d’une eau de 16° à 18°. La température n’est pas ici relatée jour par jour, parce que ces chiffres séparés ne disent rien à l'esprit: j'ai préféré .de beaucoup la présenter d’un seul coup-d’œil sur une courbe. Il me suffira de dire que la température était loin d’être hyperpyrétique; elle à continuelle-

ment oscillé pendant ces six jours entre 39 et 38 et a suivi

tout le temps de la médication froide une marche régulièrement descendante.

Le reste de la journé du 15 se passe dans un état de calme mais avec des idées délirantes d’une singulière fixité. Le malade se refuse à rien prendre, boissons ou aliment, en suspecte le goût et ne se décide à avaler un petit morceau de pain qu'après l'avoir pressé entre ses doigts; il paraît craindre le poison, la mort, etc., accuse une hypéresthésie générale: le moindre contactprovoque des plaintes etdes cris, et quelques instants après au même point ne provoque plus de douleur; sommeil assez tranquille.

16.Ce matin intelligence dans le même état qu’hier : le malade n’a pas exprimé d'idées délirantes: il répond avec mauvaise humeur et brièvement. Îl demande à manger: pas de contractures mais hypéresthésie générale: pouls à 60 régulier. La matité du cœur remonte à deux travers de doigts du sternum; elle a 12 cent. transversalement et 7 vertica-

lement; la pointe du cœur bat nettement dans le sixième espace intercostal: une voussure maintenant très manifeste s’est produite graduellement depuis quelques jours ; bruit de souffle aux deux orifices. Constipation opiniâtre, langue blanche et humide : toux rare, crachats muco-purulents, respiration obscure aux deux bases avec quelques ronchus et une légère submatité. On supprime le bromure de potassium.

Aucun nouvel incident dans la journée: le malade à continué à suspecter les aliments qui lui étaient présentés, il s’est entouré de précaution pour les reconnaître, parfois les refusant, d’autres fois se-jetant avidement sur le pain et sur la viande.

17. Ce matin, même état cérébral, idées fixes principalement relatives à une crainte d’'empoisonnement: d’autres fois protestations pour éviter une soi-disant discussion. Hyperesthésie générale qui fait pousser des cris au moindre contact, : pas de contractures, apyrexie, amaigrissement prononcé. Pouls régulier, urine 450 gr. densité 1023; l'acide nitrique y produit une couleur acajou, mais n’y décèle pas d’albumine.

18. Pas d'incidents nouveaux, le malade témoigne d’un appétit vif et d’un esprit analogue à celui d’hier. Sommeil tranquille pendant la nuit. Ce matin esprit sensiblement plus lucide, mais persistance des idées de méfiance. Il trouve les aliments un peu suspects; on remarque aussi qu’il mange de préférence à la dérobée et refuse les aliments au moment où on les lui présente. Apyrexie absolue, pouls régulier et lent.

À partir de ce jour, l’état d'esprit du malade va en s’améliorant sensiblement mais lentement, et, chose digne d’être. notée, cette période d'amélioration de l’état psychique coïncide avec un retour des douleurs articulaires particulièrement aux coudes etaux genoux. Le malade est en pleine convalescence, il mange et boit comme tous ses camarades et se lève dans la journée. Il conserve cependant un caractère sombre et.

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