BLENNORRAGIE
Garrod, Charcot, Reynolds, avaient déjà signalé des cas de rhumatisme chronique à point de départ blennorragique lorsque survint en 1866 la fameuse discussion qui fait date dans l’histoire du rhumatisme blennorragique. Des observations nouvelles furent rapportées par Trousseau, Lorrain. Depuis l’histoire du rhumatisme chronique blennorragique a bénéficié des travaux entrepris sur la question des arthrites blennorragiques en général, et qui peuvent passer comme le type d’étude des rhumatismes infectieux en général. Anatomie pathologique, pathogénie, formes cliniques, bactériologie, tous ces points furent étudiés et réunis dans des travaux d'ensemble. Citons les travaux de Besnier, Follet, Fournier, Balzer, Halle et Griffon, Macaigne Leyden, les thèses de Souplet, Barié, Dezanneau.
Les formes chroniques du rhumatisme blennorragique sont d’une extrême fréquence, mais le plus grand nombre appartiennent à la forme plastique
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ankylosante, succédant en général à une forme aiguë ou subaiguë, et mono ou polyarticulaire. Cependant les observations de rhumatisme chronique déformant à forme de polyarthrite ne sont pas une rareté, soit qu'elles aient succédé à une arthrite aiguë, soit qu’elles soient survenues d’emblée. Notons encore que la spondylose rhizomélique, affection qui sort du cadre que nous nous sommes tracé, serait sou- - vent d’origine gonococcique.
La polyarthrite déformante d'origine blennorragique a été étudiée, dans ces dernières années, par Jacquet, Launois, Klippel, Fournier. Ce dernier a inspiré la thèse de Do Amaral qui en a donné une description clinique devenue classique. Consécutive en général à plusieurs poussées de blennorragie récidivante, elle débute souvent par les petites extrémités sous forme d’une poussée aiguë ou subaiguë. Les doigts peuvent alors prendre un aspect caractéristique, la dactylite pseudo-phlegmoneuse avec les doigts tuméfiés, épaissis à la partie postérieure, avec extrémités eflilées (doigts en radis de Fournier). Les radiographies d’'Emery et Glantinaz ont montré qu’à celte période les lésions étaient surtout péri-articulaires. Après plusieurs poussées, les lésions passent à l’état chronique, donnant la griffe banale du rhumatisme noueux. Les lésions sont bilatérales et plusieurs auteurs (Launois, Jacquet, Vidal, Chauffard) ont insisté sur l’intensité des troubles trophiques.
Aux pieds, le début peut être un peu différent. Ce serait fréquemment la talalgie blennorragique qui
ouvrirait la marche avec ses deux points douloureux décrits par Jacquet au niveau de l’attache calcanéenne du tendon d’Achille et de la tubérosité calcanéenne. Puis les pieds se déforment, déformations dues à des hyperostoses. On peut aussi avoir au début le pied plat douloureux par aplatissement de la voûte plantaire. Puis, peu à peu, les lésions s'étendent et les troubles trophiques se prononcent.
Cette intensité des troubles trophiques, la bilatéralité et la progressivité des lésions ont entraîné de nombreux auteurs à soutenir l’origine myélopathique des polyarthrites chroniques blennorragiques. Ce n’est en somme qu’un point particulier de la question de l’origine nerveuse du rhumatisme chronique dont nous avons déjà parlé. Notons aussi que c’est à propos du rhumatisme blennorragique, qu’a été discutée, au début du moins, l'influence des toxines ou du microbe lui-même sur la production des arthrites. Nous rappelleroens à ce sujet que le gonocoque a été retrouvé plusieurs fois dans le liquide articulaire d’arthrites aiguës ou subaiguës.
Parmi les malades dont nous rapportons l’observation, un certain nombre d’entre eux accusent la blennorragie dans leurs antécédents. Parmi eux nous n’avons retenu comme rhumatisme blennorragique que ceux qui ont présenté des accidents articulaires au moment même de l’écoulement (obs. IT, III). Quant aux femmes, chez aucune de celles que nous avons observées nous n’avons pu incriminer la blennor-
ragie. Notons toutefois à ce sujet que chez la femme, C. Ferry k 3
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l’indolence relative et surtout le grand nombre de blennorragies latentes rendent particulièrement difficile un diagnostic causal rétrospectif dans un grand nombre de cas.
Les 2 cas que nous avons examinés présentent un certain intérêt, car ils s’éloignent par certains points de la forme classique. Tout d’abord nous n’avons retrouvé aucune déformation spéciale, ni doigts en radis, ni synovites tendineuses, ni points douloureux particuliers. Mais cecin’est point pour nous étonner, car les auteurs qui ont décrit ces formes spéciales non seulement ne les donnent point comme constantes, mais les placent au début de l’évolution. Comme pour les autres formes de polyarthrite déformante, l’aspect clinique des arthrites à la période d'état ne permet pas de poser le diagnostic étiolo- gique.
Dans le premier cas, le rhnumatisme chronique a fait son apparition pendant la première blennorragie, ce qui n'est pas la règle. La première manifestation articulaire est une hydarthose du genou abondante, peu douloureuse.Puis surviennent des crises douloureuses et enfin des déformations qui gagnent toutes les articulations. Ces déformations sont très accentuées, le malade est un véritable infirme complétement soudé et ratatiné sur lui-même. La colonne vertébrale est prise dans toute sa longueur, la tête et le sternum sont déviés à droite. Les troubles trophiques sont très accentués.
Dans le second cas,le début a lieu après une
chaudepisse récidivée. Les douleurs débutent parles pieds et gagnent ensuite toutes les articulations.
Là encore la colonne vertébrale est prise, les mouvements de la tête sont limités, les troubles trophiques et l’atrophie musculaire sont très accentués. Le malade a présenté des accidents hépatiques et on note des signes de tuberculose pulmonaire qui est vraisemblablement postérieure au début de lPaffection. |
Dans les deux cas, les sterno-claviculaires furent envahies ; les auteurs indiquent presque tous l’envahissement des petites articulations, principalement des sterno-claviculaires et des temporo-maxillaires comme devant faire pensér au rhumatisme blennorragique. Pour cette dernière articulation son envabissement n’a pas grande valeur au point de vue diagnostic, car, alors que ces deux malades en ont peu ou pas présenté au point de ne pas en avoir gardé le souvenir ; nous avons relevé, d'autre part, l’arthrite temporo-maxillaire parfois avec limitation accentuée des mouvements dans 9 cas d’ordre divers. C’est, au contraire, dans ces deux seuls cas que nous avons noté la prise des sterno-claviculaires.
Par leur intensité, leur généralisation et l’importance des troubles trophiques et de l’atrophie musculaire, ces cas se rapprochent de ceux décrits par Klippel et Math. Weil dans un article récent sur les formes amyotrophiques du rhumatisme chronique.
Signalons toutefois ce fait que de nombreux
auteurs ont signalé une tendance du rhumatisme blennorragique aux résolutions ou tout au moins aux améliorations, même dans certains cas de polyarthriles chroniques. Cette tendance à la résolution serait encore plus visible sous l'influence de certains agents thérapeutiques, et en particulier dès émanations radifères. à Pa