‹ Rhumatisme Chronique DéformantChapitre 21 sur 73 · DR · texte numérisé non relu

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conditions particulièrement propices pour l’éclosion de la maladie.

Pour Sergent et Ménard le rhumatisme chronique est fonction d'insuffisance thyroïdienne et celle-ci est consécutive à la suractivité fonctionnelle ayant succédé à une atteinte aiguë comme par exemple une attaque de rhumatisme articulaire aigu ; on sait que Vincent a démontré que, dans ce cas, le corps thyroïde devenait souvent dur et douloureux, c'est ce qu'il a appelé le signe thyroïdien. A l’appui de leur théorie Sergent et Ménard rapportent des cas où une suractivité fonctionnelle de la glande, l'apparition

d’une grossesse, d’un syndrome de Basedaw ont fait rétrocéder les symptômes de rhumatisme chronique.

Poncet admet l'existence du rhumatisme thyrotïdien qu’il considère toutefois comme rare. Il le met sur le compte d'infections latentes parmi lesquelles la tuberculose tiendrait une place prépondérante. Là encore il faudrait, d'après lui, appliquer la loi des coïncidences.

Pour étayer leurs théories, les divers auteurs qui ont étudié la question s’appuient sur trois ordres d'arguments principaux : thérapeutiques, anatomiques et cliniques. Nous allons les passer rapidement en revue et voir comment ils s'appliquent aux malades que nous avons observés.

1° Argument thérapeutique.— C’est surtout sur les succès thérapeutiques obtenus au moyen de la médication thyroïdienne que la plupart des auteurs se sont appuyés pour soutenir la théorie glandulaire. Il est

en effet prouvé par de nombreuses observations que cette médication donne parfois des succès incontestables. Toutefois on a objecté avec raison que le succès d’un médicament, même si c'était un produit organique,n'était pas une preuve absolue de-la nature de la maladie. Un-extrait slandulaire peut exercer sur les symptômes d’une affection une influence salutaire sans marquer une insuffisance de la glande correspondante. En tout cas, le traitement thyroïdien ne s'applique qu’à un certain nombre de cas et, c’est d’ailleurs l’opinion d’un grand nombre d'auteurs parmi ceux qui oni traité la question, ne militerait en faveur de l’origine thyroïdienne que pour un certain nombre de rhumatismes. |

Aussi Lévy et de Rothschild admettent-ils l’existence de cas mixtes dans lesquels échouent la thérapeutique thyroïdienne. Verhogen a même observé un malade où rhumatisme chronique et myxœdème étant combinés, les symptômes du myxœdème ont rétrocédé sous l'influence de l’opothérapie thyroiïdienne, alors que le rhumatisme chronique a continué sa marche progressive. La question est donc complexe et l’argument thérapeutique n’est pas, comme on le voit, à l'abri de toute critique.

Un seul des malades, dont nous rapportons l’histoire, a été soumis,au début de l’affection, au iraitement thyroïdien (obs. XXII). Il s’agit d’une forme juvénile héréditaire chez lequel le traitement n’a eu aucune influence. De ce cas isolé nous ne pouvons

tirer aucune conclusion, sinon, comme nous l'avons

Notre

déjà fait remarquer, que le traitement thyroïdien ne peut s'appliquer à tons les cas. Notons toutefois qu’en dehors des observations déjà publiées, quelques-uns de nos maîtres et plusieurs collègues nous ont dit avoir observé des améliorations évidentes et notables de rhumatisme chroniquesous l'influence de l’opothérapie thyroïdienne. Il s'agissait en général de cas traités au début de leur évolution.

s Argument anatomique. — Dans le premier cas publié par Sergent en 1894, les altéralions du corps thyroïde ayant entraîné sûrement la production du myxœædème et des troubles de l'intelligence et peutêtre celle du rhumatisme chronique déformant, étaient nettes à l’autopsie. Il s'agissait de la calcification d’un lobe. Depuis, quelques observations d’altérations thyroïdiennes constatées chez les sujets atteints de rhumatisme déformant ont été publiées. Dans la thèse de Dupuis notamment, nous relevons un rhumatisme chronique chez un malade atteint d’une tumeur thyroïdienne dont l'examen histologique ne put fixer la nature. Une observation des plus démonstratives et qui a la valeur d’une expérience a été rapportée à la Société de Neurologie en 1907. par Peppo Achioli de Constantinople. Il s’agit d'une malade qui à la suite de plusieurs applications de rayons X sur le cou pour hypertrichose, présenta à la fois de l’atrophie thyroïdienne et du rhumatisme chronique. Ces faits sont assez nets mais peu nombreux; depuis que la question est à l'étude on a rapporté quelques observations avec atro-

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phie du corps thyroïde trouvée à l’autopsie, maïs chez des malades traités antérieurement par l’opothérapie thyroïdienne. Souques, en rapportant 2 cas semblables, fait des réserves sur leur valeur démonstrative en faisant remarquer que l’expérience sur les animaux a démontré que l'ingestion de corps thyroïde pouvait amener une atrophie glandulaire consécutive.

Les cas démonsiratifs de lésions thyroïdiennes coexistant avec le rhumatisme chronique déformant sont donc encore peu nombreux. A côté d’eux il existe de multiples exemples de lésions prolongées et

étendues du corps thyroïde n'ayant entraîné aucun

accident articulaire. [l convient notamment de remarquer que chez les goitreux le rhumatisme chronique déformant est relativement rare. La question a été reprise récemment par E. Weillet Mouriquand. Ayant observé dans la région lyonnaise particulièrement riche en goitres, ils ne relèvent que 2 cas de polyarthrite déformante chez des goitreux, un publié par Molinie et un observé par eux-mêmes. Ils ont noté toutefois une tendance à la prolongation chez les goitreux des crises de rhumatisme articulaire aigu. C’est un argument de plus en faveur de l'influence simplement prédisposante des troubles thyroïdiens dans la genèse du rhumatisme articulaire.

Nous n’avons noté chez les malades que nous avons observés aucune tuméfaction ou atrophie marquée du corps thyroïde. Dans les protocoles des 12 autopsies dues à l’obligeance de M. R. Marie, si

nous relevons l’état du corps tyroïde dont l'examen macroscopique a été fait chaque fois,nous voyons que les constatations ont été les suivantes :

Huit cas : le corps thyroïde paraissait absolument normal ; ]

Deux cas : petit sans lésions appréciables ;

Un cas: augmenté de volume sans lésions appréciables.

Un cas : assez volumineux avec adénome calcifié du lobe gauche.

Ce dernier cas se rapporte à une de nos observations personnelles (obs. XXXV). Les antécédents ne permettent d’invoquer que le froid humide. Le début avait été insidieux et la marche progressive. Les troubles trophiques étaient très accentués, les membres supérieurs et inférieurs étaient hypertrophiés avec ichtÿyose très marquée. Le malade était très sensible au froid. Un certain nombre de ces troubles rentren! dans le cadre de linsuffisance thyroïdienne comme l’entendent certains auteurs.

3° Arguments cliniques. — Un certain nombre de signes cliniques militeraient en faveur de l’origine thyroïdienne du rhumatisme chronique. Ce serait d’une part l'association avec des maladies d’origine thyroïdienne, d’autre part la présence de symptômes qui traduiraient l’hypothyroïde.

Sur le premier point nous avons vu que quelques observations étaient assez probantes. Ce sont celles où le myxæœdème est associé au rhumatisme chronique et se développe ourétrocède concurremment avec lui.

On remarquera que là encore, comme pour le goitré, la coïncidence est plutôt: rare. D’autres maladies attribuées à l'insuffisance thyroïdienne coexistent parfois avec le rhumatisme déformant. C’est ainsi que - Ja sclérodermie a été signalée plusieurs fois au cours des polyarthrites déformantes. De même la maladie de Raynaud ou asphyxie locale des extrémités. Claude Rose et Touchard ont ainsi publié une observation où rhumatisme chronique, sclérodermie et maladie de Raynaud coexistaient chez le même malade. Nous avons observé (obs. XX) un cas de polyarthrite déformante où on relève la présence de crises d’asphyxie locale au niveau des mains qui se refroidissent et deviennent très fortement cyanosées. Ona aussi signalé la fréquence relative chez les parkinsoniens de déformations semblables à celles du rhumatisme chronique déformant. Brissaud dans ses leçons a insisté sur ce fait. Notre collègue et ami Castéran à rapporté dans sa thèse (1909) une obser-

vatlion avec autopsie, qui lui avait été communiquée

par M. R. Marie, et où un parkinsonien présentait des

déformations typiques des mains et des pieds avec cyphose. L’autopsie révéla l'existence de nodosités marronnées osseuses le long de la colonne vertébrale. Le corps thyroïde normal à l'examen macroscopique montra au microscope que presque tous les acini avaient subil’évolution colloïde, constatation n'ayant rien de pathognomonique. |

Cette observation est intéressante par ce fait que plusieurs auteurs, entre autres : Berhkley, Lundborg,

Alquier, ont soutenu l’origine thyroïdienne et parathyroïdienne de la maladie de Parkinson avec preuves thérapeutiques à l'appui.

D'après quelques auteurs, ie rhumatisme chronique d'origine thyroïdienne présenterait un certain nombre de symptômes propres.A vrai dire, d’après Sergent et Ménard, qui en font une description clinique, les polyarthrites n'ont rien de spécial si ce n’est qu’elle affecteraient surtout la forme péri-articulaire. Les symptômes propres observés seraient surtout des symptômes associés.C’est ainsi que les malades présenteraient assez souvent des névralgies tenaces,des migraines, de l’obésité, des sensations de froid, de l’alopécie, des troubles trophiques accentués, certaines affections cutanées telles que l’ichthyose, le psoriasis, l’urticaire. Tous ces troubles ont été décrites comme des symptômes d’hypothyroïdie. En outre, les malades présenteraient souvent dans leurs antécédents, des crises de rhumatisme articulaire aigu, ce qui s’expliquerait par l’action que cette affection exerce sur la thyroïde et que Vincent à mise en lumière, Enfin, fait important pour Sergent et Ménard, Parrhon et Papinian, le rnumatisme thyroïdien apparaîtrait souvent chez des femmes ayant présenté des troubles génitaux, débuterait surtout à la ménopause, pourrait subir’un arrêt, voire même une régression pendant la grossesse, en un mot subirait les influences des modifications fonctionnelles de l'ovaire conformément aux enseignemenis de la physiologie.

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Piusieurs des troubles précités se retrouvent chez les malades que nous avons observés. Nous avons noté maintes fois,entre autres,la céphalée et les sensations de froid. Mais, dans la plupart des cas, ces troubles n'étaient pas suffisamment groupés chez le même malade pour permettre d'établir leur origine thyroïdienne. Dans une observation (obs. XIV), il s’agit d'une malade dont les crises douloureuses commencèrent à sa deuxième grossesse, puis, après la ménopause, on vit survenir une obésité accentuée, des céphalées et les déformations. Dans l’observation XX que nous avons déjà citée et où au rhumatisme déformant s'associe l’asphyxie locale des extrémités, les déformations sont aussi-apparues à la ménopause ; elles avaient été précédées pendant longtemps de poussées d'urticaire et de migraines. Cette malade présente une tuberculose pulmonaire qui remonte probablement à sa jeunesse, car elle avait des bronchites fréquentes.

B. — Ovaires

Nous avons déjà vu que les partisans de la théorie thyroïdienne font jouer à l’ovaire un rôle dans la production da rhumatisme chronique. La sécrétion ovarienne serait capable de contrebalancer l’insuffi-

sance thyroïdienne et réciproquement. Ceci explique-

rait,d’une part,la régression des symptômes pendant .

une grossesse, ainsi que l’on en a signalé quelques observations,et le début fréquent à la ménopause.

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Bien avant la naissance des théories sur le rôle de la thyroïde dans les diverses maladies en général et dans le rhumatisme chronique.en particulier, les auteurs avaient remarqué la fréquence du rhumatisme chronique chez les femmes ayant présenté des troubles génitaux et l’influence de la ménopause, de la grossesse et de l’allaitement sur le début et l’accélération des symplômes du rhumatisme déformant. Et, en particulier, Charcot,Besnier, Lorrain ont insisté sur ces faits. Enfin, devant la fréquence de ces faits, Ord avait émis l'hypothèse que le rhumatisme chronique déformant était dû à des troubles de la sécrétion ovarienne.Pour notre part,nous avons noté sur 15 femmes observées que 6 fois la ménopause a marqué le début de la polyarthrite déformante. Sur 3 auiopsies pratiquées sur dés femmes, nous trouvons : une fois les ovaires normaux, une autre fois kystiques et, dans l’autre cas atrophiés, l’atrophie coïncidant avec une salpingite kystique et un utérus fibromateux.

De l’ensemble des faits publiés sur’l’action de l'ovaire et du corps thyroïde dans le rhumatisme chronique déformant, il nous semble se dégager des faits qui concordent avec nos observations personnelles que les troubles de la sécrétion interne da corps thyroïde et de l'ovaire paraissent jouer un rôle dans certains cas de rhumatisme chronique déformant, mais qué, quels que soient leur importance dans l'éclosion et l’évolution des sy mptômes, ils ne suffisent

pas à eux seuls à créer la maladie.

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