‹ Rhumatisme Chronique DéformantChapitre 25 sur 73 · PAPE AUS EP EL SE SR · texte numérisé non relu

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tisme chronique furent faits et nous citerons entre autres à ce propos les noms de Garrod, Charcot, Trousseau.

Les caractères cliniques différentiels entre la goutte et le rhumatisme sont en général assez tranchés. Pour la goutte le début par le gros orteil de la période aiguë, puis la déformation en botte de panais, l’asymétrie fréquente des lésions et enfin et surtout la présence des tophi feront faire le diagnostic. Si on conserve un doute l’examen du sang par le procédé du fil qui met en évidence les cristaux d’urate de soude et enfin l'examen des urines. La radiographie montrera la persistance des cartilages, mais Ceux-ci sont infiltrés de sels uriques donnant des taches blanches.

L'ancereaux (Traité de ia Goutte, 1910) admet ces différences cliniques mais fait rentrer malgré cela les deux affections dans le cadre de la goutte pour ce fait que ces désordres se traduisent comme ceux de la goutte chronique par des fluxions répétées et surtout par des troubles trophiques. C’est la goutte asihénique, la goutte ostéophytique qui est une maladie constitutionnelle héréditaire et familiale comme la goutte à tophus, liée comme elle au désordre du grand sympathique et caractérisée par des troubles vaso-moteurs et trophiques. Cette théorie exclusiviste qui semble nier les rhumatismes infectieux nous semble inadmissible.

Il faut toutefois reconnaître que si le diagnostic entre goutte et rhumatisme est en général facile,

dans les cas typiques il peut dans quelques cas être très difficile. Le tophus peut être discret et manquer, la gravelle-peut coexister avec le rhumatisme chronique, on en a rapporté plusieurs cas ; nous en rapportons une autopsie-que nous donnons d’ailleurs sous réserves en l'absence de renseignements cliniques suffisants ; toutefois les tophi manquaient. Charcot rapporte un cas où tous les signes étaient en faveur du rhumatisme chronique et où les articulations montrèrent à l’autopsie les infiltrations uratiques dans les articulations. P. Londe exprime une opinion analogue quand ïl dit en parlant du diagnostic du rhumatisme déformant : (Il faut en distraire la polyarthrite uratique

chronique d'emblée sans tophus dont il est souvent.

difficile au lit du malade de déterminer la nature goutteuse et qui, chez la vieille femme, chez le vieillard simule parfaitement bien le rhumatisme chronique. ». |

Nous aurions il est vrai dans la radiographie un

moyen de résoudre cette question ; elle nous mon-

trerait Îles taches blanches d'infiltration uratique

dans les articulations et les cartilages conservés. C’est ce que démontrent les recherches de Potain, Bérard et Destot-Bayon.

Toutefois Teissier et Roques ont décrit un type classique qu’ils appellent le rhumatisme chronique goutteux et qui présenterait entre autres caractères cet aspect à l'écran de conservation des cartilages avec taches blanchâtres.

Ce rhumatisme goutteux qui dans le cas le plus

habituel donnerait des formes localisées à aspect spé-

cial pourrait aussi plus rarement donner naissance à la polyarthrite déformante typique. Le procédé de fil donnerait de l’oxalate de chaux, quelquefois même de l’urate de soude, l'examen du sang donnerait de l’éosinophilie,les urines seraient hypotoxiques ; cependant, disent les auteurs, ce n’est pas de la goutte car le tophus manque, l’arthrite domine. Un certain nombre de signes cliniques caractérisent ce rhumatisme goutteux. Non seulement il se relierait

aux formes variées de l’arthritisme, asthme, gravelle,

‘lithiase biliaire ou diabète que l’on retrouverait dans

les antécédents personnels et héréditaires mais encore il saccompagnerait de signes cliniques spéciaux, hypertension artérielle concomitante, températures subnormales oscillant autour de 3695. Enfin troubles fonctionnels concomitants, vertiges, tachycardie, troubles psychiques de Ia neurasthénie.

Ces troubles associés nous paraissent s'expliquer naturellement par l’arthritisme lui-même. Ils tiennent au cadre plus qu’à l'affection.

Ce rhumatisme serait rare à l'hôpital, s’observant surtout chez les gens de la classe aisée. Comme nous l'avons déjà dit la polyarthrite typique serait très rare et elle serait associée à une des formes localisées auxquelles s'applique surtout la description donnée par Teissier et Roques et qui sont le rhumatisme chronique simple, le rhumatisme ostéalgique, la rétraction de l’aponévose palmaire, la campo-dactylie

de Bouchard, etc. On n'aurait jamais la griffe bien nette du rhumatisme chronique déformant.

Quoi qu'il en soit nous avons recherché les caractères cliniques permettant de le différencier et nous n'avons pu asseoir sur eux notre diagnostic. Hypertension et température oscillent entre 36 et 36°5, se retrouvent chez des rhumatismes infectieux et n'existent pas chez des sujets nettement entachés d’arthritisme. (Chez ces derniers sujets l'aspect clinique de la polyarthrite ne différait en rien de l'allure d’autres formes à cause déterminée.

Tout tend donc à nousfaire admettre que la forme de polyarthrite déformante est rare dans le rhumatisme goutteux. Certains cas qu’une autopsie ou même une radiographie nous montre à infiltrations uratiques nettes, nous semblent devoir être rattachés à la goutte elle-même, surtout s’il y a de l’urate de soude dans le sang. Les caractères radiographiques sur lesquels s'appuient Teissier et Roques en insistant sur la disparition du cartilage ou au contraire son peu d'altérations ne nous paraissent d’ailleurs marquer qu'une différence de degré. On a publié des cas de rhumatisme à infections lentes, en particulier de rhumatisme tuberculeux où le cartilage était très peu atteint au début et Teissier a dit lui-même que si le cartilage était peu touché dans le rhumatisme goutteux, c'était au début, mais qu’il disparaissait ensuite quand « l’arthrite sèche avait succédé au tophus ».

D. — Rhumatisme diathésique

Quoi qu’il en soit, si nous n'avons pas observé de rhumatisme goutieux proprement dit, à forme de polyarthrite déformante, nous avons noté dans de nombreux cas des signes d’arthritisme nets et la coexistence avec des maladies de la famille arthritique. Certains de ces cas ont une origine infectieuse nette, les autres, une allure infectieuse, d’autres une allure torpide.Ses deux dernières classes, ou tout au moins la dernière, constituent-elles des rhumatismes chroniques diathésiques au sens propre du mot, c’est-à-dire l’arthritisme peut-il à lui seul créer toute la maladie, nous ne le pensons pas. La diathèse est une prédisposition, elle n’engendre pas un état morbide par elle-même.

Dans un certain nombre de cas, les maladies associées nous fournissent des hypothèses plausibles sur les mécanismes infectieux ou toxiques capables de produire le rhnumatisme déformant. C’est ce qui fera l'objet du chapitre suivant. Enfin le rôle des intoxications exogènes a été envisagé, nous en dirons

quelques mots.

E. — /ntoxications exogènes :

Teissier et Roques mentionnent ainsi ces rhumatismes : € Le rhumatisme saturnin et rhumatisme alcoolique ne sont pas rares, mais il suffira d’en indi-

LA 94 QT Ÿ quer l'existence ; il n’y a rien dans leur physionomie clinique qui soit assez distinct pour mériter une description spéciale. »

Plusieurs des malades que nous avons examinés présentaient des habitudes éthyliques. Maïs si pour plusieurs, nous pensons qu’elles ont été des causes prédisposantes, rien ne nous autorise à penser qu'une quelconque de ces formes doive être mise sur le compte exclusif de l'alcoolisme. Nous n’en avons trouvé d’ailleurs, d’autre part, aucune observation.

Quant au saturnisme on sait qu’il est souvent facteur d'accidents articulaires chroniques, mais c'est. surtout de goutte saturnine qu’il s'agit.

Peut-être faudrait-ilaussi étudier l’action desintoxications alimentaires chroniques sur la produetion du rhumatisme déformant. Celles-ci s’exercent surtout sur les sujets à nutrition troublée, chez les arthritiques, en particulier. On connaît l'influence de certains aliments sur des sujets sensibles à leur action (fraises, poisson, etc.). On a vu se développer sous leur influence non seulement des dermatoses et des troubles dyspeptiques et hépatiques, mais aussi des arthralgies. L'influence des écarts de régime sur la production des maladies du groupe arthritique est bien connue, a-t-elle un autre rôle que celui de causes prédisposante dans le rhumatisme chronique déformant ? La question est encore à l’étude ; elle mérite qu'on s’y arrête.

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