‹ Rhumatisme chronique: par insuffisance thyroïdienneChapitre 13 sur 43 · I. — ARGUMENTS CLINIQUES ET THÉRAPEUTIQUES · texte numérisé non relu

I. — ARGUMENTS CLINIQUES ET THÉRAPEUTIQUES

Nous les diviserons en trois groupes :

A) ARGUMENTS DE VALEUR MÉDIOCRE (Rhumatisme chronique accompagné de symptôme d’hypothyroïdie).

B) ARGUMENTS DE PRÉSOMPTION (Amélioration par l’opothérapie ou l’autothérapie thyroïdienne du rhumatisme chronique en même temps que des symptômes d’hypothyroïdie).

C) ARGUMENTS DÉMONSTRATIFS (Rhumatisme chronique dépendant nettement du fonctionnement de la . thyroïde, déterminé par l’hypothyroïdie ou disparaissant par l'hyperthyroïdie).

A) ARGUMENTS DE VALEUR MÉDIOCRE. — Parmi les nombreuses observations actuellement publiées de

rhumatisme chronique thyroïdien, le plus grand nombre se rapporte à des cas de rhumatisme accom-

.pagné de symptômes plus ou moins nets, plus ou

moins valables d'hypothyroïidisme.

Mais avant d’aller plus loin, il nous faut définir ce que l’on doit entendre par hypothyroïdisme ou insufsance thyroïdienne. L'étude du myxœædème ne nous retiendra pas longtemps. Il s'agit d'une affection classée, bien connue, à la description de laquelle sont attachés les noms de Reverdin, de Gull, de Charcot. Rappelons sa division classique en : myxœædème spontané des adultes, myxœdème infantile ou idiotie myxœdémateuse, myxœdème opératoire,

.myxœæœdème endémique, ou crétinisme. Seul le myxcæ-

dème spontané des adultes est en cause ici. Il est caractérisé par l’aspect lunaire Cu visage, per la lenteur des mouvements, la déformation des extrémités, l’engourdissement de l'intelligence ; l’infiltration

œdémateuse dure et élastique des téguments, la

constance des troubles trophiques (chute des poils), la suppression des sécrétions sudorale et sébacée, produisant un état de sécheresse de la peau qui devient écailleuse ; l’infiltration et la tuméfaction des muqueuses : boursouflement des gencives, déchaussement et chute des dents. Du côté du larynx l’infiltration peut déterminer une modification de la voix qui devient rauque, l'embarras de la parole étant plutôt dû aux troubles du système nerveux, Celui-ci est en effet profondément atteint. L’immobilité et l’hébétude du visage, caractéristiques, sont

liées aux troubles intellectuels et sont le fait de la torpeur cérébrale.

La sensibilité générale est diminuée,beaucoup plus. rarement abolie. Les troubles de la sensibilité sont variés: sensation permanente de froid, névralgies fréquentes, douleurs rhumatismales dans les membres.

La température centrale est souvent abaissée de 1 où 2 degrés au-dessous de la normale. Les fonctions digestives sont troublées, l'appétit est tout à fait réduit. Les fonctions génitales sont modifiées : la suppression des règles est à peu près constante, plus rarement il existe des métrorragies.

Le myxœdème des adultes a un début insidieux : légère bouffissure des téguments, état d’anémie et affaiblissement intellectuel lentement progressif. Une fois installé, il peut durer très longtemps. On connaît des cas d'amélioration spontanée ; mais, le plus souvent, cetie amélioration, qui peut être également obtenue par l’opothérapie, ne persiste pas et la malade succombe en général aux complications pulmonaire ou rénales.

A côté de cette forme type du myxœdème, il existe des formes frustes dont l'existence, déjà indiquée par Thibierge (1892) a été mise surtout en lumière par les travaux de Hertoghe (1899) et de Léopold Lévi (1906-1913).

Hertoghe (1899) a donné du myxœdème fruste une description clinique que nous rappellerons rapidement: surtout fréquent chez la femme, ce syndrome

est caractérisé par une canilie précoce, une calvitie surtout marquée au niveau du front et de la ligne médiane, une épilation plus ou moins complète du sourcil, commençant par son tiers externe et précédée parfois par une dermite de la zone d’implantation avec rougeur et démangeaison (signe du sourcil). La carie des dents, prééoce, intéresse surtout les molaires ; les autres présentent de fréquentes malformations. Les gencives rouges, molles, gonflées, saignent facilement. Elles présentent un aspect polypiforme au niveau des espaces interdentaires.

Les amy gdales sont le plus soûvent hypertrophiées el déchiquetées à la suite d’abcès. Le pharynx est rouge vif ; les végétations adénoïdes sont fréquentes.

Les fosses nasales, rétrécies par l’hypertrophie de la muqueuse, s’obstruent au moindre refroidissement, à l’époque des règles, déterminant une lourdeur générale et de la paresse cérébrale, parfois des éternuements interminables.

La voix est souvent assourdie légèrement, surtout voilée au moment des règles.

On note, assez fréquemment, des hallucinations de la vue et de l’ouïe (objets à contours mal définis, chats, rats, qui se déplacent rapidement, bruits de cloche, etc.). À

La céphalalgie est presque constante. Elle se présente sous deux formes : tantôt elle semble partir des ‘sinus frontaux, ressemblant à celle du coryza aigu, tantôt elle est à point de départ occipital avec point douloureux névralgique et affecte l’allure de l’hémi-

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crânie. Différente de la migraine vraie, elle est plus intense le matin et se dissipe le soir, surtout après un repas copieux. La moindre fatigue la réveille.

Il existe de la rachialgie qui s'aggrave pendant les nuits, mais s’améliore souvent le soir.

Les muscles et les articulations sont douloureux: Il est souvent impossible aux malades de se coiffer. Il y a de la raideur dans les genoux et souvent une douleur localisée à la plante des pieds.

L'oppression est très fréquente, ainsi que les palpitations. Il existe une sénilité précoce du système veineux (varices, dilatations veineuses).

La constipation est presque la règle : elle s’accompagne souvent de congestion du foie.

Les malades ont une sensation de froid permanente, parfois de véritables frissons, pouvant aller jusqu’à simuler des accès palustres,

L. Lévi, qui s'est particulièrement attaché à l’étude de ce myxœdème fruste ou hypothyroïdie, distingue deux catégories de signes :

1° Les petits signes permanents qui sont les stigmates de l’insuffisance thyroïdienne ; |

2° Les petits accidents de l'insuffisance thyrotdienne ; |

1° Dans les petits signes, il range: les œdèmes passagers, la canitie précoce, l’alopécie allant jusqu’à la calvitie, le signe du sourcil, les troubles de la calorification (refroidissement des extrémités, frilosité, troubles vaso-moteurs, frissons), la constipation, la fatigue, l’anorexie, la céphalée, les douleurs

musculaires et articulaires, la somnolence, l'obésité, l’arriération physique et mentale, la sénilité précoce ;

2° Les petits accidents de l'insuffisance comprennent les aulo-infections faciles, les auto-intoxications périodiques, les vomissements, les vertiges, l’urticaire, les troubles menstruels, le nervosisme. fs

L'existence d'une forme fruste de myxæœdème peut être établie sur trois sortes de constatations :

1° Présence chez un sujet de symptômes tels que frilosité, œdème, troubles trophiques, etc. ;

2° Disparition, puis réapparition de pareils sÿmptômes à la suite de l’application du traitement opothérapique thyroïdien, puis de sa cessation ;

3° Disparition ou amélioration de certains symptômes, franchement liés à un hypofonctionnement .de la glande thyroïde, au cours d'états physiologiques qui s’accompagnent normalement d’hyperthyroïdie. Dans la grossesse, par exemple, il ÿ a normalement une augmentation de volume de la glande thyroïde; cette hypertrôophie qui s’atténue, si l’on administre à la femme enceinte du corps thyroïde, est donc liée à une hyperactivité fonctionnelle de la glande. |

Quelle valeur faut-il attribuer à chacun des signes . de ces deux catégories? A l’état isolé, ils n’ont aucune valeur. Il est évident qu'un œdème, par exemple, peut être dû à des causes multiples. Si, au contraire, il coïncide avec des troubles de la calorification, des troubles pilaires, etc., si le traitement

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thyroïdien fait disparaitre ou atténue ces troubles, qui reviennent lorsqu'on le cesse, il n’est pas douteux que ceux-ci doivent être considérés comme des manifestations de l’hypothyroïdie ou insuffisance thyroïdienne.

Un certain nombre de troubles de l’hypothyroïdisme sont généralement rattachés à l’arthritisme. Chez les arthritiques comme chez les myxœdémateux, la nutrition est ralentie : après ingestion d’une certaine quantité d'aliments, l'organisme met un temps plus grand qu'à l’état normal, pour revenir à son poids primitif. Dans les excreta on trouve, dans les deux cas, des produits incomplètement- élaborés, acides urique et oxalique, acides gras volatils. On connaît aussila fréquence des migraines. de l'asthme, des coliques hépatiques et néphrétiques chez les arthritiques, symptômes que l’on retrouve dans l'insuffisance thyroïdienne. Les manifestations, dites arthritiques, s’atténuent d’ailleurs au cours de la grossesse,

La fréquence des auto-intoxications et des autoinfections dansl'insuffisance thyroïdienne est facile à interpréter. Le rôle antitoxique du corps thyroïde est connu depuis les travaux de Charrin et de Garnier (1899). Ce dernier auteur a montré que, dans la plupart des maladies infectieuses : scarlatine, rougeole, tuberculose, il existait un processus de défense thyroïdienne, et que, à l'autopsie, des sujets ayant succombé à ces infections, les lésions glandulaires étaient fréquentes.

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