Chapitre cinquième
fois, il n'est pas toujours possible d'obtenir par le même procédé ce médiocre résultat.
Dans les chants neumés. — Là, on comprendra qu'un bon plain-chantiste, précisément parce qu'il est tel, se demandera, non sans quelque embarras, ce que l'on peut faire devant des suites de notes comme celle ci :
r - mmm -„
al- le - lu - ia.
Est-il devant un morceau de musique ou un jeu de dominos ? Et quand ce petit monceau de notes sera bariolé de ^ , ■ et de ♦ , la charade sera tout aussi inintelligible.
Do mi-ni.
Quelle est ici la valeur de ces diverses notes. C'est ce qui n'est pas fixé,comme nous l'avons vu ; puis, ce point établi, il reste encore à savoir où sont les arsis et thesis du rhythme et les subdivisions.
Cette nécessité démarquer dans le chant moderne des divisions et des groupements de notes, sinon conformes au texte original, du moins à son imitation, est tellement reconnue que pour de récentes réimpressions d'éditions modernes on s'est efforcé d'y satisfaire.
C'est un Ier résultat obtenu par les travaux de D. Pothier démontrant que le chant procède par groupes et non plus par notes isolées, comme une phrase grammaticale procède par mots et non par syllabes. Cette amélioration, pour le cas qui nous occupe (c'est-à-dire dans l'hypothèse où toutes les notes du texte original sont reproduites), en est une véritable, à condition qu'elle soit faite en regard de ce texte qu'elle rétablit ainsi dans sa
218 Rhythme du chant grégorien.
forme. Voici quelques exemples de passages malheureusement trop rares qu'on pourrait ainsi améliorer.
PI
■ mm m
ex-ul-te - mus.
Il ne manque ici qu'un petit membre de phrase, qui heureusement n'est pas indispensable, mais dont la disparition exige une cadence plus grande.
En nous servant des espaces blancs pour marquer la séparation de divers membres de phrase (comme l'éditeur lui-même l'a fait après le Ier groupe de la syllabe mus), je pourrais noter:
JbJi
HW-
ex-ul-te
Toutefois, je prie le lecteur d'observer ici combien cette notation carrée, que l'on dit être une simplification et un progrès, est défectueuse. Aux divisions i, 3, 4, 5, 6, 7, qui ne sont que des thesis simples, on ne peut mettre un espace blanc égal à celui de la division 2, qui est plus importante. Or à l'œil ces notes carrées, sans liaison, se groupent mal, et on ne sait si elles sont du même groupe ou non. De plus dans le neume : ut re vaut si, on ne distingue pas si les 2 notes sont anacrouses et si Xarsis est sur mi. Toutes ces difficultés sont levées par la notation guidonienne. Nous avons parlé de cela précédemment. Voici un autre exemple que l'on peut encore améliorer en marquant quelque petit signe, comme nous le faisons avec de petites virgules, pour indiquer la distinction des groupes des neumes.
des- cen - dit