‹ Rhythme, exécution et accompagnement du chant grégorienChapitre 139 sur 190 · Chapitre sixième. — Première partie · texte numérisé non relu

Chapitre sixième. — Première partie

des accords employés, ou quelle sera la tonalité de cette harmonie ? Ensuite : comment disposer ces accords sous le chant ?

Comme de ces deux questions, la dernière est de beaucoup la plus neuve et la plus longue à exposer, je la placerai, par interversion, avant l'autre.

ARTICLE I. — Du placement des accords sous la mélodie.

= Toute succession d'accords implique un mouvement, puisqu'alors les parties se meuvent. Entre ce mouvement dans l'harmonie et celui qui existe dans la mélodie, par la succession rhythmée des sons, il y a nécessairement une relation ; car harmonie et mélodie s'accompagnent, c'està-dire, se font entendre simultanément et sont faites pour concorder.

Avec un accord sous chaque note, le mouvement dans l'harmonie coïncidera avec celui de la succession de chaque note dans le chant ; nous aurons un accompagnement syllabique.

En certains cas et sous certaines conditions, cette harmonie de note contre note et ses mouvements peuvent bien ne pas contrarier le rhythme de la mélodie. Cela a lieu surtout quand celle-ci est d'un mouvement lent, comme dans les chorals : les rhythmes alors sont simples et de forme à peu près invariable. Toutefois, même en ce cas, la qualité rhythmique des notes doit être prise en considération pour le choix des accords. C'est ce qu'il est intéressant d'étudier dans les chorals de J. Bach, ce manuel de tout bon harmoniste.

Mais les mélodies, et en particulier celles du répertoire grégorien, sont souvent d'un tout autre genre. Elles sont d'un mouvement animé ; et, rien qu'à ce point de vue, l'emploi constant de l'harmonie de note contre note les alourdit et les défigure. Ensuite, le rhythme y groupe dans un même temps et de façons très diverses, un nom-

Rhythmedu chant grégorien.

bre plus ou moins grand de notes dont la valeur, par suite, n'est pas la même. Accompagner chaque note d'un accord spécial durant toute la pièce, c'est contrarier par l'harmonie ce groupement de notes qui fait le rhythme ; c'est épeler par syllabes ce qui doit être groupé en mots ; c'est donner à toutes les notes une importance égale. Enfin l'on détruira en bien des cas le caractère de certaines notes telles qu ' appoggiahires, échappées mélodiques, brodei'ies, anticipations, qui veulent être traitées autrement dans l'harmonisation.

Tous ces motifs, plus ou moins clairement entrevus, ont fait rejeter l'usage constant d'une harmonie de note contre note par tous ceux qui ont tant soit peu le sentiment du rhythme dans le plain-chant. Créé en vue d'une exécution procédant par notes égales et isolées (et le plus souvent martelées), ce genre d'accompagnement tombe avec elle.

Mais qu'arrivera-t-il,si, au lieu de donner à chaque note du chant un accord spécial, on groupe plusieurs notes sur un accord ? Il en résultera que les successions harmoniques dessineront un mouvement d'autant plus net qu'il sera moins fréquent et moins uniforme ; or ce mouvement s'accordera avec celui du rhythme mélodique ou le contrariera, parce que le groupement de notes sur un accord sera en regard du groupement des sons par le rhythme.

Jouez ces deux accompagnements d'un même fragment mélodique :

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Un sentiment très développé du rhythme n'est pas nécessaire pour comprendre combien l'accompagnement A

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