Chapitre premier. — Première partie
î—Sr*
•— fr-
ète
Multi - pli - cabitur. Glo
Adora
bo.
Cette manière de rhythmer est assurément très correcte et se présente naturellement à l'analyse. Mais la notation neumatique des meilleurs manuscrits nous indique quelques variantes.
nSf
etc.
Flo - re bit. Cae
los. Vidérunt o-mnes. Do-mine.
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Adora
bo
multi - pli-ca-tur. Glo - ri - a
Sur ce mot : florebit, le Ier groupe qui tombe sur la seconde syllabe comporte une cadence avec un léger ralentissement, comme le marque la notation neumatique /i. Â > par le trait qui surmonte la clivis. Mais l'effet rhythmique eût été mauvais, si l'on fût arrivé brusquement sur cette cadence avec ce ralentissement même léger. Il fallait la préparer : aussi dans le neume qui précède, la dernière note est marquée par un trait au lieu d'un point, ce qui lui donne de l'importance et de i'ampleur. Voilà ce qu'indique le manuscrit ; ce qu'il n'indique pas. c'est la qualité rhythmique de cette note ainsi modifiée ; et nous voyons ici un exemple de la nécessité où l'on est de ne pas forger trop facilement des systèmes dans la lecture des manuscrits. Force est de discerner ce qu'ils disent et ce qu'ils ne disent pas, si l'on veut qu'ils guident et non pas qu'ils égarent le lecteur. En effet ce ralentissement, cet appui sur cette dernière note peut être une thesis ou une
arsis. Les manuscrits, ni ici, ni ailleurs, n'ont rien qui se rapporte à cette distinction; mais les règles de la lecture et les lois du rhythme viennent compléter ce qui manque. Ainsi dans le cas présent, il est bien évident qu'il ne peut être ici question d'une tkesis, qui à cette place scinderait l'unité du mot (36). Il s'agit donc d'une arsis, et l'attaque un peu ample de cette note fait très bien pour le rhythme. Les deux notes qui précèdent deviennent naturellement anacrouses. Je me suis un peu arrêté à expliquer cet exemple ; mais il était convenable pour montrer comment les manuscrits nous guident. Il en est de même pour le second exemple, car dans la notation neumatique le Ier neume se termine par une virga à tête, qui est un signe romanien et signifie la même chose que le trait remplaçant le point. (Voir la Paléographie) (').
Dans le 3e exemple, sur le mot : omîtes, la subdivision vient de ce que la note liquescente, qui est par nature une liaison, ne permet pas d'y placer une tkesis qui se reporte sur la ire note du rhythme suivant. Les manuscrits donnent - / •.
Dans le mot : Domine, le si b, marqué par une virga à tête dans les manuscrits, devient arsis. La voix s'y relance et rend beaucoup plus aisée l'exécution de ce qui suit, d'autant plus que le groupe placé sur la syllabe ?/zz, pénultième faible, n'est qu'une subdivision de X arsis. Sans cette subdivision du porrectus, il faudrait donner à la ire note de : Do, une force d'attaque assez grande pour envelopper ces 5 notes (3 sur: Do et 2 sur mi) ; c'est peu naturel et point facile.
La même raison justifie la subdivision de \multiplicabitur, et encore plus celle de Gloria, où le grand intervalle, qui sépare les 2 premières notes, rendrait la chose plus difficile.
1. Dans cette manière de rhythmer, la reprise de V arsis se fait sentir très légèrement entre 2 notes unissonnantes.
Nous verrons en effet que les groupes placés sur ces pénultièmes dites brèves, ne forment pas un autre rhythme, mais sont une subdivision. Aussi plus tard je la marquerai d'une façon spéciale.
Enfin la subdivision du neume sur : adorabo, est dans les meilleurs manuscrits ( --' ~ A - ), et offre une exécution aisée et naturelle, après les deux notes unissonnantes.
En tout ceci, il n'y a aucune règle complexe, ni de détails embarrassants. On n'a qu'à lire ce que donnent les manuscrits ; et, après avoir retrouvé la même chose dans les mêmes cas, on peut, si l'on veut, en faire soi-même des applications. Ce qui en ressort, du reste, c'est que le rhythme grégorien est d'allure simple et naturelle. Sitôt que Yarsîs de 3 notes (qui par elle-même est plus compliquée que celle de deux) apporte quelque difficulté, on y pratique une subdivision pour faciliter la marche du rhythme. Cette subdivision, comme on l'a vu, produit des rhythmes composés et se trouve être artificielle, puisqu'elle n'existe pas naturellement dans le neume (T).
Je signalerai dans ces recherches sur la subdivision artificielle des neumes un autre motif, purement esthétique et qui tient à l'interprétation du chanteur.
Faut-il permettre à un artiste habile de créer des subdivisions à sa fantaisie? Non assurément; mais on trouve dans les manuscrits une interprétation traditionnelle, qui colore d'une façon particulière la mélodie grégorienne. Prenons, par exemple, ce fragment d'un graduel fort connu :
I. Il est remarquable que cette subdivision des neumes, qui simplifie tant le rhythme, a été érigée en principe dans certains manuscrits, qui ne donnent pas de neumes de plus de 3 notes, non plu? que les anciens tableaux de neumes. Un, deux et trois, et au-delà une subdivision. Rien de plus naturel, ni de plus facile qu'un rhythme réduit à ces éléments. Rappelons-nous aussi que la plupart de ces subdivisions se pratiquent d'instinct ; souvent on constate, après l'exécution, que l'on est d'accord avec les manuscrits.
Rhythme du chant grégorien.
pre - ces
Rien ne s'oppose à les rhythmer comme je le fais.
Cependant les manuscrits de Saint-Gall donnent J= v'= . Ces traits indiquent sur les deux dernières notes de chaque neume une certaine insistance de la voix, qui permettrait, si l'on veut, de mettre Yarsù sur la ire de ces deux notes. Alors, on rhythmerait :
pre - ces
Les deux notes du commencement sont alors anacrouses.
Subdivision des neumes par contraction.
On a déjà pu observer (et c'est une loi que je relèverai bientôt) qu'un rhythme n'a jamais plus de 4 notes ; 3 à Yarsù et 1 à la thesis. Par suite, un neume qui a plus de 4 notes offre nécessairement une subdivision. Ex :
JS
3tï
Cette subdivision consiste en ce qu'il y a une petite reprise, une attaque légère (sostenuto) dans le mouvement rhythmique sur la note où elle se produit. Le rhythme se relance, il rebondit à ce point où il semblait devoir finir, afin d'aller jusqu'au bout du neume. C'est un phénomène de contraction que j'expliquerai plus loin.