Chapitre premier Première partie
as
ft
Dans ces 2 derniers exemples, j'accentue le 3e temps, comme il l'est souvent dans les mesures ternaires. Le signe A marque donc une certaine force et quelque ampleur ; mais cette attaque doit garder un caractère de demi-nuance et ne doit avoir rien d'exagéré*
Rhythmes composés avec des neumes adjoints.
C'est la seconde classe des rhythmes composés qui se subdivisent naturellement, c'est-à-dire, selon les éléments qui les constituent. Exemples :
fsm
ter -
ra
On voit là deux neumes rapprochés et unis dans la notation ; dans l'exécution, ils doivent l'être aussi par une seule émission de voix ; de sorte que l'oreille ne perçoit qu'une note d'une durée double environ. Voici ces mêmes neumes disioints :
*-^rrr^
ter
L'union des deux notes unissonnantes dans la même émission de voix est donc la règle particulière à l'exécu-
Rhylhme du chant grégorien.
tion de ces neumes et à leur effet rhythmique. J'aurai l'occasion de revenir sur ces neumes adjoints, en parlant des équivalences rhythmiques.
Rhythmes composés avec des neumes conjoints.
Ici nous avons deux neumes non plus seulement rapprochés dans la notation, mais fondus, unis dans la même formule neumatique. Leur composition indique la manière dont ils se subdivisent, ainsi que le montre la comparaison des 2 lignes ci-dessous :
On vocalisera donc ces neumes legato, en faisant sostenuto, c'est-à-dire douce ou peu sensible, la reprise de l'arsis : car l'accent principal (nous le verrons bientôt) est au début. J'aurai l'occasion de revenir sur ces neumes et de signaler les équivalences auxquelles ils donnent lieu.
La subdivision des rhythmes avec anacrouse et des rhythmes formés avec des neumes adjoints ou conjoints est naturelle ; car il est naturel qu'un composé se résolve selon les éléments qui le constituent. J'ai dit aussi que l'exécutant opérait parfois artificiellement une subdivision dans les neumes mêmes simples. Je vais donc examiner les causes qui nécessitent ou justifient cette pratique.
Subdivision artificielle des neumes simples.
La première est celle-ci. Quand vous chantez une suite de neumes dont chacun finit par une thesis d'un temps "seulement, ils s'enchaînent fort bien au point de vue du
rhythme, s'ils n'ont pas plus de 2 notes à Xarsis. Ainsi font les neumes suivants :
ffe
Au contraire, on éprouve de la difficulté, pour ne pas dire de l'impossibilité, à faire succéder une arsis de 3 notes à une thesis d'un temps. Ex.:
au - tem = De o
L'explication de ce fait peut être diverse, mais au fond revient au même point. On constatera d'abord qu'entre un rhythme de 4 notes (3 d'arsis et une de thesis) et un autre de 3 notes, il y a défaut de proportion. Puis en considérant le mouvement, vous verrez que l'élan se proportionne à l'étendue du mouvement. Or ici l'élan du mouvement doit embrasser 4 notes ; et un seul temps, où l'on peut à peine prendre appui et poser pied, n'est pas suffisant pour cet élan. Quoi qu'il en soit, le défaut de proportion est évident, et gêne le chanteur. Aussi une analyse attentive et délicate montre que, dans l'exécution de ces passages, on fait d'instinct et involontairement l'une des quatre choses suivantes, qui toutes corrigent ce défaut de proportion en rendant le rhythme plus aisé (').
1. Il va sans dire que l'une ou l'autre de ces manières d'exécuter peut souvent être appliquée au même passage et donner un résultat également bon. Il en résulte de légères variantes qui ne modifient pas sensiblement la structure rhythmique de la phrase et n'affectent pas sa signification mélodique. Ainsi, je pourrais rhythmer de cette manière les exemples donnés ci-après :
"'- ' '• 7 e lé - i - son
Au Ier ex., la variante rhythmique paraîtrait calquée sur la notation neu-
Rhythme du chant grégorien. 2
Rhythme du chant grégorien,
i°Ou bien on prolonge tant soit peu la thesis, de manière à lui donner 2 temps (ce qu'indique l'espace blanc laissé plus grand). Ex :
É=3vf
ter
assumpti-o - ne
20 Ou bien on opère une subdivision dans le dernier neume : Ex :
Assumpti - o
H*sH*
Kl
lé - i - son
— Ces 2 manières sont les plus usitées ; les suivantes peuvent cependant être bien employées en certains cas.
30 Ou encore on supprime la thesis du neume qui précède ; ce qui peut se faire surtout dans certaines finales, comme on le verra plus loin. Ex :
De
Al - le - lu
matique, où l'on peut considérer la virga finale, comme faisant un rhythme. J'avoue cependant que le rhythme indiqué ci-après pour ces passages, me semble plus naturel et préférable.
1. Cette subdivision est confirmée ici par un chant syllabique composé sous Y Alléluia auquel appartient ce fragment. Dans ce chant on voit l'accent
La thesis est reportée sur le neume suivant où elle se contracte avec Xarsis.
4° Ou enfin on exécute un peu plus légèrement Xarsis de 3 notes en ne leur donnant que la durée normale de deux. (V. n° 30.)
Cela peut avoir lieu, comme nous l'avons dit, dans les passages coulants ou avec les strophictts.
om - nés
= Voici une seconde cause de subdivision artificielle.
Un neume simple qui renferme plus de quatre notes ou en a quatre sans thesis, doit se subdiviser, puisque Xarsis ne peut en renfermer que trois (39). Cette subdivision peut se faire par contraction des rhythmes, ce que nous verrons plus loin ; mais elle peut aussi se pratiquer autrement. Voici de quelle manière.
ÎV
servo - rum
aeter - na
On chante comme s'il y avait noté :
■ ■%♦ aiTT^Vl
> fl
servo - rum servo - rum aeter - na
placé à la seconde note, la ire restant sur une syllabe anacrousique : Ex.
jus - ti - ti - ae
ecclé
Ces comparaisons sont du reste très utiles ; et l'étude des paroles adaptées sous les passages vocalises, quand cette adaptation a été faite avec soin et spécialement ad hoc, est un guide sûr et précieux pour l'exécution.
20 Rhythme du chant grégorien.
Pour le mot : servorum, la subdivision indiquée, du reste comme beaucoup d'autres, par les manuscrits, est celle-ci
servo - rum
dont le rhythme marqué n'est que la traduction. Or en faisant tomber une thesis sur le second fa, avec la syllabe : vo, on se trouvait avec une arsis de 3 notes après un temps de thesis. Les deux solutions qui paraissent le mieux convenir ici, sont celles que je propose par les deux manières de rhythmer ci-dessus, c'est-à-dire ou sans thesis ou avec une sorte de triolet.
Cette étude sur les subdivisions indique déjà qu'elles portent généralement sur les notes modales {ré, fa, la, ut, suivant les modes). Les manuscrits sont à consulter pour l'étude de ces subdivisions.
== Ce sont eux, et eux seuls qui indiquent un autre genre de subdivisions que ne nécessitent pas, il est vrai, les lois du rhythme, mais qui contribuent à la fois à le rendre facile et à donner à la phrase grégorienne ce caractère de simplicité élégante qui la distingue. Comme elles sont facultatives, le Liber Gradualis ne les indique pas toujours; car, visant la pratique ordinaire, Dom Pothier devait user de certaines simplifications et omettre des détails qui ressortent de l'exécution artistique. J'en indiquerai cependant plusieurs, parce que plus d'un maître de chœur, grâce à la Paléographie musicale, sera à même de les étudier ; et, sous sa direction, le chœur les pratiquera d'autant plus aisément qu'elles facilitent le rhythme, à tel point que plusieurs s'exécutent d'instinct. Voici quelques exemples avec commentaire.
err
g^vA^ëg^a
flo - re bit. Ca: - los. Vidérunt o-mnes. Dô-mi-ne.