‹ Rhythme, exécution et accompagnement du chant grégorienChapitre 40 sur 190 · Chapitre premier. — Deuxième partie · texte numérisé non relu

Chapitre premier. — Deuxième partie

ment, était grossie, parfois jusqu'à l'énormité ; à l'œil nu, et dans une vue d'ensemble, nous remarquerons que, si certaines choses restent distinctes, d'autres se combinent, se fondent, s'effacent presque. Ainsi une ligne de points distincts à la loupe, semblera à l'œil nu une ligne continue.

C'est ainsi qu'à la loupe de l'analyse nous avons étudié séparément chaque rhythme. Une étude d'ensemble de la phrase est nécessaire pour ne pas se méprendre sur certaines choses qui pourraient être grossies ou exagérées, particulièrement sur la valeur des thesis. Alors les proportions relatives des divisions rhythmiques qu'opèrent ces thesis nous apparaîtront ce qu'elles doivent être; et nous comprendrons comment les unes restent plus ou moins sensibles, tandis que les autres se fondent dans le mouvement général et s'effacent, au point de donner lieu pour l'oreille à des équivalences qu'il importe de noter. En musique comme dans le discours, toutes les divisions de la phrase n'ont pas la même valeur. Celles qui distinguent seulement les mots diffèrent de celles que marquent les virgules, les points et virgules, et les points. En musique, l'harmonie aussi bien que la mélodie a des cadences de valeurs diverses (cadence imparfaite, cadence parfaite, etc.) qui distinguent les membres de phrase, les phrases, etc.

Cette partie de la théorie du rhythme a été déjà et maintes fois exposée d'une façon satisfaisante. Les Mélodies grégoriennes l'ont traitée très clairement et très largement. Il est à croire que la clarté et la simplicité de ces principes ont dérouté ceux qui s'étaient fait de la science du chant grégorien l'idée d'une forêt vierge, aux fourrés obscurs et impénétrables, hantés de sphinx archéologiques sous forme de neumes. Mais si grand que soit le charme du mystère, ce n'est pas une raison pour traiter de futilités et de fantaisies des principes qui sont anciens, parce qu'ils tiennent aux lois essentielles de l'art oratoire et de l'art musical. Si ces principes n'étaient rien ou étaient faux, ce serait alors à défier qui que ce soit de

Rhythme du chant grégorien.

composer ou d'exécuter de la musique ; la musique et le discours n'existeraient plus.

Nous irons dans cette étude des divisions moindres aux divisions plus grandes.

ARTICLE I. — Divisions de la phrase.

§ I . Thesis de valeur minime.

Que l'on récite ou que l'on chante les passages suivants :

Mors et vila (') duél-lo conflixé-re mirândo, dux vftae

mdrtu-us régnât vfvus

facto- rem cœ-li et tér-rae.

on constatera que les mots accentués sont distincts entre eux, grâce à une thesis qui tombe sur leur finale. Exagérez tant soit peu la valeur de cette thesis et le chant a l'air essoufflé ; la mélodie, hachée. Cette thesis n'est qu'un point d'appui touché en passant, sans arrêter le mouvement. Supprimez cependant cette thesis et vous entendrez ce qu'on chante d'ordinaire : Mors et vi - ta du - ello, conflixé - remirando: duxvi - tœmortuus. Factorem cœ - liet terra; parce que la thesis du rhythme ne concorde plus avec celle des mots (36). Les maîtres de chœur devraient se

1. C'est par équivalence qu'on peut mettre anacrouse sur mors et. Le monosyllabe accentué reste partie forte du temps ; mais l'accent de vita est plus fort, comme étant au point culminant de la phrase ; aussi Varsis y est-elle bien placée. On peut du reste analyser autrement selon les nuances dans la diction ; mais ce sont là des minuties d'exactitude qui donnent plus de complications dans l'analyse que de différences dans les résultats pratiques. En rhythme, comme en mathématiques, il y a des quantités négligeables. — Même observation pour dux vitœ.

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