CHAPITRE II. — Théorie du rhythme
JST-IL nécessaire d'établir d'abord qu'il existe un rhythme dans le plain-chant? Je ne le pense pas, car aucun musicien n'aura l'idée d'élever le moindre doute sur ce point. On ne le pourrait faire qu'en considérant uniquement le plain-chant moderne, si dépourvu de rhythme dans la plupart de ses pièces ; mais c'est précisément cette absence de rhythme qui le rend défectueux. Le rhythme n'y est plus, mais il devrait y être ; car sans lui, plus d'air, plus de mélodie. Nieraiton que le plain-chant doive être une mélodie ? Alors pourquoi chanter ? Sans doute cette mélodie par certains côtés se différencie de l'art actuel; mais ceci est une autre question. Le point essentiel est que, puisqu'il y a une mélodie, donc il y a un rhythme ; et de fait (je l'ai déjà rappelé) dès les premiers travaux de restauration, on s'est occupé de trouver ce rhythme, tant il semblait indubitable qu'il dût exister.
Quelle est la nature de ce rhythme ? C'est le point difficultueux, car aucune question n'est plus embrouillée. Métriciens, musiciens, grammairiens, orateurs et philosophes ont disserté, défini, critiqué, enseigné si diversement et même si contradictoirement, qu'aujourd'hui l'obscurité et la confusion sont partout, dans les termes comme dans les idées. C'est chose assurément peu encourageante que d'entendre les savants modernes se plaindre en chœur de cet imbroglio encore accru par les redites, les copies serviles, les dissertations superficielles, qui remplissent tant de livres. Sans doute, d'importants travaux ont été publiés sur la matière ; mais les métriciens ont pour objectif le rhythme poétique et mesuré par la quantité ; les grammairiens ont parlé du rhythme oratoire en termes souvent trop vagues, et avec des idées trop peu distinctes de la mesure; les musiciens ont encore plus aisé-