‹ Rhythme, exécution et accompagnement du chant grégorienChapitre 55 sur 190 · Chapitre deuxième · texte numérisé non relu

Chapitre deuxième

ment confondu l'un et l'autre, et la théorie du rhythme les occupe fort peu ; c'est ce qui les fait souvent tomber dans des erreurs pratiques d'exécution. Ajoutez à cela que chez les uns, les mêmes termes ne sont pas acceptés dans le sens que chez les autres. Tout le monde croirait manquer à l'honneur, si on n'invoquait les Grecs et les Latins en témoignage ; mais parfois on conteste le sens de leurs termes et le sens pratique de leurs expressions. Il en résulte des équivoques qui font tenir en suspicion les termes les plus usuels, ou bien semblent établir d'embarrassantes contradictions avec nos idées modernes et notre pratique actuelle.

Au milieu de ce chaos, le mieux n'est-il pas de s'abstraire des théories courantes, pour se livrer à l'examen des choses, des faits eux-mêmes ? C'est ce que je prie le lecteur de faire. Même, au lieu de commencer par donner une définition du rhythme, qui serait discutée et créerait des malentendus, je veux la déduire, à la fin, de l'examen des faits dont elle sera la conclusion claire et logique.

Puisque cet ouvrage s'adresse spécialement aux musiciens, j'étudierai d'abord la structure rhythmique d'une phrase musicale très simple pour avoir une idée exacte du rhythme. L'application de ce procédé d'analyse au chant grégorien fera comprendre clairement la nature et le mécanisme du rhythme qui lui est propre.

ARTICLE I. — Divisions rhythmiques.

§ I . Quelles sont ces divisions ?

= Prenons pour sujet d'analyse cette phrase musicale :

If J' i '• ,

* mm*

Rhythme du chant grégorien.

82 Rhythme du chant grégorien.

Il y a dans cette phrase 2 grandes divisions marquées par les 2 grandes ligatures supérieures A B ; mais ces 2 membres de phrases ne sont pas simples. Chacun d'eux se subdivise en deux autres plus petits, indiqués par les ligatures intermédiaires C D et E F. Enfin ceux-ci se composent à leur tour de 2 autres membres dessinés par les petites ligatures numérotées 1,2, 3, etc. Nous voici donc arrivés en dernière analyse à la division élémentaire de la phrase rhythmique. Ces groupes dessinés par les petites ligatures sont les éléments simples du rhythme.

Quelle est la nature de ces éléments, comment sont-ils constitués ? Voilà le cœur de la question.

Évidemment ce ne sont pas les notes seules dont ils se composent qui suffisent à faire un rhythme. Quel musicien a besoin qu'on lui démontre qu'il y a là autre chose qu'une juxtaposition matérielle de sons ? Est-ce que dans chacun de ces groupes les notes ne diffèrent pas, même autrement que par leur valeur temporaire ? Les unes sont fortes ; les autres, faibles; et toutes les fortes ou les faibles ne le sont pas également. Il y a les temps forts et les parties fortes des temps faibles. Où est la raison de cette différence ?

Se rejettera- t-on sur la mesure ? Beaucoup, en effet, croient y voir l'élément générateur du rhythme. Qu'ils regardent la chose de près, et ils verront bien vite que le rhythme et la mesure sont deux formes qui se combinent, mais qui restent distinctes et même séparables. Leur nature et leur rôle sont entièrement différents. Pour voir à quel point cette division élémentaire (que nous nommerons un rhythme) est distincte de la mesure, il suffit d'observer :

i° Qu'elle ne cadre pas avec la mesure. Chacun de ces petits groupes est à cheval sur deux mesures. Sans doute cela n'a pas toujours lieu, mais il suffit que cela arrive parfois. Bien plus, nous verrons dans l'appendice à ce chapitre que, s il n'en est pas toujours ainsi, c'est que la notation est fautive, soit parce que la mesure ne cadre pas avec le rhythme, par suite d'une mauvaise distribution des

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