Chapitre deuxième
touche la terre, il y a un second élan. La thesis et Yarsis sont contractées au même point et au même temps. Il y a alors contraction de 2 temps en un. C'est ainsi qu'il y a, en rhythme, une contraction, quand la thesis d'un rhythme se transforme en arsis sur la même note. La musique présente aussi bien ce phénomène que le rhythme libre, car ce procédé d'enchaînement des rhythmes ne dépend pas de la mesure. Cette contraction est une vraie syncope, ainsi que nous le verrons, car c'est la substitution totale d'un temps fort à un temps faible.
Parlons maintenant des proportions dans les divisions du rhythme. Il ne suffit pas en effet pour faire un rhythme qu'il y ait mouvement ; il faut que ces mouvements soient bien proportionnés, autrement il n'en résulterait rien de beau ; or le beau est l'objet de l'art.
ARTICLE II. — Des proportions dans les divisions rhythmiques.
Quelle est d'abord la nature et, ensuite, quelles sont les différentes espèces de ces proportions ?
^ I. Nature des proportions dans le rhythme.
Dans le rhythme libre les proportions dans la division de la phrase diffèrent totalement de celles du rhythme mesuré. On ne retrouve pas en effet dans le chant grégorien ces lois d'isochronisme et d'uniformité constante, qui apparaissent dans la musique mesurée, et que les phénomènes connus dans les Traités sous le nom de contraction (') ou dilatation des rhythmes ne viennent modifier qu'en certains points. La mesure, en effet, en s'ajoutant au rhythme, crée ce jeu constamment uniforme des temps forts et faibles et produit, sauf irrégularités, l'isochronisme des rhythmes. On peut le constater dans la phrase qui a servi de thème d'étude au début de ce chapitre.
1. Le mot contraction est pris ici dans un sens à part; il signifie raccourcissement.
94 Rhythme du chant grégorien.
Le rhythme du chant grégorien est libre, c'est-à-dire qu'il n'est pas soumis à ces lois, parce qu'il n'est pas mesuré. Parfois, et assez rarement, il peut offrir une succession de rhythmes semblables, mais cette similitude et cette régularité ne sont jamais une loi. \Jarsis a tantôt une note, tantôt deux ou trois ; et, si l'on voulait noter ces rhythmes en mesure, on aurait ici une mesure à deux temps ; là, à trois. Ce jeu non uniforme des temps forts et des temps faibles caractérise le rhythme libre. Il n'est pas cependant arbitraire et désordonné, car alors il n'y aurait plus de beau, il n'y aurait plus d'art. Le jeu ou la combinaison de ces temps, avec les divisions qu'il produit dans la succession des sons, offre des proportions de divers genres que nous allons examiner maintenant.
§11. Proportions dans le nombre des sons.
Dans le Chap. XIII des Mélodies grégoriennes, Dom Pothier a donné un commentaire assez étendu des paroles de Cicéron, de Quintilien et de Gui d'Arezzo sur cette matière. Il suffit du reste d'examiner quelques exemples pour se rendre compte de cette proportion.
Tantôt elle est égale, c'est-à-dire qu'un rhythme, ou bien un membre de phrase, comparé à un autre, présente le même nombre de notes. Ex. :
gy.a^.Jh^ f*-— *>,
Na-^-ay
quaéri - te et adorâte Ddminum
Le premier exemple se divise en 2 parties ou membres de phrase composés chacun de 2 rhythmes contenant un nombre de notes égal. Ce joli fragment a été gâté et mutilé dans les éditions modernes ; n'y eût-on supprimé qu'une note, c'eût été déranger la symétrie proportionnelle