Chapitre deuxième
rhythme, je me permets d'observer combien il est étrange qu'aucun travail n'ait jusqu'ici bien exposé cette question. Peut-être que sa grande difficulté était sa grande simplicité. Je le crois d'autant plus volontiers, que je me rappelle avec étonnement de combien de préjugés, d'idées acceptées sans contrôle, il a fallu me dégager lentement pour arriver à des notions élémentaires. Il est des auteurs en effet qui ont cherché à rétablir le rhythme avec des combinaisons de longues et de brèves fort bizarres, pleines d'anomalies et très difficiles à exécuter. D'autres ont combattu pour le chant plane, c'est-à-dire sans valeurs proportionnelles, avec l'égalité approximative des notes sous le rapport de la durée et considérées en elles-mêmes. Ce n'était là qu'une partie de la vérité ; car si les notes sont approximativement égales en durée, elles ne le sont pas au point de vue rhythmique; et si en durée elles le sont par elles-mêmes, elles ne le sont pas toujours par position, comme il arrive aux finales. Si ces deux distinctions avaient été connues de tous, on n'aurait pas entendu formuler cette objection : « L'égalité des notes est contraire à l'expression des sentiments de l'âme ; donc il y a des notes inégales dans le plain-chant. » Ce principe, faux intrinsèquement, comme le prouve le genre choral et tant de pièces musicales, est de plus faussement appliqué au plain-chant ; ou plutôt ceux qui l'ont formulé n'ont pas su distinguer l'égalité de durée de l'égalité absolue, même au point de vue rhythmique, qui réduit la phrase à une épellation insipide. Il est vrai que depuis quelque temps, et surtout depuis les premières publications de Dom Pothier, on a beaucoup parlé de lier les notes, de faire des groupes, et cela non seulement dans l'exécution, mais dans la réimpression de plusieurs éditions de plain-chant moderne.
C'était un grand pas vers le but, mais on n'y touchait pas encore. Il fallait parler de ces mouvements par arsis et tkesis qui constituent le rhythme, et reconnaître leur
92 Rhythme du chant grégorien.
point de départ et leur terme. Pourquoi, alors que ces mots ont été si usités, n'a-t-on pas eu l'idée de les reprendre et de leur demander une solution ? Peut-être à cause de l'oubli de la tradition; mais surtout à cause de la confusion qui régnait en cette matière. Par crainte de tomber dans la musique mesurée ou dans le métrique poétique, on n'a pas osé d'abord employer ces termes, ni ouvrir la porte aux idées qu'ils représentent. On les croyait appartenir en propre à la mesure, ou rhythme mesuré, alors qu'ils représentaient les éléments constitutifs du rhythme en général. Dans le paragraphe suivant, nous étudions les combinaisons et phénomènes auxquels donne lieu la succession des rhythmes.
§■11. De la succession des rhythmes.
Rhythmes distincts.
Il y a succession de rhythmes distincts, quand chaque rhythme a une note d'arsis distincte de la thesis du précédent, et une note de thesis distincte de Xarsis du suivant. Ex. :
lumen sû-um
Les mouvements alors sont distincts, puisqu'ils ont un commencement et une fin propres. Cette distinction est l'opposé de la contraction que nous allons voir bientôt. Elle subsiste, avons-nous vu, dans les neumes adjoints et conjoints. Il n'y a rien de plus à expliquer sur cette manière de faire succéder les rhythmes.
Rhythmes contractés.
Lorsque vous voyez une balle rebondir en touchant le sol, vous observez que, au moment et au point où elle