Chapitre troisième
§ I. De la notation guidoniennc et de la carrée.
« Sans doute, le Liber Gradualis reproduit avec une exacte fidélité la leçon des manuscrits ; mais pourquoi, dans un livre destiné à la pratique, avoir employé cette notation archaïque ? Pourquoi encore s'être arrêté à tel siècle plutôt qu'à tel autre ? Est-ce que notre notation carrée moderne n'est pas une simplification et un progrès
par là même ? Alors pourquoi ne pas l'employer ? »
Voilà des objections que beaucoup de lecteurs auront entendues et peut-être faites. Elles sont trop naturelles, trop de prime-abord pour n'être pas faites.
Toutefois elles ne peuvent venir que de l'ignorance de ce fait : que le chant grégorien est chose bien différente du plain-chant moderne. Il en résulte que la notation carrée, suffisante pour celui-ci, est absolument insuffisante à exprimer ce que nécessite une bonne exécution du chant grégorien. Il fallait donc chercher autre chose. En effet, cette prétendue simplicité de la notation carrée, loin d'être un perfectionnement, est une décadence. Supprimer les termes d'un problème, ce n'est pas le résoudre ; il suffit d'un coup de chiffon sur le tableau, et tout est simplifié.
C'est le cas de la notation carrée. Elle est simple, parce qu'elle n'exprime plus rien, sauf les intervalles. De tout ce qui constitue la phrase mélodique, groupement des notes en neumes, leurs divisions, etc. (toutes choses essentielles, comme on l'a vu), la notation carrée ne dit rien. De là, ces suites de notes d'une plate uniformité, où aucune trace d'indications rhythmiques n'est ordinairement perceptible ; de là, cette absence de divisions et de distinctions, ou l'emploi rare de quelques divisions toutes uniformes. Nous aurons l'occasion plus tard de constater ces choses. Il fallait donc chercher une autre notation, qui traduisît plus fidèlement la leçon primitive donnée par la notation neumatique. Que prendre? Où s'arrêter ?
Rhythme du chant grégorien.
On peut barioler un livre de notes de formes diverses, d'après un système personnel, sans atteindre le but. Ce n'était pas affaire d'imagination ni de couleur archaïque ; le buta atteindre était nettement posé. Or la notation guidonienne.au point où l'a prise Dom Pothier, a le double avantage d'être exacte au regard des neumes, et cependant d'être assez rapprochée de nous pour ne pas être trop étrange. Les imprimés de la fin du dernier siècle l'ont encore. En pratique, il y a trois ou quatre signes inusités dans nos éditions actuelles, et pour lesquels, au cours de bien des exercices, je n'ai jamais eu besoin d'une longue explication. Mais fallût-il plus de temps, il y a obligation d'en passer par là, puisque la notation carrée est insuffisante.
Cette juxtaposition de notes carrées ne dessine pas les neumes, surtout quand ils sont à intervalles disjoints :
Est-ce que l'œil ne saisit pas mieux ce qui suit ?
prae-cla - ra est
Mais c'est le moindre inconvénient de la notation carrée. Son défaut capital, comme nous aurons l'occasion de le voir en examinant le plain-chant actuel, c'est de confondre les neumes, et d'offrir au chanteur des séries de notes sans aucune indication qui l'aide à dessiner un rhythme, ni conséquemment une phrase mélodique. Que signifient ces séries de notes ?
JB-JL
Voilà ce qui se trouve à chaque ligne de nos éditions modernes. Je reste perplexe entre les multiples combi-