‹ Rhythmes français et rhythmes latins pour servir d'appendice aux traités deChapitre 29 sur 56 · DIFFERENCE DU. KHYTHME ET DU METRE · texte numérisé non relu

DIFFERENCE DU. KHYTHME ET DU METRE

La rhythmique sert de base commune à trois arts, à la musique, à la métrique et à la danse. C'est le rhythme qui donne force et réalité à la mélodie, qui règle la parole et la cadence du pas, qui en un mot met de Tordre dans le mélange confus des tons, des mots et des mouvements. Lui, il est la forme {elâog)] eux, ils sont la

matière {vXrj ou ro Qv&iit^o^ievov)] ou bien le rhythme est appelé le mâle (ro a^Qevjj la musique et les arts, qui le secondent, des femelles (ro &'^Xv) (1).

Les anciens rhythmiciens appelaient le chant iiéXoç; la parole parlée, Xt^ig, Tous les deux réunis au çv^fto^, c'est-à-dire au pas rhythmique, constituaient le poëme lyrique complet (oîdî^, réXuov iiéXog). La danse, la musique et la parole y étaient soumises au même rhythme. La Xe^ig seule {Xéiig ^iXri ) , est ce qu'on appelle la prose {jte^og Xoyog). La musique seule et la danse seule n'étaient pas en usage chez les Grecs à Tépoque classique

(l) Aristox. p. 268—279. Aristide 31, 43. Mari. Cap. 190.

de leur littérature. La première ne nous donne que des airs vagues {atantoi ftêAajrftat), la seconde c'est le rhythme lui-même, sans substrafum, la forme sans la matière (çv^fio^, dit Aristide: V^tA^ oQxrjôig). La musique réunie à la parole, mais dépourvue de rhythme, donne naissance à des chants désordonnés, irréguliers (zê^viiéva a0{iara). La musique réunie au rhythme produit ce que nous appelons la musique instrumentale (x^ovftara, xâXa), Le rhythme, introduit dans la prose, produit de la prose qui ressemble à la forme métrique,de la prose déclamée, comme on en trouve dans les œuvres de Sotade.

Il suit de ces préliminaires, que la métrique est subordonnée à la rhythmique, qu'elle en est une partie importante, mais enfin une partie (1). Suidas dit expressément que le Qv9^{i6g est ro YBvixmreQov^ et que le mètre est une espèce {dô6g rt) du rhythme. Aussitôt que le rhythme se prononce dans le langage parlé, que ce soit par voie de déclamation ou de chant , ce rhythme est appelé mètre. Tout mètre est donc en même temps rhythme, tout rhythme n'est pas mètre (2). Car le rhythme éclate aussi dans les sons de la flûte et de la lyre, et dans les pas de la danse.

Les principes de la rhythmique ne s'appliquent pas à la langue seule, comme la métrique, qui présuppose ces principes. Toutefois il ne faudrait pas croire, que le poète

(1) Aristide p. 49.

(2) Ce sont les propres termes d'Âugastin De musica 8, l.

composât son poëme d'abord d'après un certain mètre, pour soumettre ensuite ce mètre aux lois du rhythme. Dans le poète le rhythmicien et le métricien se confondaient; dans le poëme le pied métrique, la période métrique étaient aussi le pied rhythmique, la périocje rhythmique. C'est la diflFérence des matières (vXrj), des substrata du rhythme, qui a amené la séparation des deux sciences. La danse et la musique ne peuvent se passer de rhythme; mais la langue en est jusqu'à un certain point indépendante. Les valeurs prosodiques existaient naturellement. On ne pouvait ni trop les violenter, ni moins encore les supprimer. Enfin. dans la musique des anciens, ce n'est pas l'hafrmonie des sons, comme dans nos concerts et dans nos opéras, c'est la pensée, qui était la chose principale. On comprendra maintenant, pourquoi à côté des règles plus générales de la rhythmique, les anciens ont établi aussi les règles spéciales de la métrique.

Pratiquement envisagés, rhythme et mètre étaient donc identiques ; c'est la théorie, qui les a séparés. Cette théorie fut développée par les grammairiens. Ceux d'entré eux, qui appartenaient à une époque plus récente, n'a- . valent plus en vue que la lecture des anciens poètes. Us oublièrent, qu'une ode ne se récitait pas, mais qu'elle se chantait et qu'elle se dansait en même temps : et comme la rhythmique et l'harmonique ne trouvèrent désormais plus d'application,, il s négligèrent l'une et l'autre. Or dans la prose et dans la poésie de leur temps, on ne connaissait

plus que le contraste de la longue et de la brève, ae la longue qui contenait deux temps, de la brève qui n'en contenait qu'un. On ne se souvenait plus des modifications légères, imperceptibles, mais importantes, que le rhythme avait fait subir fréquemment à là quantité primitive. Les musiciens et les rhythmiciens n'avaient pas toujours signalé ces modifications, mais ils les avaient présupposées; elles découlaient du reste nécessairement de la doctrine rhythmique. On finit à la longue par s'apercevoir de la différence, qui existait entre les préceptes des grammairiens, appelés plus particulièrement ^ieTQLzoi\ et ceux des rhythmiciens proprement dits. Nous' même, nous serons forcé de signaler bfen souvent cette différence; nous distinguerons entre la mesure métrique et la mesure rhythmique, à chaque page de notre trailé. Mais nous rappelons encore un coup, que cette différence n'existait pas à l'origine; que musique, poésie et danse furent régies pendant bien longtemps par la loi commune du rhythme.

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