‹ Rhythmes français et rhythmes latins pour servir d'appendice aux traités deChapitre 40 sur 56 · LES PAUSES · texte numérisé non relu

LES PAUSES

Le tableau précédent comprend toutes les périodes considérées comme conformes aux lois du rhythme par les anciens musiciens. Mais il se rencontre dans la haute poésie lyrique une foule d'autres périqdes d'étendue irrégulière, qui au pre-

mier coup d'œil semblent renverser le ^tème, que nous ve« nons de développer. En réalité, elles font connaître la différence, qui existe entre le rhythme et le mètre proprement dit. Tout mètre peut être abrégé d'une ou de plusieurs syllabes ; alors, le vers complet ou acataleciique prend une forme écourtée/ devient caialeciique. Les poètes lyriques ont eu si souvent recours à cette modification, que le nombre des catalectiques l'emporte de beaucoup sur celui des acatalectiques. C'est ainsi que nous trouvons les mètres trochaîques suivants :

[liyed'oç Ttevrccarjuov * - ^ •-

êvôsKciarmov - ^ - ^

zscCaQeç7iatôsKa0ri(iov -.w/-»-i — v^

iTtTanaiôeKd^rifiov — ^-^ -^w-w

Tous ces mètres à la seule exception de la dipodie, qui forme un crétique, sont contraires aux lois du rhythme. Le iiéysd'og àxrdcfri^ov n'est conforme au rhythme, que lorsqu'on peut le décomposer en deux parties égales, comme il arrive dans la dipodie dactylique. Cependant ces mètres se trouvent à chaque page des poètes lyriques et dans les chœurs des tragiques. Le fait est, que ces mètres ne sont pas complets {ôkoxkfiQOL), Pour les rendre tels, il faut les allonger au moyen de pauses {xsvol xQO'^oi) (1). La métrique seule a des vers catalectiques ; la rhythmique ne saurait les admettre. A cet endroit le témoignage de Quintilien est formel (2). Le système des pauses ressemble fort à celui des temps ou de la durée des syllabes {j[q6vol q)d^6yyœv). Nous connaissons déjà 5 syllabes diversement étendues: le %()6i/og TCQœrog ou PçaxvQj c.-à-d. la brève, le ^axQOç ôiôri^og^ rQcarnioç^ têrQdCri^ogy Ttavrdôfi^og. Nous en rencontrerons encore deux, le XQovog ako-

(1) Aristide 40.

(2) QuintiU IX, 4. $ 50.

yog, qui a la valeur d'uo temps et demi, et le §Qa%éog fiça- Xvtêçog^ qui a la valeur d'un demi temps seulement II y a de même des pauses d'un temps, de 2 temps, de 3 et de 4 temps ; mais les anciens ne nous disent pas, s'il y en a eu de cinq temps, ou d'un temps et demi, ou d'un demi temps.

Nous n'admettons donc que les quatre pauses, que noui^ venons de mentionner. La pause de la durée d'un seul temps (soupir) s'appelait Xetiifia^ et elle était désignée par un A (première lettre du mot A^ffifia). La pause de 2 temps s'appelait TtQÔgd'SôLg, et était marquée par un A surmonté du signe de la longue (1) : Â* Les pauses de 3 et de 4 temps étaient par conséquent notées: /^^ et "X* Aristide (2) les appelle xsvol STCiiiTJxsi^g, et il leur attribue le caractère de la majesté. Les pauses de 4 temps répondaient évidemment aux xQovoi TcaQSXtatafiévoL; elles étaient employées dans les doubles spondées, dans les oçd'voi et les ^riyLuvtol, En ajoutant une pause d'un temps à une syllabe longue, on forme un rhythme trochaîque (-y^ ou y^-); en l'ajoutant à un trochée, on forme un rhythme dactylique (-^a)- En ajoutant la ycQÔg- ^B0ig à une brève, on forme un rhythme trochaîque (->Â); en l'ajoutant à une longue, on forme un rhythme dactylique (- Â") ; en rajoutant à un trochée, on forme un rhythme péonique {^^~\). Les rhythmes qui n'avaient pas besoin de pause pour se compléter, passaient pour plus pompeux [êvq)t}€6t€çoi) , ceux qui étaient interrompus par des soupirs étaient considérés comme des rhythmes ordinaires^ ou même comme des rhythmes étriqués {âq)6ké0t6çoiy ^ixçoTCQêxetg).

l^'.Ceci étant établi, les périodes citées plus haut qui semblaient contraires au système rhythmique, y rentreront aisément. Ainsi par exemple, la tétrapodie trochaîque qui

(1) Aristide 41.

(2) Aristide 97.

présente habituellement un fiéyed^og évd€xd67i(iov'(ll temps), c'est-à-dire, une forme catalectique comme dans Esch. Eumenid. 997:

Xalçet^ aituKOç Xemç

tnraç ^luvoi Jtog^

naç&ivov fplXag tplloi etc.

devait se chanter dans le rhythme [0og de la manière sui* vante :

On trouvera un autre exemple Eurip. Phœniss. 239:

Nvv Si (loi TtQO xu%i(ùv d-ovçtoç (wXàv "Açfig etc.

Au li^ de la pause, on peut substituer rallongement, et la rhythmique des anciens laisse le plus souvent incertain lequel des deux il faut préférer, du Xet^^a ou de la toirtj. Ainsi les vers d'Eschyle et d'Euripide peuvent aussi être récités:

«» K> «• V^ I ^- \^ U-Si ^

Le mètre complet des trochées à 9 temps serait:

En remplaçant la dernière syllabe par un soupir, on a:

OU bien par l'allongement {tov^):

C'est ainsi que le mètre trochaïque à 15 temps l^évog y\\ii6- Xiov) présente les formes suivantes:

-v.-w-v^[-^-v^ (mètre complet, ol,Q%hfiqo^

V Dactyles. Ceux-ci admettent deux espèces de catalexe: la catalexe in syllabam et in disyllahum. Commençons par la dernière; elle peut se présenter dans trois mètres:

âsoeéûrifiov . . .

oxrœxaLSsHaô,

L'étendue de 10 temps peut nous fournir une. dipodie péonique [yévog tôov) - v> - | - v^ - ou bien un natœv èni^axoç

(yévog i^fiLoXiov) - -1 " 1 ; elle ne peut nous fournir aucun mètre dactylique. Il faut donc, en ajoutant une ^çogd'etJigf transformer le iiéysd'og dêxdôri^ov en ^syed'og âœâeKcc^i]- (lovj comme il faut transformer l'étendue de. 14 temps en une étendue de 16, celle de 18 en iltie étendue de 20.

Le $i;d'(i6g Î0og sxxaLÔexdarj^og b, lorsqu'il est complet [okoxXriQog), cette forme: -crw-*7w|-»?o-.7w; lorsqu'il ne Test pas, la dernière longue prend le double de sa valeur ordinaire [tovrj): -..v^-s^^i-v...»— .. ou bien elle est suivie d'une pause de 2 temps (Ttçogd'SôLg) : -v.v^-v^w|-.^^ — Â. Voici maintenant les trois formes du ^vd'^og elxotsderi^og i^liiôUog:

complété par la tov^ . . -:w.w-wv.-.^v^|-^v>t-j complété par la Jtçogd'eôig -:^^-^>^-v^v^|-i.^^-^.

Ce qui précède nous fait connaître d'une manière précise la division rhythmique du distique élégiaque:

Tedvafiivat yccQ Kalov i\7tl nQOfiéxousi Tteaovta ccvôç^ iyad'ov neçl y \ natçlôi iiaçvcciisvov.

Il est évident que le pentamètre a exactement la même mesure et la même étendue rhythmique (non métrique) que rhexamètre ; ce dernier se compose, lorsqu'il est chanté, et non déclamé, de 2 dœâsxdtJr^^oL dmkaOïoi complets [okoxXriQoC] :

Le pentamètre est composé des mêmes éléments; mais les dcoâsxdôri^oL sont catalectiques, et n'#rivent à leur étendue

vraie que par le moyen de la pause. Ici c'est la césure régulière qui nous prouve, qu'il n'y a pas lieu d'admettre l'allongement:

L'ordre des 0i]iista du pentamètre parait avoir été bien indiqué par Mr. Westphal:

Quant aux mètres dactyliques terminés par un trochée (étendues de 7, de 11, de 15, de 19 temps), aucun n'est conforme aux lois de la rhythmique. Us y satisfont en ajoutant une pause d'un temps, le simple Xst^^a, C'est ainsi que le ^vd'^og éxHacôêxdafjiios toog qui, lorsqu'il est complet, présente la forme connue:

fait avec le Xetfi^a:

Alcman nous en fournit un exemple (fr. 26):

XQvCeov ayx^Ç Ï%oi0a [liyav axiî^ov, ola te Ttotriiiveç Svôçtç Sxovatv /^ , XSQCl Isovreiov y cela d-evccc y\.

On arriverait pareillement à l'étendue de 16 syllabes, en transformant la dernière longue en XQ^'^^S rçCôriiioç^ c'est-à-dire en lui attribuant trois temps au lieu de deux:

tt

Mais la rhythmique grecque n'avait pas facilement recours à ce moyen, parceque les éléments constitutifs du dernier pied se seraient trouvés dans la proportion prohibée de 3 : 1 [koyog tQVTCkdôiog) (1).

3° Mètres péoniques. Nous n'avons à nous occuper ici que du cas, où le dernier crétique se trouve remplacé par

(l) Aristox. 305. Aristide 41.

un spondée ou un trochée, comme dans Aristophan. Lysistràt. 789:

nal Kvva,riv bIxbv^

KOVKhi Kccv^X^e TtaXiv olxtiâ^ vno filcôvg,

\\ faut encore avoir recours à la pause (xQovog xsvog), ou à rallongement (rovif), pour éviter une arrhythmie, résultat infaillible des mètres écourtés. Voici maintenant les formes possibles :

Nous le répétons: la rhythmique ne reconnaît pas de catalexe. Par conséquent les périodes catalectiques composées de trochées, de dactyles et de crétiqués ont la même étendue rhythmique que les périodes acatalectiques (complètes) respectives, puisqu'elles se complètent forcément par l'allongement ou par la pause.

4** Mètres iambiques et anapestiques. Tous ces mètres, lorsqu'ils sont incomplets, sont contraires aux lois de la rhythmique, comme

rétendue de 7 temps ^ -s.^^

99 >» Xtf f9

99 99 Ai7 tt

Ils le sont encore, lorsqu'ils ont le nombi% de temps voulu, mais qu'ils n'admettent aucune division proportîonelle, comme l'étendue de 10 temps: v^^-x^w — , Pour rétablir la loi rhythmique, il faut

a. Envisager l'anacrouse, c'est-à-dire la première ou les 2

premières brèves comme le dernier levé de la période précédente, ce qui fera que le mètre iambique de 7 temps se transforme en mètre trochaîque de 6, le mètre iambique de 13 en mètre trochaîque de 12 etc. etc., le mètre anapesUque de 14 (le parémiaque) en mèlr« dactylique de 12. C'est ce qui arrive dans l'hexamètre après la césure penthémimère:

C'est elle, qui d'après les règles de la métrique coupe le vers en deux parties inégales. La rhythmique ne reconnaît pas de césure mobile ; elle exige que la première partie ou période dépasse cette césure de deux temps:

âotâsnaarifioç tcoç ôœôsnaa, Caoç.

Les anacrouses se rencontrent fréquemment dans le haut lyrisme; elles y figurent comme notes lactées. La période à anacrouse est considérée dans ces cas comme ayant la même étendue que la .période qui en est dépourvue.

b. II faut compléter la période métrique par l'allongement ou la pause (ici la Jtçogd'eôùg), et en faire ainsi une période rhythmique.

^Pvd'fiog êxxaiâêxdô. tôoç: bii^-iiH-|^w v>w- (complet)

iiif-iiif-|— --A (complété par

la pause) 55 âcûôsxdc.' ÔLTcX. : — w-(.^-^- (complet)

w |v^-v^— (pause)

Cette pause parait se rencontrer surtout à la fin des systèmes anapestiques et iambiques. Le parémiaque et le dimètre catalectique sont égalisés ainsi aux dimètres complets, qui précèdent. La pause répond à l'hiatus, qui est admis à cet endroit du mètre.

L'allongement n'atteint pas la dernière syllabe qui est un levé, mais bien la syllabe précédente, dont elle fait un tçi-

(fTHiOQj quand le mètre est iambique, ou un tstçàôtuioç^ quand il est anapestique. Ainsi le '^vd'iiàç t(fog de 16 temps, qui lorsqu'il est complet, s'écrit:

présente avec l'allongement la forme suivante:

Le Qvd'^og Sijtldôiog de 12 temps, qui est au complet: s'écrit avec l'allongement:

Ce qui prouve, que l'allongement atteint ici la pénultième, et non la dernière, ce sont les hymnes de Mésomedes adressés à Helios etNemesis, où cette syllabe est surmontée dans les parémiaques quelquefois de deux notes au lieu d'une. D'autres fois une de ces notes est remplacée par un A, signe de la pause. M. £ellermann a fait l'observation juste, selon nous, quici ce signe doit être considéré comme équivalent de l'allongement simple. Il s'ensuit que ces parémiaques ne sont pas des anapestes pleins^ mais des anapestes cycliques [kvtiXioi), rapides, dont nous parlerons plus tard. Les pieds de ces anapestes n'ont que l'étendue des pieds iambiques et

(l) L'alloDgement ou la xovri ^^^^ fournit des exemples, où il y, a lieu d'employer les termes de yévoç ènCxçixov et de yèvoç xçinXccaiov, La tétrapodieiambique

frappé levé «

est un (vê'fiog dœSsTiâerifioQ 9anTvXi%ôg appartenant au yévoç tcov. Le frappé y est au levé dans la proportion de 1 : 1. Mais qu'on y introduise la syncope, qne la deuxième longue et la troisième brève, au lieu de former deux syllabes, n'en forment plus qu'une seule de trois temps: ^ -^ ^^ ^^ -, les deux

dipodies cesseront d'être égales l'une à l'autre, la première renfermant 7 temps, la seconde 5. La dipedie w -, *^ « — est un novq inxccarifAoq iv Xôyœ èni- TçCxm^ dont la première partie est à la seconde comme 3:4. La seconde partie elle-même, ^ • — , nous fournit un exemple du genre triple (xQinXdciov)^ puisque le frappé (»— ) y est au levé (^) comme 3:1.

trocbalques, de sorte qu'un parémiaque à 16 temps équivaut en réalité à une période iambique de 12. Si les anapestes des parémiaques étaient des anapestes pleins, le signe de la pause devrait être surmonté du signe de la longue. En un mot la 7cç6gd'£6vg devrait remplacer le Istfiiia simple.

.5° Mètres allongés. La catalexe se rencontre aussi dans les v.ers composés de Orjfiavtoé^ oçd'coù, péons èitipatoù; là les syllabes nécessaires pour rétablir les proportions rhythmiques sont remplacées par la pause seule. L'allongement serait insuHisant — car comment doubler l'étendue d'une syllabe, qui compte déjà 4 temps ? Il va sans dire, que ces rhythmes ne sauraient être mesurés que par monopodies. Ce sont sans doute des ôri^avroi^ que les vers d'un hymne sur Jupiter, composés et écrits par Terpandre, et qui en constituent le début ou l'invocation [iitaQXf'^)' Us sont catalectiques in bisyllahum et le mode de la musique était incontestablement dorien (1).

Zsv jtavtCDV ciq%ct, Tcavtoav aytittOQ, Zev <ro^ nifi7t(o tavtav vfiv(ov iq%(iv.

Les deux pauses sont ces oisvol i7ti(iijx€ig terçéôrifioiy dont nous avons parlé plus haut, et auxquels Aristide reconnaissait un caractère particulier de majesté (2). A l'époque où vivait ce musicien, les poèmes lyriques composés de oçd'ioi et de arjiiavroL n'étaient pas rares encore. C'est de cette époque que date l'hymne célèbre à Helios, composé dans l'ancien mode dorien:

Bv - g>a- (lel-rca fcâç cr^-fh/^,

yij xofl itovxog %cA nvoicci etc. etc.

(1) Clem. Alexand. stromat. 6, 7&I.

(2) Aristide 97.

Chap. VIII. ANALYSE DES VERS D'UNE

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