GRANDE ÉTENDUE
Aucune période rhythmique composée de trochées ou d'iambes ne peut dépasser retendue d*une hexapodie, aucune période rhythmique composée de dactyles ou d'anapestes ne peut dépasser celle d'une penlepodie. Des étendues plus considérables ne sauraient plus constituer un tout rhythmique. Il faut les diviser en plusieurs périodes distinctes, toutes munies de leur frappé, et entièrement indépendantes les unes des autres.
C'est ainsi que le tétramètre trochaïque est composé de 2 périodes de 12 temps, dont les frappés et les levés sont dans le rapport de 1 : 1 {iv yévei, l'0€o) :
-^ w> mm v^ '^ Vi« — s> I — \^ — «« ^— v./ > A ^
La rhythmique dans ce cas ne contrevient pas . à la césure métrique: au contraire elle la corrobore; elle en fait une véritable diérèse. Elle procède de même à l'égard du tétramètre iambic^uç:
âœâsiicéa. taoç âœÔSTidca, Haoç
Mais elle ne tient aucun compte dans l'hexamètre de la césure penthémimère, parceque la seconde partie du vers héroïque formerait alors un fisyBd'og de 13 à 14 temps, et que ce ^lé- 'yêd'og ne serait pas divisible dans les proportions admises par l'art grec. La rhythmique coupe par conséquent le vers héroïque par le milieu, et le partage en deux tripodies, à moins qu'elle ne le partage en trois dipodies (voyez plus haut); Bien entendu, il ne s'agit pas ici de l'hexamètre récité et déclamé, mais de l'hexamètre chanté.
Ainsi toutes les hexapodies composées de dactyles, toutes les heptapodies, octapodies, décapodies composées de dactyles
et de trochées se subdivisent nécessairement au moins en 2 périodes rhythmiques distinctes et indépendantes. Dans Eschyl. Agam. (v. 1070) nous trouvons les vers suivants:
Kal TO iihv TtQO xQfiiidtmv nxvfilwv okvoç PaXcav
ôg>ev66vaç in ev(iit(^, oint fêv pQOTtccç dofioç Ttrmovâç yiii&v ayav,
ovê inovxiiSB cuncpoç.
noXka TOI êoCtç i% Jtoç afig>ikaq)riç re nal i^ aXoxasv insxBiâv
vrfixtv S>XsOBv vodov.
Dans ces six, vers il n y a que les trois de moindre étendue, dont la forme soit rhythmique:
Mais V. 1 et 3 sont des octapodies trochaïques, qu'il faut décomposer en tétrapodies;
V. 6 nous présente une octâpodie dactylique qu'il faut décomposer de même: * •
Dans ce vers, la période rhythmique coupe le mot à(iq>Llaqyiig par le milieu:
noXXd TOI ôoaiç in Jtoç afJupiXaqyi^ç XE nui i§ aXoKoav inexBÛiv,
Dans les Perses v. 863 nous trouvons deux heptapodies dactyliques suivies la première d'une tétrapodie, la deuxième.d'une tripodie trochaîque. Ces dernières seules sont conformes aux lois du rkythme. Les deux autres doivent être divisées ellesmêmes en tripodies et tétrapodies:
"0<5Caç d' eÏXb TCoXsiç tcoqov ov diapicç "AXvoç notafiotOy ovd afp i(STlaç Cvd'elç^ olai Stçvfiovlov TtsXayovç ^Ayjè-
Heptapodie (^ ~ ^ ^ Tripodie
^ * V^.'...-^^ ,:; Tétrapodie
Heptapodie /f -----;---■' - TéUapodie
\ ^ \^ W» .a. «rf S^ .»
Tripodie
If t
On le voit: si le vers métrique, le vers lu, déclamé, récité ne doit paa s'arrêter ^au milieu d'un mot, il n'en est pas de même de la période riiythmique, qui ne tient compte que des lois de rharmonie, de la capacité de l'oreille, et bien moins du sens de la phrase. Elle ne supporte pas de mètres trochalques et iambiques dépassant l'hexapodie, ni de mètres dactyliques et anapestiques dépassant la pentapodie. Ces mètres seraient trop, étendus pour que le rhythme musical les
ramenât à l'unité.
Les lois du rhythme admettent des monopodies, des dipodies, des tripodies, des pentapodies péoniques. Elles n'admettent pas de tétrapodies de celte mesure. Une tétrapodie
péonique v^ — C- — ^ ^ formerait un fiéysd'og elxo-
adôrjiiov èv yévev tôc), et nous savons déjà, que le yévog tcov n'admet pas d'étendue dépassant 16 temps. Comment se fait -il donc, que la pentapodie péonique étant considérée comme rhytbmique, la tétrapodie ne le soit pas, quoiqu'elle ait 9 temps de moins ? La raison nous parait être celle-ci. Lorsque le .frappé contient un nombre de temps égal à celui du levé, il a besoin de ressortir par une intensité bien plus grande, que lorsqu'il compte quelques temps de plus que le levé. Sans cette intensité plus grande du frappé le levé cesserait d'en elfe dominé, se rendrait indépendant, et nous aurions deux périodes rhylhmiques, au lieu de n'en avoir qu'une
seule. Ceci est vrai de l'iambe et du trochée, les plus pe-
tiles unités rhythmiques qu'il y ait; à plus forte raison cela doit-il être vrai du péon, lé plus étendu des pieds simples. Ici Teffort de la voix ne suffit plus pour assurer au frappé la prédominance sur le. levé, vu surtout le temps d'arrêt (minime sans doute), qu'elle doit mettre à passer de la dernière longue du premier crétique à la première du second. Car il ne faut pas oublier, que le crétique n'est qu'une dipodie trochalque catalectique ( — - /^ pour - ^ - w). Cette transition du trochée au crétique, du crétique au trochée se voit dans un passage remarquable d'Aristoph. Pal v. 346 :