JL' 1 -. ^' : ^ ou bien
Ainsi mesurés, les doehmiaques feraient partie du yévog âv- TtXdôtov ê^dôfjfiov ( -1' -, - ^). Les levéS formés de longues pourraient s'abréger, ce qui conviendrait au caractère inquiet, passionné .de ce rhythme. La brève remplaçant ainsi d'une manière tout anormale la longue, le rhythme cesse d'être
(1) Aristide p. 39»
régulier; il devienl inérçoxog, c.-à-d. irrationnel, et c'est de ce genre de rbythme, que nous allons maintenant parler (1).
Chap. II. L'IRRATIONALITÉ TOLÉRÉE ET ÉES PIEDS SEMI-RHYTHMIQUES.
Lorsque dans une étendue de temps quelconque la proportion du frappé au levé n'est pas comme 1:1, 2:1 ou 3 : 2, cette proportion [loyoç) est considérée comme irrationnelle (&koyog), ou comme contraire au rhythme {a^^vd'uog). Les étendues rhythmiques s'appellent (isyédifj ë^^vd'fiot ou çvd-fiol XQittxoij Qtjroi (2).
La rhythmique établit uA différence entre des proportions absolument irrationnelles, comme le sont celles de 3:1, 4:i, 5:1, 2:5, 3:4 etc. {n:avtsX(3g arccxtot xal dXôytog ôvvetçoiisvoL) (3) et celles, qui sans être rationnelles et rhythmiques, approchent du caractère de ces dernières, et ne sont pas fatalement exclues du domaine de la poésie récitée ou chantée. Ce sont là les proportions semi- rhythmiques (^vd-fiosiâstg), qu'on nomme aussi aXoyoi dans un sens plus étroit. C'est de ces proportions, que nous aurons à traiter maintenant.
Aristoxène (4) dit en propres termes, que tous les pieds rhythmiques sont déterminés par les proportions de 1:1, de 2 : 1, de 3 : 2, ou par une àloyCa telle, qu'elle se trouve au milieu entre deux proportions rhythmiques. Le pied rhythmique du yévog t(Sov présente un frappé de deux temps et
(1) Le dochmiaque pouvait être considéré aussi comme un çvd'iioç ^stcc- §aXXœv» Voyez le chapitre sur la fistafiolt].
(2) Arisiox. 294, 299. Aristide -34, 42.
(3) Aristide 33. Mart. Capella 19i,
(4) Aristox. 293.
levé de deux temps — le pied du yévog dmXddiov un frappé de deux temps et un levé d'un temps. Le pied semi-rhythmique, qui lient le milieu entre les deux, s'appelle xoçstog aXoyog'j il a aussi un frappé de deux temps, mais un levé d'une étendue, qui tient le milieu {fi60ov (léyed-og) entre la longue et la brève, entre le xçovog âiôrjfiog et -le XQ^^^S Ttçéirog^ c'est-à-dire d'un temps et demi (1).
Dans la pratique le juste milieu d'un temps et demi n'a peut-être pas été toujours observé ; mais il n'en est pas moins vrai, qu'Aristoxèue entend par ce juste milieu une étendue précise, et nullement flottante, puisqu'il explique le fi,é0ov (leysd'og des temps irrationnels par le (léôov ^éysd'og des intervalles irrationnels, qui étaient fixés avec une exactitude mathématique (2). * •
, Mais puisque la syllabe longue compte deux temps et la brève un temps, la syllabe, qui en comptera un et demi, représentera-t-elle une longue abrégée ou une brève allongée? Jl est certain, que dans les trochées et les iambes irrationnels nous avons affaire à la longue abrégée. Ces temps si longs, que le rhythme a de la peine à les dompter et à les faire rentrer dans le mouvement général, s'appellent TtsçiTtXsœ. Voici le tableau des iambes et des trochées rationnels et irrationnels d'après la nomenclature des anciens:
^Pvd'iiol tçiôriiioi {Ttodsg ÔLitkdiSiov^ ^rjtoi). Rhythmes rationnels.
Frappé de deux temps, levé d'un temps. .
^ ^ XOQ€iog Qijzog s.^^ f
(1) Aristox. 201,297.
(2) Ibid. 293, 296.
^Pvd'^oBLâstg TtsçiTcXecHy (ytoâsg ôtnXdovoi akoyoi).
Rhythmes irrationnels ou semi-rhythniiques.
Frappé de deux temps, levé d'un temps et demi. -1 %oQBtog aXoyog — ~ OQd'tog
Le pied semi-rhythmique et trop plein {TCSQtTtksœg) est un spondée mêlé à des trochées ou des ïambes de trois temps, qui par son levé d'un temps et demi dépasse l'étendue légitime de trois temps d'ua demi temps, et a pour effet de retarder (comparez notre Witardando^) le rhythme trochaïque (yévog âtJtkdCLOv),
Mais 4a syllabe irrationnelle peut représenter aussi une brève allongée. Làngin en fait foi, lorsqu'il assure (1): 6 ^vd'fiog . . . nokXdxig yovv xaî tov fiçaxvv %q6vov notet [laxçov. Or, comme les anciens ne violentaient pas gratuitement les valeurs prosodiques des syllabes, il ne faut pas entendre par les mots noialv [laxçov un changement complet d'une brève en une longue, mais seulement la transformation de la brève en syllabe de valeur irrationnelle. Cette transformation se rencontre dans les rhythmes dactyliques de 4 temps. Leur forme régulière rationnelle est connue; au surplus la voici:
Rhythmes rationnels.
Frappé de deux temps, levé de deux temps.
^ ^ s^ âdxtvXog ^^ J. àvdnaidxog
- - 07tovdstog — - ôTtovâetog.
Mais on pouvait .entremêler les dactyles et les spondées de
(l) Longin prolegg. 139. Mar. Victor, 2484.
4 temps, de trochées ènlrçoxoi^ ainsi appelés, parceqii'étant inférieurs d'un demi -temps à retendue requise de 4 temps (-or^), malgré leur levé d'un temps et demi, ils accéléraient d'autant le rhytbme dactylique. La forme de ces dactyles semi-rhythmiques est donc celle-ci:
^Pvd'iiosvâstg énixQOxoiy {jtôâsg Î60i aXoyoi^.
Rhythmes irrationnels ou semi-rhythmiques.
Frappé de deux temps, levé d*un temps et demi.
-w Xoçstog aXoyog ^^-i OQ^tog
(3 temps et demi) (3 temps et demi).
Nous allons examiner maintenant les uns après les autres tous les ordres de rhythmes semi-rhytlmiiques.
Chap. IIL des ïambes ET DES TROCHEES IRRATIONNELS {^vd'iiosidetg TCBçcjtXêœ).
Nous avons dit plus haut, que les anciens rhythmiciens voyaient des rhythmes composés dans toutes les périodes Irochaîqnes et iamhiques entremêlées de spondées, c'est-à-dire, dans toutes celles, qui admettent une syllabe douteuse au milieu du vers. Ces périodes se mesurent toutes par dipodies, à savoir: le tétramétre trochalque, le tétramètre et le trimètre iamhiques, le dimètre d'Aristophane etc. La période la plus étendue du yévog ôvTckdiSiov compte 18 temps. Donc le trimètre des tragiques peut être mesuré comme une seule période, ayant son frappé principal au cinquième pied, et deux frappés secondaires au premier pied et au troisième (1).
Mais les tétramètres trochaïque et iamhique doivent être divisés en deux périodes (voyez plus haut), séparées d'ordi-
(l) Voyez le chapitre sur la sémasie.
naire Tune de l'autre par là césure. Ils ont deux frappés principaux d'égale importance chacun, l'un au premier pied, l'autre au cinquième:
Comment mesurait -on dans ces vers les syllabes longues du levé ? On ne pouvait les considérer comme des longues véritables, sans quoi dans les périodes:
"l^, JL %, iw~^ et 2«— ^— — — "^"""j
qui appartiennent au y^vog toov ou âaxtvXixov ^ leur première dipodie représentant le frappé, leur deuxième dipodie le levé du rhythme — ces deux dipodies seraient dans le rapport de 7 : 6 ou de 7 : 7, proportion exclue de la rhytlimique ancienne. On ne saurait considérer non plus la seconde période comme composée de deux épitrites. Aristoxène n'admet pas de yévog ènCtçirov dans son système. Aristide, qui l'admet, nous apprend en même temps, qu'il fut rarement employé; ce qu'il n'aurait pas pu dire des dipodies trochaïques ou iambiques. 11 ne reste donc qu'une explication: voir dans les spondées des pieds de nombre pair, des trochées irrationnels {aXoyoi, nsQLTtkatxi) comptant plus de temps que les trochées ordinaires (c'est-à-dire 3 ou 2 + 1), et moins de temps que les spondées ordinaires (c'est-à-dire 4 ou 2 + 2). Le trochée irrationnel ou trop plein embrasse trois temps et demi, à savoir 2 + 1 Jr. Le X'^9^^^^ aXoyog tçoxoBiâ^ç (:^ -) en embrasse autant, à savoif 1 + 1 -f- 1|. Voçd'Log aXoyoç^ qui est Tinverse du xoç6lk)g aXoyog ( — ^j^ se mesure ainsi : 1 ^ + 2, le xoQstog aXoyog lafi^osiâi/jg^ qui est l'inverse du tqoxoetdfjg (voy. lechap. préc.) c.-à-d. - ^ -, se mesure 1^+1+1- Ce qui prouve, que^ous sommes dans le vrai, en mesurant ainsi, c'est que Bacchius (1) présente le temps irrationnel comme plus long que le bref,. et comme plus bref que le long, tout
(l) Bacchius 24, 25. #
en maintenant — chose étrange — que la longue est le double de la brève ou du temps simple {xQOvog èXdxiiSxoq nçôxog). Nous désignerons désormais le spondée au levé irrationnel par un a (akoyog) placé sur la longue amoindrie:
/* ce ' " f/ /
Ci " f fV '
-- m.^ s^ ^ \^ ^v %^ mm ^m \^ S^ S^ •— ^
On peut exprimer dans notre musique moderne le temps irrationnel par la note pointée, qui vaut la moitié en sus de sa valeur naturelle. On écrirait donc le tétramètre trochaîque, en plaçant le point après la syllabe irrationnelle:
et le trimètre iambique:
On voit aisément, qu'une transformation aussi insensible du rhythme ne saurait impliquer un véritable changement, une /i£ra/3oAi) de la mesure. La ft£ra/3oAi) existerait, si Ton considérait les spondées irrationnels et Urop pleins' comme spondées véritables; si Ton mesurait:*
:^|-l i>^|«:^ etc.,
parcequ'alors on passerait brusquement de la mesure à troisquatre à la mesure à quatre-quatre. Mais les pieds irrationnels ne sont autre chose qu'un riiardando de la mesure à trois-quatre. Le témoignage formel d'Aristide en fournit la preuve (1): ot nsçCnkafù y dit -il; ol tcXsov ijdri xi^v ^çadvrtixcc ôià 0vv&éxc}v tpQ'éyycïV novovfievov (2). Quoique les
(1) Aristide 34, 35, lOO Ip. Mart. Capella 191.
(2) Voyez nos observations Hans le chapitre sur la sémasie. On sait que la
longue irrationnelle de riambe»et du trochée (— —, — — ) ne pouvait se résoudre 60 deux brèves. C'est pourquoi le senaire admet aux pieds de nombre impair
le dactyle (— ^ ^), le tétramètre trochaïque aux pieds de nombre pair l'anapeste
^w w. mJ^^ Il se renconipv cependant des anapestes dans le» senaires, et des dac-
temps irrationnels soient plus longs que les* temps simples (XQovoL ^QiStoL), ils ne le sont pas autant que les %()oi/ot 7taQ6xt6ta(iévoi (allongés outre mesure], dont la marche a quelque chose de solennel et de majestueux. Les mètres aux longues irrationnelles au contraire sont décrits comme étant plus flasques et plus négligés {vjtttoi xal nXccâaQdrsQOL), plus rapprochés de la prose en un mot. C'est là le caractère du trimètre tragique en général, et des trochées d'Aristophane en particulier. Les trochées d'Eschyle au contraire dans les chœurs n'admettent nulle part l'irrationalité et le ritardando, qui en résulte.
. Le temps irrationnel se rencontre encore, quoique plus rarement, au commencement de la période rhythroique, îmmédiatement après le premier frappé: Cela ne peut arriver, que lorsque les périodes ne sont pas mesurées par dipodies, et que tous les autres pieds restent renfermés dans les limites du ^éysd'og rçiôri^ov. Un pareil début donne au rhylhme un caractère très-majestueux, et il est rare, que le sens ne réponde pas au rhythme. Par exemple (Ësch. Agaroemn. 160, 168):
Zsvç oçxiç nox* i(SiCv^ et to^* ai;|rGÎ (pUov xsukr^iévo) —
Suppl. 558: tKveîxai à slçiKvovfiivov piXoç,
Suppl. 704: ^Bovg â' oï ydv ixovdiv^ asl.
V^ll£W» — v^ -
Le rhythme n'est pas troublé, il est seulement ralenti dans ces passages, où la musique moderne elle-même emploierait volontiers son ^ritardando'.
tylës dans les vers liochaïques; mais ces anapestes el ces daclyles ont le caractère cyclique (voyez plus bas), el ce qui le prouve, c'est qu'on les rencontre à tous les pieds du mètre indistinctenienl.
— 6ft ~
Chap. IV. L'IRRATIONALITÉ DANS LES STROPHES DORIQUES (Qvf^iioscâstg è^itçoxoi).
Dans ces strophes nous rencontrons à côté de dipodies, de tripodies, de tétrapodies et de pentapodies dactyliques des périodes trochaïques et îambiques mesurées par dipodies. Ces dipodies ont toujours la forme des épitrites (- ^ — ) , et les périodes dactyliques elles-mêmes se terminent presque toujours par un spondée, jamais par un dactyle. On ne saurait admettre dans ces cas aucun changement de rhythme, aucune transition du yévog t<5ov au yévog dinldciov ou réciproquement; il faut adopter plutôt Topinion, que la relation de la longue et de la brève, qui d'ordinaire est de 2:1, subit ici ime modification importante. La période
^— sy ^ ^ -^ y^ v^ ^ sy v^ ^^ ^
présenterait, si nous conservions cette relation, un liéyed^og évvsaxavâsxàôrjfiov (étendue de 19 temps), réprouvé par les lois de la rhythmique. Or cette période est considérée, comme nous verrons plus tard, comme l'équivalent de la pentapodie dactylique (1):
Nous savons de plus par le témoignage déjà cité de Longin et de Marins Victorinus, que le rhythme peut allonger quelque peu un temps bref. Nous attribuerons donc dans le cas qui nous occupe, à la syllabe brève du trochée la valeur dun temps irrationnel (c.-à-d. d'un temps et demi), de sorte que ce trochée tienne autant de place dans le rhythme que le spondée au commencement d'une pentapodie trochaïque (par ex.
(l) D'après un changement de rhythm& appelé fistafiolTi ttarà çvd'fionoi-
dans Zsvg ogng ttot' èotiv^ voyez plus haut). En marquant l'irrationalité de la brève par un a placé au-dessus du signe, nous écrirons la période déjà citée:
^ K^ m» mm .^ \^ \^ ^ \^ \^ ^ ^
= 19 temps et demi au lieu de 20 exigés par le rhylhme.
On le voit, le rhythme de la strophe dorique est dactylique; il répond à notre mesure à quatre -huit, mesure que le trochée irrationnel accélère du lieu de trouhler. Dans la troisième Pythique nous avons 10 èicCrçoxoL dans chaque strophe sur 38 dactyles. Ces è7tCtQ0%0i (c'est-à-dire (iccXXov tov ôaovtoç èTCiTçaxovteg) (1) sont considérés par les anciens rhythmiciens comme un moyen de rendre le vers plus vigoureux et plus viril {0q)oâQOÎ xal (SvvsfJtQafifisvoL xaî slg ràg TtQà^stg nKQaxlritiKoC), On sait du reste que la strophe et l'harmonie doriques avaient un caractère particulier d'énergie et de force (2). H y avait quelque chose de trop calme, de trop uniforme dans la mesure dactylique, dans laquelle les anciens poèmes épiques, les nomes et les hymnes étaient écrits. VèicCtQOxog lui donnait du relief et un certain élan lyrique. En allongeant la brève du trochée d'un demi temps, retendue de 19 temps que présente la période citée plus haut, s'approche de l'étendue rhythmique et régulière de 20 temps à un demi temps près. Elle était contraire au rhythme auparavant [a^^v^iiog] , elle est désormais semi - rhythmique , ^v-
d'flOSLÔTJg.
Mais s'il y a des épitrites (- - — ) da^s les périodes dactyliques de la strophe dorienne, nous devons nous rappeler qu'il y en a aussi dans les périodes trochaïques et iambiques. Leur forme métrique est la même dans les unes et dans les
(1) Aristide 34, 100. Mari. Cap. 191.
(2) Pliil. de rep. Ilï, 397. Aristol. Pojil. 8, 7.
autres; et cependant leur valeur réelle, intrinsèque, rhythmique diffère essentiellement. Tout le monde reconnaît un tétramètre trochaïque dans ce vers:
vy •— ■>.« «^ v^ ^ v> — «>
Le spondée, qui se trouve au second pied, fait une exception parmi tant de trochées. Il retarde leur mouvement, il est en un mot un ^vd'fiog TtêçtTcXêcog. Le vers de Pindare:
semble au premier coup d'oeil se mouvoir d'après le rhythme trochaïque :
Mais les vers qui précèdent et qui suivent, ainsi que les mots âciçiov Ttéâilov nous apprennent, qu'ici ce sont les trochées, qui forment l'exception, qui sont irrationnels {ènCxQQxoi) et n'atteignent pas à toute la valeur des xatçàôruLOL^ que la mesure prédominante est le spondée^ appartenant au yêvog tcov. Que l'on compare:
Oi
troch ylhm
troch ylhm
troch ylhm
ja
tm
On voit que le pied semi-rhythmique [TCSQLTcXscog ou ènCxQO- %og) , mêlé aux pieds rhythmiques (trochées ou spondées) , a toujours la même valeur métrique. Mais suivant qu'il se trouve entouré de xçCornnoi ou de x6XQd6i]fiot , il est . ou TCEQinXsmg (retardant) ou è^ixQO%og (accélérant). C'est précisément parcequ'il est le fiéyed^os fiéfJov^ placé entre les rhythmes à quatre temps et les rhythmes à trois, qu'on peut le faire entrer dans les uns et dans les autres.
Comme la mesure de la strophe dorienne est à quatre^mit,
c'est-à-dire dactylique, les trochées èTcirçoxot qui s'y rencontrent se mesurent par dipodies ou dimètres (-C7-C7, ----). Le trimètre devra être divisé en un dimètre et un monomètre. La tripodie dactylique peut se joindre à la dipodie trochaïque et ne former avec elle qu'une seule période, dont la durée rhythmique sera égale à celle d'une pentapodie dactylique, mais dont le mouvement sera plus rapide d'un demi temps. La catalexe et l'anacrouse peuvent avoir lieu dans cette période comme dans Les périodes à rhylhmes simples. La catalexe peut s'y produire non seulement à la fin, mais aussi au milieu du vers, par exemple à la fin d'une dipodie. Le choriambe sera alors une dipodie dactylique catalectique (-1 ^ v> y^) et le crétique une dipodie trochaïque catalectique (- ^ - /^). Les lacunes, comme on voit, sont comblées par la pause {tcçôsd'SCiç, kstfifia) ou par l'allongement (rot/i/).
Chap. V. DES PIEDS CYCLIQUES {noâsg xvxXioi).
Dans les pieds composés dont nous avons parlé, l'irrationalité atteignait le levé seul. Mais les anciens nous apprennent, qu'il y avait aussi des pieds au frappé irrationnel. Denys (1) affirme, que les rhythmiciens distiaguaieni entre les dactyles, les anapestes .ordinaires et les dactyles, les anapestes au frappé irrationnel. Ils prétendent, dit -il, que la longue du dactyle est plus brève que la longue complète {^qa%v%éqav f^ç reXsiag) — et comme ils ne peuvent dire, de combien, ils l'appellent irrationnelle. Ailleurs Denys cite ce vers d'Homère:
avd'iç STtstta Ttsôovâs avllvôsto loiaç avaiiriç,
II contient, ajoute-t-il, sept longues, qui ne sont même pas com-
(l) De compos. verb. c. 17 p. 109, c. 20 p. 142.
plèles {ovâ* avral xékBiai). Le dernier pied seul est un spondée; les autres sont des dactyles, mais tellement accélérés par l'irrationalité du frappé, que quelquesuns d'entre eux ne différent pas beaucoup de trochées {&6tB firj noXv diatféçsiv iviovç t(5v tQOxcciœv),
Opposé à ce rhythme, l'anapeste qu'on appelle cyclique, part de deux brèves et se termine par une longue irrationnelle. Voici, toujours d'après Denys, un exemple d'anapestes de ce nouveau genre:
xéxvtat Ttohç vi/;/7tvAoç xarà yâv.
Évidemment le frappé irrationnel du dactyle et de l'anapeste a la même étendile que le levé irrationnel du trochée et de l'iambe. Car on n'admettait comme semi-rhythmiques que les étendues, qui tenaient le ipilieu (iiéyed-og (léoov) entre deux étendues rhythmiques rationnelles. Le milieu entre 2 et 1 est IJ; le milieu entre 3 et 2 serait 2J. Or la longue irrationnelle du dactyle et de Tanapeste ne pouvait pas compter 2 temps et demi, puisqu'elle était moins longue que la longue complète {têXsia), En outre le terme xvxXcog est synonyme de ôtQoyyvXog et iTtirçoxog, et il se dit de rhythmes qui glissent et s'enfuient avec rapidité. Denys n'applique l'épithète xvxXiog qu'à l'anapeste, iflais d'autres désignent par là aussi le choriambe accéléré (-^v^, voyez plus bas) (1). Nous pouvons donc donner le nom de cyclique au dactyle, qui présente la même étendue que l'anapeste cyclique.
Les dactyles d'Anacréon et des poètes erotiques de Lesbos ont généralement un caractère cyclique. Ce qui prouve que l'étendue de ces dactyles ne dépasse guère celles des trochées, c'est que le trochée est souvent substitué dans le premier
pied au spondée et au dactyle. On y trouve même l'iambe
(l) Schol. ad Heph. 160.
*el le pyrrhique. Voici le paradigme métrique de la tétrapodie dactylique si fort en usage dans la poésie éolienne:
— <■« v^ — >>v ik/ a— «70,
Citons quelques exemples.
Sappho fragm. 40:
Eçoç (J — ) ô^ avzé (i^ o kvaifieXriç ôovei,
Sappho fragm. 46:
"Ar&L (— v^), Gol, d' i(iid'£v (ihv aTtrjx^STO (pQOvriaôrjv —
11 y avait aussi des Hexamètres cycliques; ils sont isolés dans Homère. Denys d'Halicarnasse vient de nous apprendre, que dans le vers bien connu:
Av^Lç 67t€tra Ttsôovôs KvklvdsTO Iciag avaiÔTJç
plusieurs dactyles étaient mesurés comme des trochées. Mais ils ont dû être employés généralement dans les hymnes et les« poésies erotiques de Sappho, dans les scolies d'Alcée, en un mot dans tous les lyriques éoliens. L'hexamètre cyclique ne comptait que 18 temps, juste autant que le senaire, et il est à présumer, que comme lui, il se mesurait par dipodies:
Hexamètre : -«^^ — ^s^|l^^-^w|l'^^^
Senaire : — ^-l — ^-1 — ^— •
On sait que le senaire pouvait servir d*épode à l'hexamètre; qu'en le substituant au pentamètre, on pouvait obtenir des effets comiques. C'est ainsi que s'en est servi Critias (fragm. 3) :
Kcel vvv KXhvCov vtov ^Adip^aiov aTe(pavoia(o
AXm^iaèriv véoiav Vfivi^iSaç tçoTtoiç' ov yaQ Ttcaç rjv rovvo^ i(pttQ(i6^Hv èXsyaLG)^
Plus tard Horace, marchant sur les ti'aces de grands lynques" de la Grèce, a employé ce nouveau genre de distiques dans des sujets sérieux. £pod. 16:
Altéra iam teritur bellis civilibus aetas.
Suis et ipsa Roma viribus ruit.
Chose singulière ! Denys parle bien d'un frappé irrationnel ; mais il se garde bien d'appeler irrationnels les dactyles et les anapestes eux-mêmes, comme les rhythmlciens appellent irrationnels certains iambes et certains trochées. Tcmtefois la distinction tacitement établie par Denys est fondée en raison. Dans les iambes et les trochées, dont nous venons de parler, c'est le rapport existant entre le frappé et le levé qui est irrationnel. 11 ne parait pas, qu'il en .doive être de même dans les pieds cycliques. Ils seraient irrationnels aussi, ces pieds, si le frappé étant irrationnel, le levé gardait son ancienne valeur; si l'on pouvait mesurer:
Or on ne le peut. Car le rapport du frappé au levé serait comme 3 : 4, rapport repoussé par la rhythmique, et d'autant plus inadmissible, que l'étendue du levé surpasserait celle du frappé. Puis le rhythme ainsi constitué n'aurait plus son caractère fugitif et emporté. Afin que le rapport entre le frappé et le levé reste le même que dans le yévog tôov^ c'est-à-dire comme 1:1, il faudra admettre par conséquent, qu'à un frappé irrationnel réponde un levé pareillement irrationnel] que, si la longue ne compte dans le pied cyclique que pour un temps et demi, les deux brèves réunies ne comptent que pour autant (c'est-à-dire pour 1^ au lieu de 2). Pour que ce raisonnement soit possible, il faut qu'il existe des brèves plus brèves que les brèves ordinaires. Ce sera une troisième irrégularité à ajouter à celles, dont nous avons déjà parlé, aux longues moins longues que les longues ordinaires et aux
brèves plus longues que les brèves ordinaires. -Elle nous conduit aux rhythmes complexes, dont nous traiterons dans le^ chapitre prochain»
Chap. VI. DES RHYTHMES COMPLEXES
La nature de ces rhythmes s'explique par le principe indiqué ailleurs par Denys (1) d'une syllabe plus brève que la brève normale, de celle qui est (igaxeiccs Pçaxvrsça. Rursus rhythmici per correpiionem previbus breviores faciuni^ disait après ''lui Marins Victorin (2). Cette syllabe descend par conséquent audessous de la valeur du temps simple [%g6vQ^ nQœros), Réunie au xQOVog aXoyog (c'est-à-dire à la longue irrationnelle de 1^ temps), elle forme un xçàvog âiôrifioç (une étendue de 2 temps). Cette syllabe ne compte donc que pour un demi temps. Nous allons nous expliquer. La dipodie trochaïque se compose de deux trochées; c'est la règle. Mais placée dans le domaine des ^vd'fiol (ilxtoI (complexes), elle peut être aussi envisagée comme étant composée d'un seul trochée et d'un xç^'^^S ^^^W^S- Dans ce cas, cette dipodie est appelée xçriuxoç ^txtog ou même xçr^tixos tout court, parce qu'elle a alors le même nombre de temps que
le crétique primitif, à. savoir cinq.
2 12 Voici le crétique proprement dit - v. - = 5.
Voici maintenant le xçr^tcxog (icxtog:
•i o es .»•
(1) De comp. verb. c. 15. Cp. c. 20: ij iiovamri xal i} fvd'fnn'^ (istoipdllovai tdç XB iiocTtgàç xdç xs pgocxsiccç fisiovaai xal av^ovaai,
(2) Mar. Viclorin. 2481,
Quelque chose d'analogue arrive au daclyle cyclique. La longue y est irrationnelle, c'est-à-dire qu'elle équivaut à un temps et demi. La première brève est la Pçaxsiag fiQccxvréça, et elle équivaut à un demi temps; enfin la deuxième brève conserve sa valeur primitive, qui est d'wn temps. Voici le dactyle cyclique:
Hil — ^•
11 compte par conséquent 3 temps en tout, et c'est là ce qui a fait dire à Denys qu'il ne différait pas beaucoup d'un trochée. Mais non seulement la mç^ure des syllabes, la disposition aussi des temps en frappé et levé différait dans les deux genres de dactyles. La longue irrationnelle et la brève abrégée réunies fornient dans le dactyle cyclique le frappé, qui est représenté dans le trochée par une seule syllabe longue. La seconde brève constitue à elle seule le levé répondant au levé
du trochée:
téça
fl'appé de 2 temps levé d'un t.
On pourrait croire que cette disposition des temps (1^ : ^) fût contraire au système, qui repousse le Xoyos tçiTtldaiog (3 : 1). Mais le système ne s'applique qu'aux pieds [noâsg), et les syllabes citées plus haut n'étant pas considérées comme formant un pied, mais seulement comme un xQÔvog Sicruiog par Aristide (1) et par Aristoxène (2), les principes posés au commencement de ce traité restent saufs. — Notons en passant, que les jlactyles et les anapestes que l'on rencontre dans les trimètres iambiques et dans les périodes trochaïques, sont né*cessairement cycliques, c'est-à-dire qu'ils comptent comme les iambes et les trochées seulement trois temps.
(1) Aristide 39, 40. Scbol. Heph. 139.
(2) Aristox. 302.
Ces modificalions de la quantité primitive des syllabes et des rapports qui existaient à l'origine entre la longue et la brève, se retrouvent dans l'harmonique, où elles s'introduisirent à la suite du genre enharmonique inventé par le célèbre musicien Olympe. Les genres diatonique et chromatique n'admettaient que le ton (c'est-à-dire deux temps) et le demi-ton (un temps), i^^nâvLov. Olympe y joignit la âceôcg ou le quart de ton, équivalant à un demi temps. C'est ainsi qu'il put traduire en musique non seulement la brève abrégée, mais encore la longue irrationnelle, qui répondait à trois -quarts de ton où à trois dièses. Cet intervalle irrationnel [SidoxYiiia aloyov) eut le nom CTtovôsiao^og ou êxXvOtg. Plutarque (1) désigne expressément Olympe comme fondateur du tçoTtog ôTtovdsLcc^œv, Voici la série des tons et fractions de tons, que le tétrachorde des anciens pouvait rendre:
La quarte, dtà reaôaQCJv (2 tons et demi), répond au XQ^~ vog nevxdariiLog (5 temps).
La tierce majeure, ditovog (2 tons), répond au terçccarj- *(iog (4 temps).
La tierce mineure, rçtri^ttoviov (un ton et demi), répond au tQiôrjiiog (3 temps).
Le ton, tovog (1 ton), répond au diarj^og (2 temps).
Le 07tovâ£La<J^6g, XQSlg SteOevg (| de ton), répond au XQovog aXoyoQ (un temps et demi).
Le '^fiirovLOv^ demi-ton (^ ton), répond au XQ^^^^S ^Qcotog^ (1 temps).
La âieôtgj quart de ton {^ de ton), répond au XQ^^'^^S Pqcc- Xéog PçaxvtBQog (^ temps).
Seule la syllabe qui se trouve au milieu entre la longue et la brève régulière, est irrationelle. Mais la brève abrégée ne l'est pas; la ÔLEôcg qui lui répond^ ne l'est pas nqn plus.
(l) Plul. de musica 19, 11,
Ces observations doivent suffîre. Dans un traite de rhythinique il nous est impossible d'entrer dans plus de détails.
La (itl^is 6st comme nous venons de voir le procédé, à l'aide duquel des syllabes, qui n'ont ni un temps, ni deux, comme le grand nombre, sont soumises et adaptées aux lois du rhythme. La (it^ig nous fait connaître par conséquent des rhythmes réellement complexes y puisque c'est grâce à elle, que nous combinons des éléments essentiellement différents, chaque fois (|u'il y a lieu {s£ tcov daot) (1). Aussi a-t-elle été appelée quelquefois d'un nom plus spécial: CvfiJtloxrj (2).
Les périodes complexes ne peuvent donc pas être réduites à une mesure uniforme. Leurs éléments constitutifs sont en partie des rhythmes, en parties des temps, comme dit Aristide (3). Un exemple nous avait été fourni par le XQrjtixog
liixtog^ ayant la forme du ditrochée ( -) et n'ayant
l'étendue que du crétique simple (- - -) c'est-à-dire 5 temps au lieu de 6. Qui nous apprendra à distinguer entre le ditrochée réguHer dvaXvofievos êlg ^vd'fiovg^ et ce ditrochée au rhythme tronqué, dont la seconde partie est représentée par un XQ^'^^S dCarj^iog^ mais ne constitue pas de pied? 11 n'y a qu'une réponse à faire: il faut découvrir le rhythme dominant du n\orceau.
V Lorsque ce rhythme est trochalque, les crétiques que nous y rencontrerons, seront de véritables ditrochées catalectiques, et il faudra allonger leur troisième syllabe en la transformant en XQ^'^^S tQiOrmog, Au milieu d'un mot on emploiera la roi/if, à la fin d'un mot ou d'un vers la pause. Nous citons le naçodog des Perses v. 114 sqq.
(1) Aristide 42.
(2) Ba'cchios 23.
(3) Aristide 30: nox\ ^\v sêg xqovovç, notl Si sic çv&it>ovç àvalvolisvoi.
2vç, a, V. 1, Tavrd fioi fisXayxltœv - ^ ^ i—