‹ Rhythmes français et rhythmes latins pour servir d'appendice aux traités deChapitre 6 sur 56 · LE TEMPS FORT OU L'IGTUS · texte numérisé non relu

LE TEMPS FORT OU L'IGTUS

Il ne faut pas confondre avec la syllabe forte un autre élément qui contribue plus encore que celle-ci au mouvement harmonieux du vers, je veux parler du temps fort. Lui aussi se fait sentir, comme l'accent moderne, par un appuis un coup de la voix; et lorsque, comme cela arrive très-souvent, il vient se poser sur la syllabe accen* tuée , il échappe complètement à l'observateur s^erficiel. Ce n'est que lorsqu'il vient frapper une syllabe faible qu'il devient sensible même à l'oreille la moins exercée. Nous sommes choqués par la chute de ce vers de Corneille :

Ainsi que la naissance , ils ont les êspriu bas ,

ou par celui-ci, qui est du même auteur :

Je suis Romaine , hélas ! puisque mon époux CesL

Pourquoi ? parce que la syllabe qui renferme la rime étant nécessairement une syllabe forte^ la syllabe qui la précède devrait être une syllabe faible. Or, c'est ce qui

n*a pas lieu dans esprits et époux , qui, comme tous les mots français à désinence masculine, ont Taccent sur la dernière. En prose, rien de plus facile que d*obvier à Tinconvénient qui résulte de deux accents qui se heurtent : on parle un peu plus lentement^ et on met un petit inter-^ valle entre : esprits et basy entre époux et Vest. Mais en poésie cet intervalle troublerait le rhythme; la Toix recule involontairement et se fixe sur la syllabe précédente (1) :

Ainsi que la naissance , ils ont les esprits bas. Je suis Romaine, hélas ! puisque mon époux Test.

Cet appui de la voix sur esprit, sur epoux^ nous Tappe-- Ions temps fort. Si Ton veut se convaincre qu'il est trèssouvent en lutte ouverte avec la syllabe forte , on n*a qu*à chanter ou à déclamer en observant tant soit peu les levés et les frappés de la musique. On lira:

11 est un Dieu, devant lui je m'incline, Pauvre et content, sans lui demander rien ;

mais on chantera :

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