‹ Richard 3. drame en cinq actesChapitre 31 sur 80 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

Les Mêmes, HI'TIARD.

richard, montrant la fleur qui est par terre. Décidément, vous en vouliez a celte pauvre fleur, iii.i nièce. — Votre mère vous a parlé?

i.a ni une, à part. Elle »c tait!

RICHAUD. Vous a-t-elle parlé, milady ?

ÉusABCTii. Mon, nnlor.i 1 richard, regardant ta Reine. Non?

la reine. Votre altesse... i

RL il ird. se remettant. Je ne vous en veux pas. Les femmes ont cette finesse de sentiment qui devine ce qu'on leur cache; cette délicatesse d'in*tinrt qui vn au-devant de vos vœux. (A Elisabeth, galamment.) Votre mère a compris que c'était un bonheur que de pouvoir mettre soi-même à vos pieds l'hommage d'un cœur dévoué. Je le fais. Aussi bien, je me plaignais de vous, Betty; on ne vous voit plus à Bayiurd. Kn vérité, c'est aller contre 1rs desseins de Dieu, avec votre beauté et vos dix-huit ans, que de rester ensevelie dons celte maussade retraite. Westminster cadre rnal avec l'éclat de vos yeux. Votre place est à la cour, au premier rang, car vous vous devez a l'ndmiraraiton de tous

Élisabeth, Votre altesse est trop bonne. Mais elle a toujours su trouver sur scs lèvres des protestations d'amitié.

RtciiARP. Près de vous, Betty, c'est dan* le émir qu'elles prennent leur source. Je sui* de Vos amis,

lit I Abktq. Mes amis, milord. . — (Elle ren -

richard iil

contre U regard de sa mère. Se contenant.) Mais dans touies les personne* que j'ai aimées, |c n'ol dû voir jusqu'ici que des victimes frappées par uuc loi fatale. Voila peu dcjuurs encore, je pleurais sur le corps inanimé de celle qui fut votre épouie... mon amitié porte malheur.

RiaiAHn. Tant mieux! on prouve qu'on y attache du prix en la recherchant. Mais ces sombres pensées s évanouiront.

élis abri il. Je n'ai pas cessé de pleurer mes frères !

Richard. Je les pleure avec vou*. Mais ce* liens ne sout pas les seuls qui nous rattachent au bonheur... Lie nouvelle* affec ions remplaceront celles que vous pleurer... une nouvelle famille...

Élisaretii. Je ne me marierai jamais.

Richard, aourüiitf. Jamais?

Élisabeth. Jamais 1

richard Venons au fait. Votre mariage est décidé. Les difficultés, s'il s'en élève, ne peuvent venir que de vous. Je vous aime, cl vous uffre ma main.

éll-adeih. J’avais besoin de vous entendre pour y croire.

bicuard. Toutes les convenances ne se rencontrcnt cili# pas dans celle union? Vou* êtes ma plus proche héritière, n'est- il pas juste que je partage mon trône avec vous?

ÉLISABETH. Avec moi? VOUS? VOUS?

la HEINE. Ma fille!

richard, avec autorité. Oui, moi, le roi I ëlisauktii, avec horreur. Non, Richard!

la reine, à part. Ab! fiieul mon k rd, menaçant. Kh bien! soit. Richard !... Birhard, puisque ce nom signifie plus nue roi t la reine, tuwmcnl à Richard. Mon frère!

richard, souriant. Quoi doue ?...— Ah ! je vous l'ai dit, ma sieur, du sang d'York, du véritable sang d’York... (A Elisabeth .) Vous fie* jeune, mais vous n'étes pas une femme vulgaire; vou» avez assez de vigueur d'esprit pour hic juger. Je ne suis pas ûn saint, tain s’én faut; mais, grâce au ciel, j'ai les mains pute» do sang de vos freres... (.Wnuremeuf d Elisabeth et de la Reine.) Oui, milady, pures de k-ur sang, et si Dieu *e faisan entendre, il vous dirait quelle tête j'ai fait tomber qui n'ai! été un holocauste offert au repus du pays. Innoceuie et généreuse, VOUS lie voyez que le sang verié, le sang qui vous répugné, et vous en détournez les yeux avec horreur... Je le comprends, Betty. Mais dans ces temps funestes, le* familles royales portent en elles cette fatalité terrible, que pour obéir à leur mission, elles soûl condamné' s à déchirer leur propre sein. Celui qui a cent pieds de terre à labourer peut se dire: je n'irai pas plus loin. Mais un roi en peut-il dire autant; un roi que tiraillent la turbulence hautaine des baron* et l'inconsistance du peuple? J'ai été calomnié, Betty; j'ai été chargé de bien des crimes que d'autres ont commis .. mais écartez c es images sanglants, écartez les, et vous ne verrez que rinstiument docile de Dieu 1 ÉLISABETH. Dieu vous écoule, milord!

riciiaku, souriant. Et il m'entend... ce que vous n'avrz pas l’air de faire, milady.

Élisabeth. Kh bien ! voici ma main... cette main où palpite encore la dcnriCre étreinte de trier frère*... celte main qui a bercé Richard enfant cl apaisé ses cris par le sommeil... celle main qui a été l'appui inutile d'Édouard , milord, la voilà!-., osez-vous y mettre la vôtre sansTremir ?

Richard, mettant sa main dans la tienne. Ainsi soit-il, belle nièce!

Élisabeth, rejetant violemment la main du Roi. Ab! gardez votre trône !— Votre trône? Quelle est la femme qui voudrait s'y asseoir? Votre trône ; échafaud d’infamie ; votre sceptre : poignard d'assassin qui a frappé les plus nobles cœur»!... et je romentiraisà mettre ma main loyale dans ta main dégouttante de sang !... Arrière, roi HirbnrJ !... ce n'est pas une compagne que lu peux avoir, c'eut une complice: ce n’nsl pas un cœur candide | et pur, c’est une furie qui puisse dormir en paix tous ton toit, dans l’enivrement de le* cruautés! la heine, suppliante. Ma hile I ma fille!

Élisabeth , passant à sa mère. Crois- tu que j'ignore son règne, ou si ce n’est pas la mémoire qui me manque, crois-lu que ce soit le cœur?

la reine. Ma fille !

Élisabeth. Non, je démentirais ma race par mon silence!

la reine, voulant entraîner Richard. Ah! ma fille est folle, milord, elle est fuite! Venez!

(Richard saisit brusquement la Heine par U Iras, h fait passer d sa gauche et écoute fruidemnt Elisabeth.)

Élisabeth. Oui , tu t’es fait du meurtre uoa habitude et une distraction ; oui , tu a» tué me* deux freres, Edouard et Ricbard ; oui, tu as laé mon oncle Hivers, tué mon oncle Clarenee . los frère ; tu l'es fait un marchepied de cadavres pour escalader ce trône que lu viens m’offrir, à moi dont le cœur est morcelé par tes crimes... Ûb! l'insensé tyran! la vapeur du sang t'a enivré! Je suis heureuse de pouvoir te le dire en facé: je t>e le bais pas, je te méprise ; je ue le hais pas, je te brave; je ne te hais pas, je te dusse I rlink, ombfint aux pieds du /lot. Mon frère!

mou Irêrc I

Richard, froidement. Vous élevez bien vos enfants, tna sœur I la rrine. Elle est perdue I Élisabeth. Nous tommes vengées!... SI tu en doutes , regarde sa pâleur I Richard. Je suis affligé de ma défaite, ma sœur. Betty a été violente et emportée , mais ne tremblez pas. vous vou* êtes assuré uu ptotecirur en moi... — vous aussi Betty. Vous avez deegoôts modestes qui vous fout repousser l'alliance d uo roi comme une honte, je veux voua mettre à même de les satisfaire. (Jmix sir John Slangk- 1er.)

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