‹ Richard 3. drame en cinq actesChapitre 77 sur 80 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

LA REINK, ELISABETH, FORREST. DIGIITON MCiiTux, se frottant Us mains. Eh bien, Forrest, la bataille est engagée?

poRRisr. Oui. Mais le a c’est possible » de Leimcrey me chagrine. Si Richard allait être vaincu 1

dighton. Tu vois tout en noir. (Ile jouent.) roHnzsr. rcyardnnl Élisabeth. Si elle se réveillait, tu aurai* le courage de la tuer, dis?

dighton. Elle ne se réveillera pas...

torrent. Enfin, si elle se réveillait?

MGHTOM. Tu n’cj pas amusant, sais-tu?

forrest. La*-tu regardée? as-tu vu quelle; peau fine et blanche?... ça vous imprime du res- 1 pcct même en dormant. Elles res*e/nble à ses frère*.

mouton. Ses frères étaient plus jeune* et aussi | beaux qu’el e. et lu m as aidé a le» étouffer.

fourbit, se levant. Oui. Te souviens-tu de celte nuit-U. toi T Tu vins me chercher comme aujourd hui. Ah! l alroce nuit!... nous montions, lions' montions, et l'on h entendait plus que le cri des

hibous et l’aile des chauves-souris qui grattaient les murs de la tour... T'en souviens-tu?

dighton. Non, je ne me souviens que de nos poches qui sonnaient comme des escarcelles de roi.

porrest. J'eus peur. Je regardai la rlel... tout était sinistre, même là haut: pas use étoile I... des tache* rouges, des bandes rouges, avec de monstrueux nuage* courant dan* le ciel comme de* langues de feu ou de sang l Allons, dis-je, le ciel lui- même conseille le sang; allons, j'aurai 1rs mains rouges aussi! J’entrai! le* ptuvres petit»!... il* étaient courbés et dormaient, leurs petites tète* sur le même oreiller, cheveux blonds et bruns mêlés ensemble avec leurs petits bras passés autour de leur cou. Deux oiseaux dans le même nid 1 .. Et j'ai eu le courage de les tuer!... mûérable !... oui, étouffés !... oui. ce même oreiller qui favorisait leur sommeil s'est changé en instrument de mort! Etouffés! étouffés! .. ( Dighton te nvrt à rire.) Ah! ne ris pu!.. . leur dernier trcs*aillemrnt m’est resté dans la main, et ma main tremble depuis ce moment. Ne ris pas, te dis-je, ne ris pas! — Tiens, celte nuit encore, je le* ai revus... rette fois agenouillés au coin de ce cénotaphe, en prières et pleurant, avec deux grandes aile* blanches étendues!

DIGUTÛN. Ah!

pot» rf. 'T. Oui, Dighton. Ils auraient pu me maudire, et ils m’out dit ; « Ne la tue pas. ne la lue pas. lu peux encore sauver ton Ame. • Et ils disparurent !

dighton. Tu rêves debout. Viens, achevons la partie.

format, le retenant. Si elle se réveillait... — Nous devons la tuer si elle se réveille, c’est convenu. — Mais il faudrait la tuer d'un seul coup pour ne pas la faire souffrir, n'est-ce pas?... au coeur !

dighton. Bien, bleod forrest. Ecoute... Jouons la corvée l dighton. Je suis bon diable, je te passe celle fantaisie. (On entend frapper trois coups sur la porte de bronxe.) Peine inutile, elle ne se réveillera pas.

roRiKST. Le signal!... ça m'a ôté un poids de dessus le eœar. J’aime mieut être fossoyeur que bourreau.

mouton, Allons, dépêchons!...

FonutvT Ne réveillons pas la reine... ne la réveillons pa» surtout, ee serait des cris à fendre les pierres. (Aflanr rcrx Élisabeth.) Les larmes!... ça vous tourne sur le cteur comme un jour de pluie. 'Reculant.) Ah! mon Dieul mr.iiToN. Quoi? tu cries comme un sourd maintenant?

forhest Ce n’est rien , j'avais cru voir remuer ses levre*. (/fx prennent le corps avec précaution et respect, et te dirigent lentement vers le caveau \ LA rfins, se réveillant avec un soupir étouffé. Où suis-je? [Elle tdte le cénotaphe avec inquiétude, clic regarde autour d'elle avec angoisse, elle parcourt le caveau avec désespoir, enfin elle aperçoit t>m enfant qu'on emporte et s'élance ou milieu des deux hommes en leur arrachant sa fille.) — Ah I ma fille!

dighton. Vos cris et vos larmes sont inutiles, madame. Les quarante heures sont passées. Est-ce notre faute si vous avez dormi?

la rfinr. Passée*!... passées!... oh ! elle est mortel (A Dighton qui veut reprendre Élisabeth.) Ahl laissez-moi l'embrasser! (BlU s'asseoit par terre et prend sa fille dans ses bras.) O mon Dieu! elle est donc mortel... Oh! soyez tranquille, je suis sa mère, je l'ai si souvent portée dans sa jeunesse, que j'en ai l'habitude, allez I dighton, à Forrest. Allume le fourneau, moi je m'occuperai de la pierre. (Il descend dans le caveau; Forrest allume le fourneau.)

la reine. Mortel... dix huit «ns! ma pauvre fille!-.. Laisse-moi te regarder pour un siècle!... C’e*t donc fini!... Oui. mortel... Où est-elle cett* lèvre aimée qui me souriait? où est-elle celte main amie qui me soutenait?

dighton, remontant Passe-moi le grand ciseau. (/I descend dans le corcau; on l'entend cogner.)

la netNR. Plus rien 1 'Appelant.' Ma «Ile!... (Les coups de marteau attirent son attention. Arec égarement à sa fille.) Entends-tu?... c’est ta dernière demeure qu'on prépare. — Allez, allez, ce ne sont pas res pierres, c'est mon cœur qui éclate sous vos coups! — Mon Dieu, mon Dieu! -- fl j'ai pu dormir près de ton cadavre. . El won som-

IG

mcil n'a pas été la mort! (Elle rit.) Oui, rla, rli .. j’ai vu des insensés qui riaient à l'aponie de la personne aimée... ai j'allai» rire en voyant retomber le couvercle de pierre *ur ma fille? Rire? [Portant les maint à ta ifte.) Ah ! malheureuse, ealme-toi, calme toil { Elle rette l'ail hagard et comme folle de douleur.)

DiGirron, remontant du caveau , à Forrett. La crise est passée, nous pouvons nous risquer, [lit prennent Élisabeth avec précaution, fus» par Ut pieds, Pautre par la tite, et l’emportent dans U caveau )

i.a reine, dans la même pote. C’esi finit... e'est bien finit... en voilà trois'.... Mes trois enfants I (Comptant tur tes doigts.) Édouard, Richard, Élisabeth... Trois!... et je vis, moi, je vis! [Forrett et Dighton reparaissent .)

forrcvt. C'est égal... ça n’a pas l’air d’une vraie morte.

McnTO*. Tu étais né pour être sacristain. Allons, viens.

forrest. Je ne scellerai pas la pierre; tu me la ferais étouffer comme les autres I la reine, s’apercevant qu’on lui a enUvé sa fille et se feront. Sceller la pierre? sur mon enfant? Ht moi? (Elfe se place decant U carcan.’ Kt vous ne m’enterreres pas vivante avec elle? Ah! toutes deux, vousdis-jc? toutes deux !... Que vous a-t-on promis pour cela? Cent, deux cents, trois cents couronnes?... Eh bien I je vous offre le double. . Oui, le double... une fortune enfin, voulez-vuus?... vous ne scellercx pas la pi<-rre?

dighton, à Forrett. Emmèae-lo, je me charge du reste. — Qu'attends -tu?

forrest. Je ne veux pas!

diguton. Je vais prévenir Leiroerey.

kohuest, te plaçant decant lui. Tu ne sortiras pas!

dighton, tirant ion poignard. Vrai Dieu! si lu tiens à dormir en terre sainte, lu y seras tout porté!

forrvvt Ça me va! (A la Reine.) Ailes, madame, ailes... ailes prés de votre fille... S'il faut à Dieu du temps pour faire un miracle, il l'aurai [la Reine descend dans U careau.)

dighton. Ah ! bandit, j'aurais dù te tuer depuis longtemps! [Ils te battent. Dighton, reculant.) Ahl forrkst. Tu es blessé?

diguton. Non, écoute !... Nous sommet perdus, on crie vive Riehemond! (On entend des cris confut qui se rapprocAent.)

furrf-st, écoutant. Non, on crie vive Richard! mouton, de mime. Tu as raison, c'est Richard! forrest, avec terreur, et écoutant. Non , c'cst Riehemond I [Il ea regarder du haut de l'escalier. Redescendant aussitôt ) Malheur! c'est Richemond !... Riehemond qui vient de ce edlé, ivre de joie et d'amour, et qui ne trouvera plus qu'un cadavre! Nous sommet perdus, nous sommes perdus I

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