MICHEL CHEYALIIÎR ET BASTIAT
Michel Chevalier et F. Bastiat sont d'accord en ceci : qu'ils estiment tous les deux que le socialisme n'a ni système ni bon sens. Quant aux souifrances qui existent, et auxquelles on devrait tâcher de porter remède, ils sont d'avis que c'est le devoir des classes supérieures et moyennes de se défaire de cette sécheresse de cœur et de cette indifférence que jusqu'ici elles ont trop souvent montrées vis-à-vis des classes ouvrières. Ils trouvent qu'il existe chez toutes les classes en France une ignorance complète des premières notions d'une saine économie politique ; et ils ne sont pas sans espérer que, l'imprévu régnant chez eux, et tout y marchant à la vapeur, un jour on verra l'abandon de toutes les idées de protection, de même que celui de toutes les pensées de spoliation et de ruine.
M. Bastiat condamne spécialement la conduite du gouvernement dans l'affaire de la révision de la loi électorale, et voici la définition qu'il donne du socialisme : « Autrefois, les classes supérieures et moyennes, dit-il, possédaient des privilèges légaux de différentes sortes ; elles avaient usurpé toutes les places et confisqué tous
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les émoluments^ au grand dommage des classes inférieures.
« Maintenant, on veut améliorer le sort des basses classes en faisant des lois qui réduiront la richesse et procureront des capitaux aux ouvriers^, sans s'apercevoir que Fexécution de ce dessein exigerait d'abord qu'on tuât la poule aux œufs d'or pour se piller ensuite les uns les autres. » M. Chevalier pense qu'il y a dans chaque société de nombreuses personnes qui ne veulent pas faire d'efforts; et comme elles sont aussi dépourvues d'intelligence que de moralité, elles accusent la société de leurs insuccès et de leurs mécomptes. Une fois réduites à l'extrémité, ces personnes sont prêtes à tout faire. D'autres, désireuses d'améliorer l'état social, sont prêtes à sacrifier quelques-uns de leurs avantages particuliers. H y a enfin les égoïstes satisfaits, qui ne veulent à aucun prix être troublés dans leur jouissance, et qui traitent de révolutionnaire tout projet de toucher au statu quo.
Quant à la France, il est possible qu'après quelques années, elle redevienne une monarchie; mais, pour le moment, ce changement est peu probable. Les trois partis : légitimiste, orléaniste et bonapartiste, ne sont nullement disposés ù s'entendre; d'ailleurs, la république existe, et elle n'a pas été encore mise à l'épreuve.
Je ne puis comprendre comment M. Chevalier et M. Bastiat définissent les idées socialistes et les idées d'immobilité dont l'imprévu pourrait faire justice, pas plus que je nepuisdirejusqu à quel point ils sont opposés à toute concession ou portés à consentir à des lois qui
obligeraient les riches à avancer des capitaux aux ouvrierSj etc. J'ai cru comprendre cependant que M. Chevalier est entièrement hostile à quoi que ce soit de ce genre.