‹ Richard Cobden, notes sur ses voyages, correspondances et souvenirs. Avec une préf. de M.G. De MolinareChapitre 5 sur 30 · PREFACE. IX · texte numérisé non relu

PREFACE. IX

pas, en effet, particulièrement opportune au moment où nous sommes ? La réaction protectionniste essaie dans toute l'Europe, et même en Angleterre, de défaire l'œuvre de Cobden, et le militarisme entreprend de nous ramener à ces époques de barbarie où les hommes mettaient leur gloire à s'entre-déchirer comme des bêtes féroces. Cette double réaction ne saurait, à la vérité, être durable, et elle ne nous cause qu'une inquiétude modérée. Gomment imaginer, en présence des progrès de l'industrie et de la multiplication des moyens de communication de toute sorte, que chaque peuple relève ses barrières douanières de manière à en faire autant de murailles de la Chine ? Si la destinée des peuples civilisés était de vivre isolés, et, comme le disent les protectionnistes, indépendants de l'étranger, n'auraient-ils pas commis la plus absurde et la moins explicable des folies en dépensant, depuis un demi-siècle, une cinquantaine de milliards pour diminuer les distances et aplanir les obstacles qui les séparent? On a percé le mont Cenis, on est en train de percer le Saint- Gothard, on étudie le projet d'un tunnel sous-marin pour faciliter les communications entre la France et l'Angleterre. Que faudrait-il penser de ces entreprises, destinées à supprimer les barrières naturelles que les Alpes et l'Océan opposent à l'extension des rapports internationaux, s'il était vrai que l'importation des produits anglais fût ruineuse pour la France, et l'importation des produits français désastreuse pour l'Italie? En admettant que les protectionnistes eussent la vérité de leur côté, n'y aurait-il pas lieu de fermer le mont Cenis, d'arrêter les travaux du Gothard, et de renoncer au ^tunnel sous-

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