X PRÉFACE
marin, en bénissant le mal de mer et les tempêtes de la Manche, qui font obstacle aux communications entre la France et l'Angleterre? Quoi de plus insensé que de payer à la fois des ingénieurs pour faciliter les relations des peuples, et des douaniers pour les entraver? Si les protectionnistes sont dans le vrai, si l'extension du commerce international est nuisible, il faudra que l'on renonce tôt ou tard aux chemins de fer, et que l'on prohibe, sous les pénalités les plus sévères, toute invention qui serait de nature à contrecarrer ou à affaiblir l'action tutélaire du régime protecteur de l'industrie nationale. Au moyen âge, on brûlait les inventeurs : on pourrait se contenter aujourd'hui de les déporter; mais, en tout cas, ne devrait-on pas s'abstenir de les récompenser et surtout d'utiliser leurs inventions? C'est grâce à ces inventions malfaisantes que le commerce international s'est élevé de moins d'un milliard il y a trois siècles, à plus de quatre-vingts milliards ; c'est parce que les métiers mécaniques à filer et à tisser ont remplacé les métiers à filer et à tisser à la main que le marché national n'a plus suffi à l'industrie progressive, et que le commerce s'est de plus en plus « internationalisé. » Puisqu'on a commis la faute de ne point laisser faire les briseurs de machines, ces protectionnistes pratiques! qu'on se garde du moins de laisser inventer des machines nouvelles, et qu'on s'abstienne à l'avenir d'ouvrir des expositions universelles où s'étalent à l'envi ces engins destructeurs de l'industrie nationale.
Mais, est-il besoin de le dire? les nations civiUsées ne renonceront pas aux chemins de fer, elles continueront de percer des tunnels, elles ne déporteront pas