UN SOLDAT
Voici monseigneur le gouverneur.
BLONDEL
Ou est-il, monseigneur le gouverneur?
FLORESTAN
Me voila.
BLONDEL
De quel c6te ? ou est-il ?
FLORESTAN, le prenant par le bras.
BLONDEL
J'ai un avis important a lui donner.
FLORESTAN
Eh bien! de quoi s'agit-il? Mais ne cherche point a mentir, ni a m'amuser? car a l'instant tu pcrdrais la vie.
BLONDEL
Ah ! monseigneur! c'est etre deja mort a moitie que d'avoir perdu la vue : eh! comment un pauvre aveugle pourrait-il pre'tendre a vous tromper?
FLORESTAN
Eh bien! parle.
BLONDEL-
Etes-vous seul?
FLORESTAN
Oui. Retirez-vous, vous autres.
(Les soldats se retirent dans le fond.) BLONDEL.
Monseigneur, c'est que la belle Laurette...
FLORESTAN
Parle bas.
BLONDEL
C'est que la belle Laurette m'a lu la lettre que vous lui avez ecrite, afin que vous vissiez que je suis envoye par elle : or, vous y dites que vous vous jetez a ses pieds, et vous lui demandez un rendez-vous pour cette nuit.
FLORESTAN
Eh bien! mon ami!
BLONDEL
Eh bien ! monseigneur, elle m'a dit de vous dire que vous pourriez venir a l'heure que vous voudriez.
FLORESTAN
Comment, a l'heure que je voudrais ?
II y a chez son pere, une dame de haut parage, qui, pour celebrer la joie d'une nouvelle interessante, y donne toute la nuit a danser, a boire, a manger et rire, et vous pourriez y venir sous quelque pretexte : alors la belle Laurette trouvera toujours bien l'occasion de vous dire quelque petite chose.
FLORESTAN
C'est done pour me parler que tu as chante'?
BLONDEL
C'est pour e"tre mene vers vous, que j'ai fait tout ce bruit avec mon violon.
FLORESTAN-
II n'y a pas de mal; dis-lui que j'irai. Mais se servir d'un aveugle pour faire une commission ! Ah ! qu'elle est charmante! Va-t-en
BLONDEL
Mais, monsieur le'gouverneur! monsieur le gouverneur!
FLORESTAN
Eli bien?
BLONDEL
Ah! vous voila de ce cote-la. Pour qu'on ne soupconne rien de ma mission, grondez-moi bien fort, et renvoyez-moi.
FLORESTAN
Tu as raison. (a part.) Ce drole a de Tesprit.