‹ Richard Cœur-de-lion, opéra-comique en trois actesChapitre 9 sur 35 · BLONDEL, LAURETTE, ANTONIO · texte numérisé non relu

BLONDEL, LAURETTE, ANTONIO

(Anlonio, pendant cette scene, tire du pain d'un bissac et va le manger sur le banc ou s'est assis Blondel.)

LAURETTE

Ah! bon homme, je vous enprie, dites--inoi.ee que vous a dit mon pere?

■fr

BLONDEL

C'est vous qui etes la belle Laurette ?

LAURETTE

Oui, monsieur.

BLONDEL

Votre pere est fort irrite; il sait ce que con tient la lettre du chevalier Florestan.

LAURETTE

Oui, Florestan; c'est son nom. Est-ce qu'on a lu la lettre a mon pere?

BLONDEL

Non, pas moi; je suis aveugle, mais c'est mon petit conducteur.

ANTONIO, se levant.

Oui, c'est moi ; mais, est-ce que vous ne me 1'aviez pas dit de la lire?

LAURETTE

On aurait bien du ne pas le faire.

BLONDEL

II l'aurait fait faire par un autre.

LAURETTE

C'est vrai. Et que disait la lettre?

BLONDEL

Que, sans le prisonnier qu'il garde... Et qu'est-ce que c'est que ce prisonnier?

LAURETTE

On ne dit pas ce qu'il est.

BLONDEL

Que, sans le prisonnier qu'il garde, il viendrait se jeter a vos pieds.

LAURETTE

Pauvre chevalier!

BLONDEL

Mais que cette nuit...

LAURETTE

Cette nuit!... ah! la nuit!

(EUe soupire et rfive.)

AIR

je crains de lui parler la nuit,

j'ecoute trop tout ce qu'il dil.

II me dit : « Je vous aime, » et je sens, malgre moi, je sens mon coeur qui bat, et je ne sais pourquoi.

Puis il prend ma main, il la presse Avec tant de tendresse,

Que je ne sais plus ou j'en suis.

Je veux le fuir ; mais je ne puis.

Ah! pourquoi lui parler la nuit? etc.

BLONDEL

Vous l'aimez done bien, belle Laurette?

LAURETTE

Ah! mon Dieu, oui, je l'aime bien!

BLONDEL

En verite, votre aveu est si naif que je ne peux m'empecher de vous donner un conseil.

LAURETTE

Diies, dites. Je ne sais ici a qui me conlier mais votre air, votre age, et puis vous ne pouvez me voir; tout cela me donne la hardiesse dl" vous parler, et me fait, je crois, moins rougir.

BLONDEL-

Eh bien ! belle Laurette. . .

LAURETTE

Mais, qui vous a.dit que j'etais belle?

BLONDEL

Helas ! pour moi, pauvre aveugle, la beaute d'une femme est dans le charme, dans la douceur desa voix.

LAURETTE

Eh bien?

BLONDEL

Je vous dirai done, que, lorsque ces chevaliers, ces gens de haute condition s'adressent a une jeune personne d'un etat inferieur, moins touches souvent de la beaute, de la noblesse de son ame que de celle de leur extraction...

LAURETTE

Eh bien?

BLONDEL

Ils'ne se font quelquefois aucun scrupule de la tromper.

LAURETTE

Mais ma noblesse est egale a la sienne.

BLONDEL

Le sait-il?

LAURETTE

Sans doute. Ouoique mon pere ait peu d'aisance, nous avons toujours vecu noblement ; et, si je ne craignais sa vivacite, vivacite qui heureusement l'a force de s'etablir dans ce pays-ci, je lui aurais coniie les intentions du chevalier.

BLONDEL

C'est lui qui est legouverneur de ce chateau ?

LAURETTE

Oui.

BLONDEL

Et tout en attendant cette confiance en votre pere, vous le recevrez cette nuit, ce chevalier que vous aimez ; vous lui parlerez cette nuit ! Ecoutez-moi, ceci n'est qu'une chansonnette :

Un bandeau couvre les yeux Du dieu qui rend amoureux ; Cela nous apprend, sans doute, Que ce petit dieu badin N'est jamais, jamais plus malin Que quand il n'y voit goutte.

LAURETTE

Ah ! redites-moi, s'il vous plail,

Cejoli couplet.

Ah! je ne dois pas I'oublier, Je veux le dire au chevalier.

BLONDEL

Trcs volontiers.

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