‹ Richard Darlington; drame en trois actes et huit tableaux, et en proseChapitre 10 sur 135 · PROLOGUE , SCÈNE IV · texte numérisé non relu

PROLOGUE , SCÈNE IV

ANNA

Oh ! cela vaudrait mieux . mille fois mieux !

ROBERTSON

Je lâcherai qu'il en soit ainsi; mais en tout cas, mistress, je désirerais que vous fussiez bien pénétrée de cette vérité, que d'une manière ou de l'autre, la moindre indiscrétion , la moindre, peut faire le malheur de trois personnes; car l'enfant qui va voir le jour dans un instant serait compris , tout innocent qu'il est de nos fautes, en supposant que nous en ayons commis, dans l'arrêt de proscription qui nous atteindrait.

ANNA

Soyez parfaitement tranquille, monsieur.

ROBERTSON

Il se pourrait encore, si nous partions à l'instant... {Tressaillant.) Oh! c'est un cri de Caroline!...

ANNA

Ne craignez rien , mon mari ne la quittera pas.

ROBERTSON

Fa votre mari est instruit, n'est-ce pas?

ANNA

Soyez tranquille; mais allez près d'elle, et plus tard vous me direz...

ROBERTSON

Moi aller près d'elle! près d'elle quand elle souffre! Oh! je ne pourrais pas voir souflVir Caroline, cet ange! Qu'est-ce que je vous disais, mistress?

ANNA

Vous me parliez de votre enfant.

ROBERTSON

Oui, je disais qu'il se pourrait, si nous parlions à l'instant, ou même si nous restions quinze jours, que

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la sanlé de notre enfant ne nous permît pas de l'emmener. Alors, raistress, je tous le confierais comme à une seconde mère. N'est-ce pas, vous auriez soin et pitié du pauvre petit abandonné? Et quatre fois par an, jusqu'au Jour oîi il me serait permis de venir vous le reprendre , vous recevriez un rouleau pareil à celui-ci : serait-ce assez?

ANNA

C'est trop, beaucoup trop; mais , au reste, mon.sieur, le surplus serait fidèlement conservé, et si un jour quelque accident, ce qu'à Dieu ne plaise, le privait de ses parents, ou privait ses parents de leur fortune, eh bien! il retrouverait cette petite somme, et moi qui ai déjà perdu deux enfants, je deviendrais sa mère !

ROBERTSON

Ma bonne madame Grey! Oh! l'entendez -vous, l'entendez-vous?

ANNA

Rassurez-vous. El si cet enfant restait près de nous, serait-ce une indiscrétion de vous demander quel nom il devrait porter?

ROBERTSON

Si c'est un garçon, Richard; si c'est une lille, Caroline.

ANNA

Ce ne sont là que des prénoms.

ROBERTSON

Comment s'appelle ce village?

ANNA

Darlington.

ROBERTSON

Eh bien! Richard ou Caroline Darlington; il est jusle qu'il prenne pour nom de famille le nom du village où

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il en aura trouvé une. {On entend des plaintes.) Oh! mislress, mislress, répétez-moi qu'il n'y a pas de danger ! Cette enfant , cet ange , me doit tous ses malheurs. Pour venir à moi elle est descendue de bien haut! Rang, fortune, famille, elle m'a tout sacrifié. Oh ! je vous en prie, je vous en supplie, secourez-la , allez près d'elle.

ANNA

Mais venez-y vous-même.

ROBERTSON

Moi , moi ! j'en sortirais fou ! Oh! madame Grey , au nom du ciel, je resterai seul, allez, allez! {Mistress Grey entre; Robertson tombe à genoux.) Oh! devant quelqu'un je n'osais pas prier ! Mon Dieu , mon Dieu ! prenez pitié de nous! {Se levant.) Plus rien! si elle mourait, mon Dieu , sans que je fusse là pour recevoir son dernier soupir!... Oh! il faut que j'y aille, je ne puis supporter cette incertitude !

CAROLINE , de la chambre.

Robertson! Robertson!

ROBERTSON, reculont.

Ah!

LE DOCTEUR , entrant en scène.

Où est-il? où est-il?

ROBERTSON

Eh bien!

LE DOCTEUR

Eh bien ! bravo, bravo ! un gros garçon.

ROBERTSON , Vcmbrassant. Vous êtes noire sauveur, notre père! Oh ! laissez-moi pleurer. {Il sanglote.)

-20 KICHARD DARLINGTON.

LE DOCTEUR

Mais allez donc embrasser votre femme, votre fils!

lîOBERTSON.

Oh! je suis fou! contluisez-moi , je n'y vois plus, docteur.

LE DOCTEUR , Ic poussant dans la chambre. Par ici, allez, allez. (On frappe à la porte de la rue ; le doclcur s'arrête.) Qu'est-ce cela ? {On frappe encore.) Que voulez-vous?

DA SYLVA , de la rue.

Au nom du roi , ouvrez, ouvrez , ou nous mettons la porte en dedans.

LE DOCTEUR

Qui êtes-vous?

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