ACTE I, SCENE III
RICHARD
C'est VOUS, Jenny ? Saviez- vous cela, que je n'étais pa^ votre frère?
JENNY
Je le savais, Richard.
RICHARD
Et vous ne me l'avez pas dit? et le docteur ne me l'a pas dit? et pas un ami ne me l'a dit? Un étranger m'a jeté ce secret à la face comme une injure, et chaque électeur alors de dire : C'est vrai, il n'est pas le fils de M. Grey, il ne possède ni nom ni propriétés ; donc, il ne peut représenter des hommes qui ont des propriétés et un nom. Savez-vous le mien, Jenny? si vous le savez, dites-le-moi.
JENNY
Hélas! non.
RICHARD
Une seconde fois, Jenny, dites-le-moi, si vous le savez, que je puisse aller me rejeter au milieu de ces insolents bourgeois et leur dire : Moi aussi j'ai un nom connu , et de plus que vous, j'ai une âme qui comprend et un esprit qui pense. Les imbéciles!... on ne connaît pas sa famille!.*., le comté est donc bien heureux d'avoir donné naissance à la noble famille des Stilman et des Wilkie! Oui , je suis étranger au comté; et qu'importe, si je prête au comté qui m'adopte la force de l'intelligence et la puissance du talent! Je ne possède rien; non , c'est vraî, je n'ai ni le comptoir de M. Stilman, ni l'atelier de M. Wilkie; mais j'ai la tête qui conçoit et le bras qui exécute. Il n'y faut plus penser; n'y plus penser, Jenny, comprenez-vous cela? perdre en une minute l'espoir de dix ans !
50 RICHARD DARLIIXGTON.
JENNY
Mon ami...
RICHARD
N'y plus penser... quand je sens, dans ce front qui brûle ma main , le génie et le pouvoir de dominer cette foule qui me juge et que je méprise. Sans cette révélation à laquelle n'a su que répondre votre père, la masse était pour moi; l'aristocratie d'un tailleur et la fierté d'un bottier compromises , si son mandataire ne voit pas clair dans sa race jusqu'à la quatrième généralion! c'est toujours ce peuple avec son besoin de despotisme et ses habitudes d'aristocratie; le peuple deShakspeare, qui ne connaît d'autre moyen de récompenser l'assassin de César qu'en le faisant César!... Oh! qui te trompe a raison, il se venge de ton aveuglement et échappe à ton ingratitude... Et cependant, avec quelle force ma voix eût tonné à la tribune pour défendre tes droits! mes conceptions politiques eussent bientôt embrassé non plus les.intérèts d'une chétive bourgade, d'un étroit comté, mais d'une nation entière. Oracle d'un parti , les autres m'eussent appelé de leurs vœux, sollicité de leurs promesses, et j'étais maître, dans la vieille Angleterre, de choisir à ma fantaisie ma place à la tète du peuple ou sur les premières marches du trône. Malédiction sur ces lâches bourgeois, qui ont coupé mes ailes sans s'apercevoir que c'étaient celles d'un aigle! CN DOMESTiQDE , entrant.
M. Richard?
RICHARD , avec emportement.
Que me veux-tu?
LE DOMESTIQUE
11 y a là plusieurs hommes qui demandent à vous parler. ,