ACTE n, SCÈNE XIII
JENNY
A moi, Richard? Oh! que je suis heureuse ! je vais donc faire quelque chose pour toi. Mon consentement te serait-il nécessaire pour vendre une de nos fermes; tu dois avoir besoin d'argent, ta position nécessite tant de dépenses!
RICHARD
Ce n'est point cela.
JENNY
Qu'est-ce donc? mais asseyez- vous, mon ami.
RICHARD
Ce n'est point la peine.
JENNY
Comment?
RICHARD
Je repars dans une heure.
JENNY
Sans moi ?
RICHARD
Je ne puis vous emmener.
JENNY
Eh bien! je vous aurai toujours vu une heure : mais asseyez-vous.
Vous vous ennuyez donc bien ici?
JENNY
Je m'ennuie loin de vous : je ne m'y ennuierais pas avec vous. Ce n'est point ma retraite qui,me pèse, c'est votre absence. Si du moins vous répondiez à mes lettres!
RICHARD
Vous devez bien penser..,
JENNY
Oh ! ne vous excusez pas : j'écrivais trop souvent. Souvent ce sont nos exigences à nous autres femmes qui vous refroidissent pour nous. Notre vie est toute à l'amour; la vôtrese partage en vingt passions différentes; nous devrions le comprendre. Moi surtout, qui chaque jour avais de vos nouvelles, {mon'rant des journaux) car ces journaux me parlaient de vous. Quand je voyais les colonnes entrecoupées de ces mois : écoutez... écoutez... bravos..., je me disais : C'est lui qui parle; oh! si j'étais là pour partager son triomphe! oh! je serais trop heureuse.
RICHARD
Vous savez qu'entre les privations que nous impose notre peu de fortune, vivre séparés est peut-être la plus nécessaire.
JENNY
Je m'y suis soumise ; et si j'ai pleuré, j'ai eu soin du moins que mes lettres ne vous portassent point la trace de mes larmes.
RICUARD.
Elles n'auraient rien changé à notre position, et nous eussent rendus malheureux tous les deux.
JENNY
La seule chose que vous craigniez était donc les embarras , et surtout les dépenses de la maison que vous seriez obligé de tenir, si j'étais près de vous?
RICHARD
C'est surtout la principale.
JENNY
Eh bien ! cessez de la craindre. Des droits que me