ACTE II, SCENE XIH
donne le titre de votre femme, je n'en réclame qu'un, celui de vivre près de vous, dans la solitude. J'ai peu le goût du monde, Richard, mais j'ai perdu mes parents, qui m'aimaient, et j'ai conservé le besoin d'être aimée. Eh bien! seul vous irez dans ce monde où je figurerais mal. Uelirée dans mon appartement, je vous verrai du moins le soir un instant ; et si je ne vous vois pas, je saurai que vous êlesià, près de moi. Ab! le voulez-vous? Nul ne saura que je suis votre femme, personne ne me verra, ne m'invitera.
RICHARD
Vous êtes folle.
JENNY
Parlons d'antre chose alors. Vous veniez me demander un sacrifice, dites-vous?
Loin de m'éloigner de mon but, cette conversation nous y ramène.
JENNY
Voyons.
RICHARD
De nouvelles circonstances qui tiennent aux chances politiques que je cours, ma position prùte à changer, des engagements de partis, rendent encore noire séparation trop incomplète.
JENNY
Quinze lieues ne vous paraissent-elles pas une distance assez considérable ? Depuis deux ans ne vous ai-je pas été totalement étrangère? La voix publique seule m'apportait de vos nouvelles , et j'étais instruite en même temps que toute TAngleterre de ce que faisait mon mari.
RICHARD
Des reproches !
JENNY
Des larmes.
RICHARD
Les uns et les autres me sont insupportables.
JENNY
Mais qu'exigez-vous donc ? au nom du ciel ! vous me faites mourir... Faut-il que je quille l'Angleterre, le lieu où je suis née, la terre où reposent mes parents ? Eh bien! j'y consens ! un jour encore pour pleurer sur leur tombe, et demain je pars. Mais au moins , Richard, dites-moi combien de temps durera cet exil. Oh ! ditesle-moi ! car un seul mot fera l'attente de toute ma vie : reviens !
RICHARD
Vous vous trompez, Jenny; je n'ai pas IMntention de vous arracher h votre terre natale. Je n'ai pas le droit de vous vouer à l'abandon. Le sort fil une erreur en nous liant l'un à l'autre, ce n'est pas à vous de l'expier. Puisje vous condamner à porter les liens d'un mariage qui ne vous rend pas épouse , qui ne vous fera pas mère? ce serait une cruauté. Si une fatalité contre laquelle j'ai lutté longtemps nous sépare... je ne veux, je ne dois pas être un éternel obstacle à voire bonheur, et je n'aurai quelque repos, Jenny, que lorsque je vous aurai rendu, avec votre liberté, les chances probables d'un avenir plus heureux.
JENNY
Je vous écoute sans vous comprendre, Richard.
RICHARD
D'ailleurs, ce que je vous propose existe déjà à peu