‹ Richard de Middleton, sa vie, ses œuvres, sa doctrineChapitre 10 sur 228 · I. LES BIOGRAPHIES ET LES SOURCES · texte numérisé non relu

I. LES BIOGRAPHIES ET LES SOURCES

L’histoire de Richard de Middleton reste encore à écrire. Les meilleures notices biographiques du célèbre franciscain sont assurément celles de Little ! et de Kingsford 3; mais la première doit être complétée et la seconde demande à être contrôlée. Feiler 3, dans le Kirchenlextkon, s’inspire surtôut de de Martigné, et Burton # dans la Catholic Encyclopædia américaine, n’a rien d’original; il suit les auteurs anglais déjà cités.

Les biographies françaises sont fort discutables. Le P. de Martigné, dans son livre par aïlleurs très estimable 5, et

1 LITTLE, p. 214. J'ai adopté son orthographe du mot Middleton.

3? KINGSFORD, p. 356.

SIGN. FEILER, Richard von Middletoun, dans le Kirchenlexikon, 2° édit., Fribourg, t. X, p. 1180-1182.

*E. BURTON, Richard of Middletown, dans The catholic Encyclopaedia, New- York, t. XIII, p. 45.

$ DE MARTIGNÉ, p. 153-175. Un peu de critique lui eût épargné la puérile réfutation de Bale (p. 158), et surtout l’eût empêché de prendre pour des juifs authentiques ceux que la haine protestante appelle sorbonici] rabbini. La comparaison du texte de Bale avec ses sources eût suffi pour découvrir le mystère.

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/* Féret T! n'oïit phé” “examiné scientifiquement leurs sources.

Une critique insuffisante, comme d’ailleurs le manque évident de sympathie, diminue la valeur de l’article consacré par Daunou à Richard dans l'Histoire littéraire de la France?. Ainsi faire sienne, sans la contrôler, l'appréciation de Bale : « Grandia quaedam sed minus utilia atque utinam non perniciosa, Parisiis docuit », est une preuve de légèreté.

Les sources d'archives, à notre connaissance, n’ont rien fourni jusqu'ici. Les recherches effectuées en sens divers font craindre que cette situation ne se prolonge encore longtemps, à moins d’un heureux hasard. Il ne reste donc qu’à interroger les biographes et les anciennes chroniques.

* “fNTRODUCTION CRITIQUE

De ces documents, fort peu nous ont conservé quelques détails sur la vie de notre docteur, et les notices des anciens érudits réclament un sévère examen. Nous pouvons négliger les esquisses biographiques du bienheureux Bellarmin ? et de Fabricius 4, simples compilateurs; mais nous nous efforcerons d'apprécier les renseignements que nous ont laissés les anciens bibliographes, et d’assigner leurs sources.

Nous avions espéré trouver quelques détails intéressants dans le catalogue général des bibliothèques anglaises 5, composé par Jean Boston de Bury-Saint-Edmond vers 1410, à l’aide, entre autres, de sources franciscaines *. Mais nous avons eu une pénible désillusion. Malgré l’utilisation de pareilles sources, il se borne à signaler les quatre livres du Commentaire des Sentences de Richard, sans indiquer une seule des biblio-

1 FÉRET, p. 379. Voir aussi l'appréciation sévère de RASHDALL, The Universities, P. 273.

2 DAUNOU, p. 128.

3 B&LLARMIN, De Scriptoribus ecclesiasticis, Cologne, 1684, p. 212. Le Bienheureux semble cependant avoir fait quelques recherches personnelles pour ces œuvres.

* Fasricius-Mansi, Bibliotheca latina medii aevi, Pavie, 1744, t. VI, p. 82.

5 Voir DE GHELLINCK sur Le catalogue des Bibliothèques anglaises en 1410, Extrait des Procès-verbaux.… du Congrès international des Bibliothécaires (Paris, 1923), Paris, 1925. Ce catalogue sera prochainement édité par le Spicilegium.

$ MoNTAGUE RHODES JAMES, The list of Libraries prefixed to the catalogue of Fohn Boston, dans les Collectanea franciscana, t. 1, Manchester, 1922, p. 38-60.

BIOGRAPHIES ET SOUREFS :: : $ thèques où cette œuvre se rencontre; il hissé mêéme-‘en. blaric la date de l’activité littéraire de Middleton.

1. — La plus ancienne notice biographique que je connaisse, se rencontre chez saint Antonin. Cet illustre dominicain, mort en 1459, écrivait dans sa Somme historique ces quelques lignes à la gloire du docteur franciscain :

« Inter doctores etiam solemnes sacri ordinis Minorum, annumeratur frater Ricardus de Media Villa, qui scripsit egregie supra IV libros sententiarum. Et in quarto libro sententiarum ostendit se fuisse valde peritum in iure canonico, … allegando iura cum glossa. Huic cum sex als magistris vel baccalariis, minister generalis decimus, vocatus Bonagratia, commisit examinationem doctrinae cuiusdam fratris Petri Iohannis Olivi quae non recta et vera continebat. Qui, matura deliberatione praehabita, quaedam tanquam periculosa et male sonantia concorditer reprobaverunt; et reprobationem ipsi generali in scriptis sigillatis miserunt !.»

2. — La seconde en date est due à l’anonyme du Firmamentum trium ordinum ?, paru en 1512. Elle fut très souvent utilisée par les historiens subséquents : nous ne connaissons pas ses sources. Voilà pourquoi nous avons cru devoir la citer :

« Frater et magister Ricardus de Media Villa, qui inter caeteros doctores, doctor solidus, alias copiosus appellatur. Cum esset utriusque iuris doctor ac sacrae paginae sufficientissimus professor ac in omni scientia praestantissimus, scripsit duo scripta egregia et diversa super quatuor sententiarum libros: dicitur autem omnes alios doctores -excellere in quarto scripto. Scripsit etiam super quatuor evangelistas. Item super omnes epistulas Pauli. Scripsit etiam notabiliter super distinctionem decreti. Item scripsit plurima quodlibeta, multum profunda atque prolixa. Scripsit etiam librum de Ordine iudiciorum. Scripsit etiam tempore senectutis tractatum elegantem de conceptione beatae Virginis. Claruit autem Parisiis, circa annum Domini millesimum ducentesimum octogesimum. »

3. — Après lui, le savant abbé Trithème, mort en 1516, a consacré à notre docteur quelques lignes, qui ont inspiré la

1 Pars historialis, Bâle, 1491, t. III, tract. XXIV, 8 ; fol. 244". Pour Olivi, il suit ici la Chronique des XXIV Généraux (Analecta, t. XII, p. 374).

3 Firmamentum, fol. XL11, c. 2. — Le Supplementum Chronicarum de J. PH. FORESTA (BERGOMENSIs), en 1483, n’a que trois lignes très élogieuses, mais imprécises, sur Richard (Venise, 1483, lib. XIII, fol. 138"),

6 ‘+ ‘ :S‘ANTRODUCTION CRITIQUE plivaït: des. biéliogrifhes. De ses paroles on peut conclure qu’il eut entre les mains les ouvrages de Middleton dont il donne la liste. D'autre part, les maigres renseignements qu'il a consignés, pourraient n'être que des conclusions, tirées des ouvrages mêmes de notre auteur. Voici cette notice ! :

« Ricardus de Media Villa, natione anglicus, ordinis Fratrum Minorum, vir in divinis scripturis eruditissimus, et tam in philosophia quam in iure canonico egregie doctus, ingenio clarus, sermone scolasticus, in quaestionibus et dubiis scripturarum solvendis subtilis et promptus. Fertur multa praeclara scripsisse volumina quibus nomen suum cum gloria transmisit ad posteros. E quibus tantum reperi subiecta.» Suit une courte liste. « Dicitur quod in sacrae paginae libros elegantes commentarios et lecturas ediderit; sed ad manus nostras non venerunt. Claruit temporibus Adolphi imperatoris et Nicolai papae IV, anno 1290. »

4. — Leland lui-même (1552) est tributaire de Trithème ?. Acsurément, le grand chercheur a beaucoup fouillé les bibliothèques monastiques d'Angleterre avant leur dispersion définitive; il a voyagé par tout le pays pour recueillir les matériaux de ses importants ouvrages % : aussi connut-il plusieurs sources franciscaines, spécialement un Catalogus illustrium franciscanorum . Il n’en est que plus remarquable que ce soit dans Trithème qu’il puise les détails de sa courte biographie; mais le fait n’est pas douteux ÿ. Il se contente de développer littérairement la notice de l’abbé de Spanheim, sans y rien ajouter, sauf la mention des Quodhbeta qui venaient d’être imprimés. Il a vérifié, sans doute, la liste des œuvres, car il dit : « Haec vera esse omnia candidus lector facile videbit, ubi evolverit libros ab tllo editos. »

5. — Bale, dont tant d’autres se sont inspirés, était un carme

1 TRITHÈME, p. 216.

3 LELAND, p. 316.

3 HARDY, Descriptive Catalogue, p. xxx.

4 LITTLE, p. 58. Voir aussi LELAND, De Rebus Britanicis collectanea, cum THOMAE HEARNII praefatione, 2° édit. Londres, 1774, t. III, p. 342.

5 Le catalogue des œuvres de Richard suit l’ordre de Trithème, sauf sur un point (voir plus bas, p. 12). Enfin il termine sa notice par ces mots: «Claruit sub Henrico III et Edowardo eius filio, si TRITHEMIUS RECTE COMPUTAT. »

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