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III. LES ŒUVRES AUTHENTIQUES DE RICHARD

Sbaralea essaya de faire, dans ces listes, le départ des œuvres authentiques. Nous nous y efforcerons également.

É. __"L'authenticité du Commentaire sur les Sentences est hors de conteste. Wadding, il est vrai, s'était imaginé que le quatrième livre, laissé inachevé par Richard, avait été complété par des théologiens du xv® siècle, en vue de l'édition publiée en 1499. Sbaralea a fait bonne justice de cette hypothèse; il y oppose la date de 1437 d’une copie manuscrite de cette œuvre, conservée à Ferrare et le témoignage de théologiens et de prédicateurs du commencement du xv® siècle, citant les dernières distinctions du quatrième livre !.

Les nombreux manuscrits encore existant aujourd’hui ne laissent pas de doute sur l'authenticité des quatre livres des Commentaires.

Sans vouloir dresser une liste complète de ces manuscrits, citons :

Oxford, Bodl., n. 2765 (actuellement, Bodl. 744); x1v® siècle *.

des Icttres, des différents cahiers; la préface de l'éditeur est datée de 1522. Le texte que nous avons donné se lit au cahier L. Étant donné la rareté de cette édition, nous citons aussi la réimpression due à M. GoLDasT dans Monarchia S. Romani Imperit, Francfort, 1614, t. Il, p. 205.

1 SBARALEA, p. 634-635.

3 LITTLE, p. 214.

Oxford, Merton College, n. 98, contient le premier livre des Sen- . éences; xIv® siècle i.

Oxford, Balliol College, n. 198, contient le second livre des Sentences; xiv® siècle À.

Cambridge, Pembroke College, n. 194 et n. 195, contiennent les troisième et quatrième livres des Sentences. Le quatrième livre est achevé comme le montre l'explicit; xir1*-xive siècle à

Canterbury Cathedral #, lib. 4.

Munich, Staatsbibliothek, n. 3549, xv® siècle, et 8078, xrir° et xive siècles ©.

Paris, Bibliothèque Mazarine, n. 926, contient le second livre des . Sentences; xiv® siècle 6.

Paris, Bibliothèque de l’Arsenal, n. 368, contient le quarine livre, complet; xv® siècle ?.

Ripoll, n. 45 : Quaestiones super Sententias; xiv® siècle 5.

Cambrai, n. 301, contient le quatrième livre des Sentences, complet; xrve siècle ?.

Bordeaux, n. 156, contient le quatrième livre des Sentences, complet, avec ses cinquante distinctions 1°; xrrre-xive siècle.

Florence, Bibliothèque Laurentienne, ex Bibl. S.Crucis, Plut. XXX, dext. cod. II, contient le premier livre; cod. V contient le second; cod. X contient le quatrième complet; xrv® siècle 11.

Sbaralea nous renseigne sur les manuscrits italiens des xrr1° et xrve siècles 13,

1H. Cox, Catalogus codicum mss. qui in collegiis aulisque oxonmiensibus hodie adservantur, Oxford, 1852, t. 1, p. 49-50.

? Ibid., p. 64.

3 M. R. JAMES, À descriptive catalogue of the manuscripts in the library of Pembroke College, Cambridge, 1905, t. 1, p. 181-182.

# LITTLE, p. 214.

5 In., tbid.

$ Mounir, Cptalogue des manuscrits de la Bibliothèque Masarine, Paris, 1885, t. I., p. 435.

7? H. MARTIN, Catalogue des manuscrits de la Bibliothèque de l' Arsenal. Paris, 1885, t. 1, p. 230.

® R. Beer, Die Handschriften des Klosters Santa Maria de Ripoll, II, dans . Sitzungsberichte der Kais. Akademie der Wissenschaften, Vienne, Philosoph. histor. Klasse, t. CLVIII, 11, 1908, p. 96.

* MOLINIER, Catalogue général des manuscrits des Bibliothèques publiques de France, Paris, 1891, t. XVII, p. 114.

10 C. Couperc, Catalogue général, Paris, 1894, t. X XIII, p. 85.

1 BANDINI, Catalogus codicum latinorum Bibliothecae Laurentianae, Florence, 1777, COÏ. 701, 702.

H SBARALEA, p. 634.

Les citations des auteurs du xv® siècle, comme samt. Antonin, du xive, comme Pierre d’Aquila (1370), Jean Bacon (1346), Gui de Mont-Rocher (1330), Astexanus de Asta (1317), et Jacques de Trisanto (1323), dont nous parlerons plus loin, renforcent la preuve que nous avons tirée des manuscrits.

Enfin le témoignage d’un document de librairie, datant de 1304, qui taxe chacun des livres de Richard, achève la démonstration. On y lit1: |

Opera Fratris Richard:

In primo Sententiarum, XXXIX pecias . . . . . XXXII den. Item, in secundo Sententiarum, LXI pecias . . . . III sol. Item, in tertio, LVII pecias. . . . . . . III sol. et X den. Item, in quarto, LXXX et V pecias. . . . V sol. et IIIT den.

Il est à remarquer que le quatrième livre est décrit comme comprenant 85 cahiers ?, tandis que le troisième, qui de fait est plus court, n’en comptait que 57.

2-3. — Trithème et les autres catalogues attribuent à Richard deux ouvrages sur le droit canonique. Sbaralea n’en fait plus mention. Saint Antonin n’en parlait pas; il se contentait de. dire que Richard s’était acquis de la réputation en droit ecclésiastique par la science juridique dont il fit preuve dans son IVe livre sur les Sentences %. Sixte de Sienne n’en fait pas mention ; Bellarmin passe sous silence le premier et n’ose se prononcer sur l’authenticité du second.

En réalité ces deux traités sont à restituer à Richardus Anglicus. Pour le premier le doute n’est pas possible. Von Schulte + nous montre que Richardus Anglicus composa des Distinctiones super decretis, avec l'incipit : « Patres nostri omnes sub nube

1 DENYFLE, Chartularium, t. I], p. 109, n. 642.

? Sur l’intéressante question de la « pecia », voyez J. A. Desrrez, O. P., La: « Pecia » dans les manuscrits du moyen âge (extrait de la Revue des sciences philosophiques et théologiques, t. XIII, 1924), pp. 182-192. … + Voir plus haut, p. 5.

7 4 Die Geschichte der Quellen und Litteratur des canonischen Rechts, Stuttgart, 1835, t. I, p. 183. Sur la biographie de ce personnage et sa distinction d’avec Richard Poore, voir la notice de H. E. D. BLAKISTON dans le Dictionary of National Biography, t. XVI, p. 109.

fuerunt.» Or, tels sont précisément le titre et l’incipit de l’ouvrage attribué par les catalogues à notre Richard.

Un «Ordo sudiciarius» (incipit : « Olim edebantur») est également l’œuvre de Richardus Anglicus. Nos catalogues ne donnent pas l’incipit de l’Ordo tudiciarius qu’ils mettent au nom de Middleton. Nous en sommes donc réduit à conjecturer . que l’Ordo iudiciarius des catalogues est à identifier avec celui de Richardus Anglicus. La confusion était d’ailleurs aisée : les deux Richards étant anglais et du même siècle.

Au reste Leland semble avoir ignoré l’existence de ce canoniste. Dans son ouvrage sur les écrivains anglais, il ne mentionne que Richardus Anglicus, médecin, auteur du traité De urinis. Cette ignorance facilita, sans doute, son erreur d’attribution. La confusion de Bale est plus difficilement explicable. Nous lisons en effet !, dans ses notes, un extrait de Philippe Wolphius :

« Richardus Anglicus, magnus iurisconsultus, praevenit Pileum Modicensem, leges et canones pro utraque parte allegando, sub ipso et composuit tractatum Super decreti L. 1: «Patres nostri omnes sub nube »; scripsit etiam de seipso quod summam utilem ac necessariam Ordinis fudiciorum ediderit, claruit 1390 » (en note : « vel 1200, written above the line »). |

Oubli ou mauvaise interprétation de ces lignes, toujours est-il que Bale n’hésita pas à suivre Leland, et comme lui, omit dans son catalogue le nom du juriste Richard Anglicus.

4-5. — L'œuvre exégétique de Richard comprenait d’après Trithème quatre livres sur les Évangiles, et quatorze sur les Épîtres de saint Paul. Tous les catalogues, sauf celui de Sixte de Sienne, qui ne parle pas des Commentaires sur saint Paul, reproduisent cette affirmation. Bellarmin, il est vrai, n’ose se prononcer sur l'authenticité des Postilles sur saint Paul : mais il se montre assez mal renseigné, puisqu'il ne mentionne même pas les Quodlhbeta, déjà imprimés de son temps.

Il est certain que Richard a expliqué les Écritures; car c'était

1R. L. PooLs, Anecdota Oxomensia, Oxford, 1902, p. soi.

la leçon réservée aux Maîtres. Au reste Bartholomée de Pise écrivait vers 1390 : |

« Frater Richardus de Media Villa, magister fuit, scripsit super Sententias multum utiliter, et Postillas cum aliis pluribus fecit :. »

On pourrait encore citer, l’explicit du manuscrit ? de là Bibliothèque Vaticane, Vatic. lat. 868 (fol. 132*.) :

« Explicit tabula super quaestiones fratris Ricardi, ordinis minorum, magistri in sacra scriptura. Amen.» .

Mais il arrivait parfois de prendre le mot sacra scriptura dans un sens large. Rien ne nous autorise, en tous cas, à mettre en doute les affirmations des catalogues: mais, jusqu'ici, on ne connaît aucun manuscrit de ces Postilles. D'ailleurs le travail de l’identification des nombreuses Postillae conservées dans les bibliothèques n’est pas encore commencé.

Trithème rapporte une tradition d’après laquelle notre auteur aurait commenté d’autres parties de la Bible; mais rien jusqu'ici n’est venu la confirmer. Bale parle aussi de « alias elucubrationes et postillas… sed titulos earum amisi »; mais une indication aussi vague ne nous garantit rien.

6. — Les Quodlibeta sont certainement l’œuvre de Richard de Middleton. Personne n’a jamais soulevé le moindre doute à ce sujet. D'ailleurs la tradition manuscrite est absolument ferme sur ce point, comme sur les Sentences. Citons quelques manuscrits :

Oxford, Merton College, n. 139; xiv® siècle *.

Paris, Bibliothèque nationale, fonds latin, n. 14305, manuscrit du xure siècle; les Quodhibeta de Richard se lisent à partir du folio 160. Ils sont précédés de deux autres Quodlibeta attribués à Richard par une note écrite d’une autre main, au haut du folio 148 : «Quinque Quodlibeta fr. Richardi ordinis minorum.» Le premier a pour incipit : « Quaesita fuerunt quaedam de divinis, quaedam. de spirituahbus creaturis. »; au fol. 153, le deuxième commence par ces mots : « Quaesita

1 De Conformitate vitae B. Francisci, dans Analecta, t. IV, p. 339.

2 Communiqué par S. É. le cardinal Ehrle: voir la description de ce manuscrit plus loin, p. 19, n. 4.

8 LiTrue, p. 214. — H. Coxs, Catalogus codicum mss, Oxford, 1852, €. I, p. 60.

fuerunt quinque in generali, primum de divinis, secundum de creaturis.» Le premier contient, seize questions, le second vingt-deux. Ces deux premiers Quodlibets sont séparés de ceux de Richard par une demicolonne en blanc. Comme il n’y a aucune autre trace que cette œuvre soit de Richard, l’indication du manuscrit parisien est insuffisante pour maintenir cette attribution.

Toulouse, n. 738, fol. 221; xIr1e siècle 1.

Paris, Bibliothèque de 1 Arsenal, n. 516, fol. 173Y; xIv€ siècle *.

Florence, Laurentienne, ex Bibl. S. Crucis, Plut. XVII, sin. cod. VI; commencement du xIv® siècle ?,

Bibliothèque d’Assise, n. 14; xIII® siècle.

Signalons encore deux manuscrits romains du xive siècle, dont nous devons la description à son Éminence:le cardinal Ebrle :

Bibliothèque du Vatican, Vatic. lat. 868, parchemin, fol. 179, 317 sur 228 mm; xIve siècle; belle écriture, avec « indices » #.

Bibliothèque du Vatican, Borgh. 361, parchemin, fol. 223, 333 sur 240 Mn; xIv€ siècle; comme le précédent, belle écriture 5.

} Catalogue général des manuscrits des Bibliothèques Publiques des départements, Paris, 1885, t. VII, p. 434. Il est à remarquer que la foliation donnée par le catalogue est fautive : les Hpebele commencent au fol. 221 et non au fol. 223.

? H. MarTiN, Catalogue des manuscrits de la Bibliothèque de l' Arsenal, Paris, 1885, t. 1, p. 365.

# BANDINI, Catalogus codicum latinorum Bibliothecae Laurentianae, t. IV, D. 127.

* Vatic. lat. 868; voici le contenu de ce manuscrit :

1) ff. 1, 11, index.

2) fol. 1-103, Questiones disputate, 1° Satis : de Deo et angelis; qq. 1-37 (fol. 57-69, questio privilegii); fol. 103-129, Questiones disputate, 2° partis, sc. de homine, qq. 38-45.

3) fol. 129 v-132. Index des Questiones disputatae, avec leur division en articles. A la fin de cette première table on lit, fol. 130" : explicit 2% pars, incipit primum Quodlibetum. »

Suit alors la table des Quodlibets, questions et articles. A la fin de cttte table, alia manu: « Explicit tabula super Questiones fratris Ricardï ordinis Minorum magistri in sacra scriptura. Amen. »

4) fol. 133-179, les trois Ouodlibeta.

fol. 179, « Hunc librum emi ego Thomas de Sarzana, subdiaconus apostolicus ab heredibus ser. Colucii per medium Nicolaï Nicoli, precio quinque ducata aurea. »

* Borgh., 361; ce manuscrit contient les œuvres suivantes :

1) fol. 1, 11, index. -

2) fol. 1-69, RicarDUS DE MEDIA VILLA, Questiones disputate 1° Pere de Deo et angelis, fol. 1-37; 2° pars, de homine, fol. 38-69.

3) fol. 70-127, Quodlibeta RicHARDI.

4) fol. 128-172, Questiones de Marra.

s) fol. 173-211, Thomas de Aquino, Questiones.

7. — Un traité sur l’Immaculée Conception est signalé dans tous les catalogues depuis Bale et le Firmamentum, qui va même jusqu’à préciser la date de sa composition : fempore senectutis tractatum elegantem. Ce qui favorise le plus cette attribution, c'est assurément le fait que la tradition remonte, s’il faut en croire Sbaralea, à Jean Vitalis !, franciscain, mort en 1394.

Assurément il n’y a pas d’impossibilité absolue : car il n’est pas exact de dire, avec les éditeurs des œuvres de saint Bonaventure, qu'avant Duns Scot la doctrine de l’Immaculée Conception n’a pas été défendue publiquement dans les écoles franciscaines 3. A Oxford, à tout le moins, le privilège marial avait trouvé des apologistes. Le maître de Scot, Guillaume de Ware, avait déjà soutenu cette thèse :

« Est opinio quod non contraxit originale; quam volo tenere, quia si debeam deficere, cum non sim certus de altera parte, magis volo deficere per surabundantiam, dando Mariae aliquam praerogativam, quam per defectum... Unde primo volo ostendere possibilitatem, secundo congruentiam, tertio actualitatem ?. »

Guillaume (Ÿ 1300) est certainement contemporain de Richard, peut-être plus âgé que lui‘. Les éditeurs de cette question sur l’Immaculée Conception croient qu'avant Scot, aucun Mineur ne défendit à Paris le glorieux privilège déjà enseigné à Oxford 5. Mais est-il certain que Guillaume commenta les Sentences à Oxford, et non pas à Paris?

6) fol. 212-218, Johannis Peckham, ordinis fratrum minorum, tractatus de numeris.

7) fol. 219-223, Collectio errorum in Anglia et Parisiis condempnatorum.

s 8) fol. 223-223", « Hec sunt loca in quibus dissentiunt frater Bonaventura et frater Thomas in primo libro Sententiarum. »

1 HURTER (Nomenclator Litterarius Theologiae catholicae, Aetas Media, 3° édit., Inspruck, 1906, t. II, col. 683) cite de Jean Vitalis un Defensorium en cinq livres, publié dans PETRI DE ALVA Y AsTORGA, Bibliotheca Mariana, Louvain," 1665.

4 BONAVENTURA, t. III, p. 60.

3 GUILIELMI GUARRAE, FR. Joannis Duns Scori, FR. PETRI AUREOLI, Quaestiones disputatae de Immaculata Conceptione B. Mariae Virginis, Quaracchi, 1904, P-+4-

4 LITTLE, p. 213.

5 FR. GUILIBLMI, 0. cit., p. IX.

6 LiTTLe, p. 213; FÉRET, p. 396. Malgré son manque de critique, Féret est

Quoi qu’il en sait, la doctrine n’était pas nouvelle dans l’Ordre au moment où Richard enseignait. Mais cette constatation augmente la difficulté qu’il y aurait à ranger notre docteur parmi les défenseurs de l’Immaculée Conception. Dans son Commentaire, en effet, écrit, semble-t-il, après la défense de Guillaume, en tout cas au temps où l’opinion favorable au privilège était soutenue à Oxford, Richard se prononce fermement contre l’Immaculée Conception :

« Anima Virginis ex sui unione ad illam carnem, peccatum originale contraxit 1.»

Il est à remarquer encore que Pierre Auriol (+ 1322), dans son apologie de l’Immaculée Conception, ne cite pas Richard :

« Multi doctores solemnes praedicaverunt Parisius et in Anglia et praedicant singulis annis quod Virgo Maria non contraxit originale... Etiam nonnulli vel in suis scriptis communibus relinquerunt, utpote magister Joannes Scotus et Guilielmus dictus Guarro, in suis scriptis super tertium Sententiarum ?. Praeterea, illud potest licite opinari absque omni periculo fidei et erroris, quod tenuerunt viri sancti doctores; sed Anselmus..., Richardus in sermone de Conceptu beatae Virginis, et Alexander Nequam... Robertus etiam magister in theologia Lincolnensis episcopus et plures ali. * »

Assurément un argument ex silentio n’est jamais péremptoire ; mais rapproché de la déclaration formelle de Richard, il prend une signification nouvelle. Nous croyons donc pouvoir conclure avec les éditeurs de ces Quaestiones, que l'attribution à Richard d’un traité sur l’Immaculée Conception est une erreur, causée,

précieux, parce qu’il résume brièvement ce qui a été écrit par les historiens plus anciens. C’est à ce titre que nous le citerons. Voir EHRLE, Studien der Handschriften, p. 48.

3 III Sent., d. IL, a. 1, q. 1; p. 27.

3 GuiL. WARRAE... PETRI AUREOLI Quaestiones.… de Immaculata Conceptione, D. 72.

2 Ibid., p. 73. Le sermon de Richard de Saint-Victor dont parle Auriol, n’est pas à identifier avec l’explication du Cantique des cantiques, comme le croient les éditeurs de Quaracchi; mais avec le sermon publié dans ALVA Y ASTORGA sous le nom de PIERRE COMESTOR et que la plupart adjugent à RICHARD DE Sanr-Vicror. Voir Le BACHELET, Immaculée Conception, dans le Dictionnaire apologétique, Paris, t. III, c. 256 ; et dans le Dictionnaire de théologie catholique, Paris, t. VII, c. 1015-1061.

sans doute, par la confusion bien facile entre Richard de Middleton et Richard de Saint-Victor !. On sait que ce dernier était souvent cité dans les manuscrits par le seul mot : Richärdus. Or, dans la question de Pierre Auriol, comme dans celle de Guillaume de Ware, Richard de Saint-Victor était désigné par cette mention : « Richardus in sermone de Conceptu beatae Virginis. » Sans doute Vitalis, ou quelque autre lecteur pressé, aura mal interprété Auriol. Il faut aussi noter la citation prétendue de Richard, donnée à cette occasion par Jean Vitalis :

« Ave gaudens in prosperis

Lux distincta a caeteris,

A rebus obscuris. »

Ce texte, de l’aveu de Sbaralea, est extrait d’un autre ouvrage également attribué à tort à notre docteur :.

8. — L’opuscule «/n Francisci regulam: est restitué, par Sbaralea, à Odon Rigauld à.

9. — Bale et Willot, qui semblent indépendants l’un de l’autre, s’accordent à décerner à Richard la paternité d’un pamphlet contre Pierre Olivi. Cette hypothèse n’a rien d’invraisemblable, pour qui se rappelle que Richard passa pour avoir été très opposé au réformateur ; mais nous ne pouvons rien dire de plus. Avant ces deux écrivains, aucun auteur ne mentionne cette œuvre. Sbaralea n’en parle plus. Il est à noter que dans les procès qui se déroulèrent au xIv‘ siècle contre le fougueux franciscain, jamais cet écrit n’est cité, alors que l'autorité de

1 GuiL. WARRAE.,. Quaestiones, p. xI.

? La phrase de SBARALEA est obscure, p. 634: « De Conceptione Immaculatae V. M. scripsisse Tractatum testatur auctor antiquus Ioannes Vitalis, in suo Defensorio libri 4! ancil. 5, ubi haec adducit : « Ave gaudens ».… etc. Quae sunt super Ave Maria. Eius meminit et lo. T'urrecremata De ceritate Concept. p. 13.» Ensuite il nie l’authenticité du livre : Expositio super Ave Maria. — IOANNES DE ‘TURRECREMATA, Tractatus de veritate Conceptionis .Beatissimae Virginis, Oxford-Londres, 1879, p. 743, auquel renvoie Sbaralea, dit également que ces paroles sont tirées du Tractatus super Ave Maria. — Aujourd’hui les Franciscains avouent que Richard n’a pas défendu le privilège marial (DE MARTIGNÉ, p. 375; P. PAuwELS, O. F. M., Les Franciscains et l’Immaculée Conception, Malines, 1904, p. 49).

3 SBARALEA, D. 635.

ŒUVRES AUTHENTIQUES : 23 Peckham, de-Guillaume de la Mare, etc., est souvent invoquée Î Il n’est pas impossible qu’il y ait eu confusion avec un autre Richard, également de nationalité anglaise, Richard de Coniton, qui composa un « Tractatus magistri Richardi Conygton Ministri angliae, de paupertate contra opiniones fratris Petri Iloannis, Inc. : Beatus qui intelligit ?.»

10. — Bale signale encore des « Commentarios imperfectos ».. Le Firmamentum de son côté affirme : « Scripsit duo scripta diversa et egregia super quatuor Sententiarum.» Willot se contente de copier ces renseignements. [l est certain qu'au temps de Sbaralea, on montrait au couvent d’Assise un manuscrit « Primus liber abbreviatus super Sententias, incipiens : cupiens aliquid », et l'attribution de cette œuvre à Richard remontait jusqu’au catalogue de 1381. Sbaralea démontre que ce fiber abbreviatus est dû à la plume d’un compilateur, Jacques de Trisanto ?. Comme il est probable que les affirmations du Firmamentum et de Bale remontent directement ou indirectement à cette fausse attribution du catalogue de 1381, nous sommes en droit de conclure que Richard n’a pas édité un second travail sur les Sentences; à tout le moins l’existence de cette œuvre n’est pas suffisamment garantie.

11. — « Alias lucubrationes et postillas», dit Bale; plus respectueusement, Pits parle d’Opuscula. Ces auteurs ne se sont pas trompés : il existe encore deux œuvres inédites, bien authentiques, de Richard : les Quaestiones disputatae et le De gradu formarum. |

Le De gradu formarum se trouve à la Bibliothèque nationale de Paris (fonds latin, n. 15962, du commencement du xive siècle, fol. 169 à 180). Le manuscrit porte : Questio fr. Richardi de gradu formarum *. Un second manuscrit de la même œuvre se trouve à Munich, n. 8723, fol. 175 : Questio de eradibus formarum 5.

1 EHRLE, Vorgeschichte, t: II, p. 352-416; et t. III, p. 1-195.

3 LITTLE, p. 164. — EHRLE, tbid., t. II, p. 385; et t. III, p. 23, 44.

? SBARALEA, p. 374 et 634. Marien (p. 462) copie ici le Firmamentum. * HAURÉAU, t. V. p. 69-71.

5 LITTLE, p. 215.

M. De Wulf a maintenu l'authenticité de cette œuvre contre Hauréau !, Et avec raison. La comparaison que nous avons faite de cette œuvre avec la question 39° des Quaestiones disputatae, montre, à l’évidence, que l’auteur est bien le même. Beaucoup d'idées se retrouvent dans les deux questions et la position fondamentale est identique.

Les Quaestiones disputatae sont encore inédites : nous en avons donné jadis la table des matières 3. On ne peut douter de leur authenticité. En effet, tant le Commentaire des Sentences, que les Quodlibeta y renvoient à plusieurs reprises ?. De nombreux manuscrits nous les ont conservées, sous le nom de Richard; et généralement les Quuestiones précèdent les OQuodlibeta. Tels sont, entre autres, les manuscrits suivants :

Assise, cod. sign. 14, du xIrIe siècle.

Todi, cod. sign. 82, du xiri® siècle, copie du précédent {. Bibliothèque Vaticane, Vatic. lat. 868, fol. 1-103; et Vatic. Borgh. . 361, fol. 1-69, manuscrits dont nous avons donné la description plus

haut (p. 19, n. 4 et 5).

Toulouse, n. 738, fin du xrrie siècle 5.

Paris, Bibliothèque Mazarine, n. 3491, du x1v® siècle . Paris, Bibliothèque de l’Arsenal, n. 516, du xiv® siècle ?. Troyes, n. 142, du xiv® siècle 8.

Oxford, Merton College, n. 139, du xiv® siècle ?.

: De Wurr, Gilles de Lessines, p. 4-5. — Nous apprenons qu'un élève de M: De Wuif en prépare l'édition.

3 Recherches de science religieuse, t. VI, 1916, p. 493-513. Une de ces duéstion a été publiée dans le De humanae cognitionis ratione, p. 221.

# Voir plus loin, p. 28-29, et Recherches (loc. cit infra, p. 29 n, 3).

4 Description dans le De Humanae cognitionis ratione, p. xxi.

# Catalogue général des manuscrits, Paris, 1885, t. VII, p. 433-434. Le catalogue donne fautivement le fol. 8s pour le commencement des Quaestiones ; celles-ci commencent au fol. 83”.

* À. MoLiNier, Catalogue des manuscrits de la Bibliothèque Mazxarine, Paris, 1890, t. III, p. 106. Je ne sais pourquoi le catalogue l'intitule «la seconde partie des Quaestiones theologicae »; en réalité le manuscrit ne contient que la première : De Deo et angelis.

7 H. ManTiN, Catalogue des manuscrits de la Bibliothèque de l' Arsenal, Paris, 1885, t. I], p. 365.

® Catalogue général des manuscrits des bibliothèques publiques, Paris, 1885, t. II, p. 69.

* H. O. Coxe, Catalogus codicum mss., Oxford, 1852, t. I, p. 60.

Florence, Bibliothèque Laurentienne, ex bibl. S. Crucis, Plut. XXX, dext. cod. XI, et cod. XII, du xiv® siècle, et Plut. XVII, sin. cod. VI, du xrv* siècle !. .

Assise, deux manuscrits, l’un du xtv°, l’autre du xv° siècle, indiqués par Mazzatinti ?.

12. — Wadding est le seul à signaler un Tractatus de clavium potestate, sur la foi de Marsile de Padoue. Malheureusement le texte de Marsile est loin d’être concluant. Comme on l’a vu, Marsile se contente d'écrire : a secundum mentem Richardi, in quodam libello quem fecit intitulatum de Clavium sacerdotalium potestate. » Rien dans le texte ne suggère qu'il soit question de notre Richard, et je croirais bien que ce traité doit être identifié avec celui de Richard de Saint-Victor, intitulé De potestate ligandi atque solvendi *. Cet opuscule, en effet, a pour sujet le pouvoir de lier et de délier confié à saint Pierre, par le texte célèbre de saint Matthieu, XVI, 18. Or, le chapitre VI de Marsile traite précisément le même sujet. De plus, les trois fois que Marsile invoque l’autorité de Richard, on retrouve les mêmes idées dans le traité du Victorin 5.

Ce qui me semble plus frappant encore c’est la phrase suivante de Marsile :

1 BANDINI, Catalogus codicum latinorum Bibliothecae Laurentianae, Florence, 1777, t. IV, p. 702, 703, 127.

3 MAZZATINTI, Inventarii dei manoscritti delle bibliotheche d'Italia, Forli, 1894, t. IV, p. 47, 49. Le premier doit être celui dont parlent les éditeurs de Quaracchi. :

3 Voir plus haut, p. 13.

* PL, CXCVI, 1159, inc. : Quodcumque ligaueris.

511 n’y a qu’une difficulté: « Quod si non affuerit (sacerdos), sufficit soli Deo confessum esse, habito tamen semper proposito confitendi si possit. Hoc etiam conformiter magistro sentit Richardus in suo libro preëedicto, et ex determinatis ab eo in diversis capitulis colligitur quod a vere paenitente... Deus ante quodcumque ministerium sacerdotis culpam tollit. sub conditione tamen quod sacerdoti post modum debeat confiteri » (cahier Lv*). Il est très vrai qu’à plusieurs reprises Richard deSaint- Victor enseigne qu'en cas de nécessité le péché peut être rernis sans confession (ch. VII) : ailleurs il dira que Dieu remet le péché conditionnellement, c’est à dire à condition qu’il soit accusé : mais au ch. XIX et suivants, il n’admet pas que le péché soit remis avant l’absoiution. Seulement, comme Marsile n’est pas très rigoureux et que souvent il mêle ensemble ce que dit Pierre Lombard et ce que dit Richard, cette difficulté ne détruit pas la probabilité de l'identification que nous proposons.

« Ut idem magister et Richardus senserunt, videlicet commutatio temporalis paenae purgatorii.… in aliquam huius saeculi satisfactionem, ut ieiunium. »

Assurément Pierre Lombard exprime la même idée : « Solvunt cum de ea [satisfactione] aliquid dimittunt » (dist. XVIII, c. 7); mais cette expression « commutatio paenae Durgatorit in huius saeculi satisfactionem », cette expression si bien frappée ne se retrouve pas chez lui, ni non plus dans Middleton. Or, elle est. chère à l’auteur du De potestate ligandi1. |

Au reste l’opuscule victorin, connu aujourd’hui sous le nom de De potestate ligandi, est parfois désigné sous des titres différents. Les manuscrits du moyen âge que j’ai pu relever en France donnent parfois ie titre actuel, tel un ancien manuscrit du xve siècle, d’origine alsacienne, appartenant jadis à l’abbaye de Sainte-Geneviève à Paris ?; tantôt celui de De forma ligandi, tel un manuscrit de l’ancienne abbaye des Célestins à Paris, aujourd’hui à la Bibliothèque de l’ArsenalS. Trithème‘ le nomme : « De potestate Petri» et comme il donne l’incipit : « Quodcumque ligaverts », on ne peut douter de l'identification. C'est sous le même titre d’ailleurs que l’opuscule est signalé par Possevin 5. Montfaucon parle d’un Liber paenitentialis ® attribué à Richard de Saint-Victor, que l’on conjecture généralement être le même ouvrage ?.

13. — Depuis Quétif-Échard, on connaît trois Sermons attribués à Richard, dont nous établirons l’authenticité plus loin, la démonstration demandant un trop long développement #.

? Voir les chapitres VI, VII, VIII, IX.

? CH. KOHLER, Catalogue des manuscrits de la Bibliothèque Sainte-Geneviève, Paris, 1893, t. I, p. 157.

* H. MARTIN, Catalogue des manuscrits de la Bibliothèque de l' Arsenal, Paris 1885, t. I, p. 161.

# TRITHÈME, p. 158.

5 POSSEVIN, Apparatus sacer, Cologne, 1618, t. II, p. 322 et p. 328.

* MONTFAUCON, Bibliotheca bibliothecarum manuscriptorum nova, Paris, 1739, t. I, p. 16.

7 Daunou, Richard de Saint-Victor, dans l'Histoire littéraire de la France, t. XIII, p. 487.

* Écnann, t. I, p. 384, et 386. — HAURÉAU, Notices et extraits de quelques manuscrits de la Bibliothèque nationale, Paris, 1892, t. IV, p.8, 10, 190, 195, 226.

DATE DES « QUAESTIONES DISPUTATAE » 27

Little a retrouvé dans un manuscrit d'Oxford un « Sermo

fratris Richardi de dilatatione sermonum. Inc. Quoniam aemulatores ?.,» Mais cette identification lui paraît conjecturale.

Au terme de cette longue enquête critique à travers les catalogues et les manuscrits, nous admettrons donc comme authentiques les œuvres suivantes :

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