ÏJ. — LE TERMINUS AD QUEM
1. — Il est certain que les Questions sont antérieures aux Quodlibeta. La place qu’elles occupent dans tous les manuscrits est un premier indice : elles les précèdent partout. D'ailleurs Richard lui-même, dans ces derniers, renvoie souvent à ses
Quaestiones disputatae. Ainsi dans le premier Quodlibet, question 12:
«Per quem modum hic fiat non est hic locus declarandi; maioris enim et prolixioris inquisitionis indiget : hanc autem quaestionem quae hic determinata est, perfectius determinatam invenies in meis Quaestionibus disputatis et hic ideo facilius pertransivi » (p. 18).
C’est au premier argument théologique de la question 39° que Richard fait allusion.
Dans la dernière question du premier Quodlibet, nous lisons encore :
« Sicut enim in una quaestione mea disputata fuit declaratum » (p. 29).
Plus nombreux sont les renvois aux Quaestiones disputatae, dans le second Quodlibet 3. Un passage est surtout intéressant,
1 Les « Quaestiones.… » dans Recherches, t. VI, p. 500-511. # Jbid., p. 511-513.
# Quodl. II, q. 1; p. 33, renvoie à Quaest. disp., q. 15. Quodl. II, q. 4; p. 34, renvoie à Quaest. disp., q. 35. Quodl. 11, q. 5; p. 40, renvoie à Quaest. disp., q. 17.
Quodl. II, q. 19; p. 61: « Quadam quaestione quam disputavi: utrum forma per quam homo reponitur in specie educatur per naturam de potentia
DATE DES « QUAESTIONES DISPUTATAE » 29
parce que notre docteur avoue que ses auditeurs ont abusé de sa Quaestio disputata 17° :
«Aliis tamen non videtur hoc oportere dicere, fundantes super unum quod ego dixi et declaravi, in quadam Quaestione quam disputavi, quae talis est: Utrum angeli imprimant formas corruptibiles in materia vel educantur per naturam de potentia naturae »; et il s’efforce de démontrer qu’on ne peut pas tirer de ses. paroles des conclusions téméraires (Quodl. II, q. 12; p. 47).
Le troisième Quodlibetum fait également allusion aux Quaestiones disputatae \. |
On pourra remarquer que le premier Quodlibet renvoie déjà à la seconde partie des Quaestiones disputatae.
La date des Quodhbeta nous fournit donc un terminus ad quem. Or, nous l’établirons plus loin, le premier Quodhbet doit se placer dans l’année scolaire 1284-1285. Les Quaestiones disputatae ne peuvent donc être rejetées au delà de cette date.
2. — Manifestement les Questions ont précédé la rédaction du Commentaire sur les Sentences. Richard écrit, en effet, dans ce dernier : |
« Muitos alios modos ludificationis possemus prosequi ex principiis. datis, qui in una quaestionum mearum disputatarum facti sunt à. »
La question 31° expose, en effet, d’autres modes d’illusion diabolique.
La simple comparaison des textes suggérait d’ailleurs cette conclusion 3%. Nous nous contenterons d’un exemple : la thèse de la pluralité des formes substantielles dans l’homme :
« Utrum in Adam fuerit aliqua forma substantialis cum anima intellectiva, quod etiam quaeritur de quolibet alio homine #, »
animae .» Les éditeurs des Quodlibeta renvoient au Quodl. I, q. 12, mais à tort : il s’agit clairement de la Quaest. disp., 38. Quodl. I], q. 21; p. 64, renvoie à Quaest. disp., q. 39 et à q. 9. 1 Quodl. III, q. 1; p. 87, renvoie pour les preuves à Quaest. disp., 1. et 2. Quodl. III, q. 9; p. 97, à Quaest. disp., a. 17. Quodl. III, q. 12; p. 105, à Quaest. disp., q. 31. Quodl. XII, q. 15; p. 119, à Quaest. disp., q. 6. 3 II Sent., d. VIII, a. 2, q. 3; p. 111.
* Voir l’article dans les Recherches de science religieuse, t. VI, 1916, p. 496. “II Sent., d. XVII, a. 1, q. 5; p. 218-228.
39 EEE INTRODUCTION CRITIQUE
. Le Commentaire résume, en la remaniant, la question 39° : « Utrum in homine sint plures formae substantiales. » Toutes les idées principales se retrouvent de part et d’autre: mais le Commentaire diffère de la Question, d’abord par l'ordre dans l’exposition, qui est beaucoup plus méthodique. Richard y distingue nettement les deux opinions opposées à la sienne, les réfute séparément avant d'exposer et de prouver sa propre théorie; dans la Question, au contraire, simultanément il réfute ses adversaires et démontre sa propre position, par des syllogismes fort compliqués et à la fin seulement il précise son idée.
Ensuite, et c’est la seconde différence, les Sentences se contentent de donner le squelette des arguments, tandis que la QOuaestio les développe largement, prouvant chacune des majeures et des mineures à grand renfort de raisons. En particulier, la réfutation de la seconde opinion adverse, celle de Gilles de Rome, est tellement succincte qu'elle devient difficile à comprendre sans le secours des Quaestiones. Remarquez la phrase énigmatique :
« Unde verbum Commentatoris, de substantia orbis, allegatum est, nisi intelligatur de forma completa. »
La pensée de Richard devient claire, si on lit, dans la Question, la réponse à la 22® objection (la 19° objection philosophique) :
« Ad id quod arguebatur 19° per Commentatorem, in libro de sub- Stantia orbis, dicentem quod si materia haberet formam, nullam aliam reciperet, nisi illa destructa; dico quod intelligendum est de forma repugnante ipsi formae introducendae, non de forma incompleta disponente: ad illam. Et quod ista fuerit mens Commentatoris videtur posse persuaderi per verba quae dicit alibi. » (fol. 157, c. 1).
Toutefois, la preuve de l’antériorité des Questions par rapport au Commentaire, intéressante pour le classement des œuvres de Richard, ne précise en rien la conclusion obtenue par la comparaison avec les Quodhbeta.
3. — L'examen des œuvres di confirme les résultats obtenus jusqu'ici.
Godefroid de Fontaines célébra son second Quodlhibetum
DATE DES « QUAESTIONES DISPUTATAE » 31
probablement en 1285, puisque le troisième appartient à l’année 1286 !. Or, la septième question semble bien dirigée contre Richard. Godefroid connaît, en effet, trois façons de défendre la pluralité des formes : la troisième est celle de. Henri de Gand, comme le ñotent justement les éditeurs ?. Mais la première représente bien la position de Richard $.