Nous lisons dans le Firmamentum
« Claruit autem Parisius circa annum Domini ducentesimum octogesimum. »
2. — Wadding précise davantage, dans ses Annales. I] écrit en effet, à l’année 1278 :
« Floruit autem hoc tempore Richardus de Media Villa. Certe Mediavillanus hic etiam anno 1283 Baccalareus adhuc erat Parisiis, ut ex illis actibus monebo !. »
Nous ne savons pas dans quelle source Wadding a trouvé cette date : 1l est à présumer cependant qu’il l’a recueillie dans quelque chronique, car il n’y avait aucune autre raison apparente de parler de Richard à cet endroit. D'ailleurs l’enchaînement des dates donne confiance. Nous croyons que la date de 1278 marque le début de son enseignement.
3. — Ce qui est certain c’est qu’en 1283 Richard était simple bachelier, jouissant déjà d’une certaine autorité et qu’il conquit la maîtrise entre 1283 et 1285. En effet, la Chronique des X XIV Généraux, composée vers 1369, raconte à l’année 1283 le procès de Jean Pierre Olivi, dont Richard fut un des juges et qualifie ce dernier de bachelier ?.
La censure des erreurs d’Olivi fut rédigée avant septembre 1283 %. Deux ans plus tard, en 1285, le condamné rédigea un long mémoire justificatif, daté de Nîmes et adressé aux :
« Reverendis in Christo Patribus fratri Arlotto de Prato, fratri
à l’époque de Richard et au début du xiv° siècle, voir J. DE GHELLINCK, Un évêque bibliophile au XIV® siècle, Richard Aungerville de Bury, dans la Revue d'Histoire ecclésiastique, t. XVIII, 1922, p. 489-490 et 500-508.
1 WADDING, Annales, t. V, ad annum 1278, n. 31, p. 55. À l’année 1283, n. 1, p. 121, il raconte la participation de Richard au procès de Pierre Jean Olivi. — Firmamentum, fol. XLI1, c. 2.
? Analecta, t. III, p. 374. Le même passage est reproduit dans la Chronique de Glassberger, dans Analecta, t. Il, p. 1o1.
* EHRLE, Oliui, p. 423. |
Richardo de Media Villa, fratri Drochoni, fratri Johanni Valensi, fratri Symoni, sacrae theologiae doctoribus, fratri Aegidio de Bays, fratri Johanni de Murro bacchalariis :. »
C’est donc dans l'intervalle, entre 1283 et 1285, que Richard conquit le grade de docteur.
4. — Nous possédons encore trois sermons de Richard prêchés le 21 novembre 1281, le 2 février 1283, et le 4 avril de la même année.
5. — Enfin les Quodlibeta furent tenus certainement en 1284-1285; 1285-1286; 1286-1287.
Que pouvons nous conclure de ces données convergentes ?
Thurot et Rashdall ? font remarquer qu’il y a, pour la fin du xrr1® et le commencement du xIv® siècle, une lacune dans les documents relatifs à la faculté de théologie. Dès lors, il est difficile de savoir à quelle époque se substitua au règlement de Robert de Courçon (1215)% le règlement qu’en 1335 on constate en vigueur depuis longtemps «abservata ab antiquo tempore *.»
D'après les statuts du cardinal de Courçon, les candidats devaient étudier pendant huit ans. Après cinq ans d’études théologiques, ils commençaient à enseigner sous la direction d’un maître : ils étaient bacheliers. Après trois nouvelles années, ils pouvaient se présenter pour obtenir la licence et leur reconnaissance comme magister solemnis ne dépendait plus que de la leçon inaugurale 5.
C'est à ce régime que fut encofe soumis saint Bonaventure. Que l’on admette la chronologie plus généralement reçue ou bien qu’on se rallie à la thèse de M. Pelz, dans les deux cas, entre le commencement de son enseignement du livre des
3 DupLessis D'ARGENTRÉ, Collectio iudiciorum de nouis erroribus, Paris, 1728, t. I, p. 226. Ehrie a réédité plus complètement cet intéressant document, mais en omettant l’adresse (EHRLE, tbid., p. 418).
3 THUROT, De l’organisation de l’enseignement dans l'Université de Paris, Paris, 1850, p. 134. — RAHSDALL, The Universities of Europe, Oxford, 1895, t. I, P. 462. |
3 DENTrFLE, Chartularium. t. I, p. 78.
* DENYFLE, Chartularium, t. Il, p. 691.
* FELDER, p. 211; RAHSDALL, tbid., p. 462-463.
Sentences et sa . au grade de mapgister cathedratus, on ne compte que trois ans !
Dans les temps qui suivirent, le Dombre des années d’études fut porté à quatorze ?. D’après le document de 1335, les religieux devaient d’abord entendre la théologie pendant cinq ans; la sixième année on leur permettait la lectura cursoria Bibliae, qui durait deux ans ; ensuite, après une leçon solennelle, ils commentaient les Sentences pendant deux ans. A la fin de cette deuxième année, ils étaient bacchalarius formatus, et en cette qualité n’enseignaient plus, mais se préparaient à la licence pendant quatre ans : ils étaient tenus de prêcher dans la faculté et de prendre part aux disputes.
« Item nota quod bacchalarii qui legerunt Sententias, debent postea prosequi facta facultatis per quatuor annos antequam licentientur, scilicet praedicando, argumentando, respondendo, quod verum est nisi papa per bullas vel facultates super hoc faceret eis gratiam .»
Alors ils obtenaient la licence et pouvaient célébrer leur Drincipitum ou leçon inaugurale en qualité de maîtres {. Si l’on suppose ce dernier ordre déjà en vigueur 5, nous
! FELDER, p. 226; E. G1iLsoN, Bonaventure, p. 17; F. PELZ, Literärhistorische Probleme in Anschluss an die Bonaventura Ausgabe von Quaracchi, dans Zeitschrift für hatholische Theologie, t. XL VIII, 1924, p. 500-532.
2 THUROT, t1bid., p. 133.
3 DeNrFLE, Chartularium, t. II, p. 692. Les faveurs pontificales n'étaient pas rares, comme on le voit dans le chartulaire. Voir aussi RAHSDALL, thid., p. 464.
* FELDER, p. 539. Sur les principia, au xiv* siècle, voir EHRLE, Der Sentenzenkommentar Peters von Candia, dans Fransiskanische Studien, Beiheft IX, 1925, P. 39-56.
5 C’est dans cette hypothèse que les dates établies ci-dessus se rangent le plus facilement, surtout si l’on attribue quelque valeur à la date de 1278 rapportée par Wadding. Ce qui complique cependant le problème, c’est que les statuts des Frères Mineurs établissaient un ordre dans les promotions, d’après les provinces. D’après le chapitre de Salzbourg (1282), le général, qui devait désigner chaque année les candidats pour la promotion, était tenu de suivre dans son choix l’ordre suivant : la première année le candidat devait appartenir à la province de France, la seconde et la troisième année à une province étrangère (FELDER, p. 362) : Item placet capitulo generali quod provincia Franciae habeat bacallarium pro legendis sententiis, Parisius, anno tertio, et duobus annis successive de reliquis provinciis Ordinis ; et similiter pro promovendis ad magisterium habeant tertium et duo sint de reliquis provinciis » (EHRLE, Constitutionen, p. 55). Dans l’hypothèse que le règlement de 1215 était encore en vigueur nous aurions le tableau suivant :
reconstituerions la carrière scolaire de Richard de la façon suivante :
12701277 | cursorius biblicus.
1277-1278 1278-1279 | 1279-1280 1280-1281 1281-1282 bachalarius formatus.
1284-1285 magister.
bachalarius sententiarius
Donc, en 1278, date assignée par Wadding pour le début de Richard, celui-ci commence à attirer l’attention par l'éclat de son enseignement, comme commentateur des Sentences. Devenu bachelier formé, il remplit les conditions préalables à la licence : il prêche le 21 novembre 1281, le 2 février et le 4 avril 1283; il est mêlé au procès d’Olivi; enfin, dans l’année 1284, il devient maître, et tient son premier Quodlibet en l’année scolaire 1284-1285.
Ce cadre chronologique une fois fixé nous pouvons reprendre nos investigations.
Les maîtres de Richard, au Sfudium parisien, ont été les Frères signataires de la déclaration magistrale de 12821: Dreux de Provins, qualifié de ministre de la province de France, auquel le sermonnaire de 1281-1283 donne le titre de régent en théologie ?; Simon de Lens, dont le cardinal Ehrle a découvert
1281-1282 cursor biblicus.
1282-1283 bacchalarius sententiarius.
1284-1285 devenu maître, tint son premier Quodlibetum.
Les dates pour le baccalauréat restent incertaines, s’il dut attendre son tour de promotion. Il faudrait aussi supposer qu’il prêcha, tout en remplissant les fonctions de professeur; ce qui n’a rien d’impossible, comme nous pouvons le conjecturer par des documents, il est vrai, postérieurs (voir DENIFLE, Chartularium, t. II, p. 699); mais, au total, la suite chronologique est moins satisfaisante.
1 Voir plus haut l'introduction, p. 39.
? Voir plus haut l'introduction, p. 58.
un commentaire sur le second livre des Sentences 1: Arlotto de Prato, dont l’activité littéraire nous est mal connue ? et qui devint ministre général en 1285.
À ces maîtres, ajoutons Jean de Galles, un des juges d’Olivi #. Ce docteur jouit d’une grande célébrité et on lui attribue nombre d'ouvrages : Wadding en compte jusqu’à vingt, mais tous ne sont pas authentiques. Son esprit était surtout porté vers les questions pratiques .
Le frère Guibert se trouvait également au Studium, déjà renommé par une Somme 5.
Un des meilleurs théologiens de l’époque, Matthieu d’Aquasparta, disciple de saint Bonaventure, exerça la maîtrise à Paris. On sait qu’il succéda, en 1281,à Jean Peckham, comme théologien du Sacré-Palais à Rome f, mais nous ne pouvons affirmer qu'il était encore dans la capitale française, au moment où Richard y commença ses études. De même, Guillaume de Ware enseigna certainement à Paris et avec grand succès ; il passa la plus grande partie de sa vie dans cette ville; on le dit disciple d'Alexandre de Hales et maître de Scot ?. Rien ne nous indique directement qu’il se trouvait encore à Paris, pendant les années de préparation de Richard. Guillaume de la Mare, le célèbre auteur du Correctorium fratris Thomae, fut, dit-on, disciple de saint Bonaventure. C'était un homme de valeur, avant tout un polémiste. On connaît de lui d'importantes Quaestiones
1 Voir plus haut, p. 39. — EHRLE, Studien der Handschriften, p. 26.
# Voir plus haut, p. 39; FÉRET, p. 394.
3 LITTLE, p. 143; FÉRET, p. 371.
* Voir plus haut, p. 58: FÉRET, p. 393.
5 Voir plus haut, p. 58.
$ UEBERWEG, p. 447; De Humanae cognitionis ratione, p. XIV: GRABMANN, Die Erkenntnislehre, p. 1-26. Sur les derniers ouvrages concernant Peckham, voir le Bulletin franciscain du P. ILDEKFONSE, dans les Études Franciscaines, t. XXXVII, 1925, p. 93.
7 SBARALEA, P. 331; LITTLE, p. 213; FÉRET, p. 395; EHRLE, Studien der Handschriften, p. 48; UEBERWEG, p. 435, 458. Le R. P. Fr. PELSTER, S. J., prétend que rien ne permet d'affirmer actuellement que Guillaume ait été le maître de Scot (Handschriftliches zu Skhotus, p. 1-32). — Voir aussi DANIELS, O.S.B., Zu den Bezichungen zwischen Wilhelm von Ware und oh. Duns Skhotus, dans Franziskanische Studien, t. IV, 1917, p. 221-238; P. BERNARD VoGT, Der Ursprung und die Entricklung der Franziskanerschule, tbid., t. IX, 1922.