AVANT-PROPOS IX
car si nous nous trouvons devant une simple conjecture de cet érudit, elle serait négligeable. Le nom de notre docteur ne peut fournir d’argument en faveur de son origine anglaise: d’une part, le prénom de Richard, bien que plus fréquent en Angleterre, se rencontre également en France; d’autre part, l’appellation de Media Villa ne prouve rien. Sans parler de Meïjavila en Catalogne, nous connaissons au moins trois localités françaises dénommées « Moyenne Ville ». Enfin le manuscrit d'Assise, n. 143, du xiv® siècle, porte cette note, substituée au texte primitif, qu’un grattage a fait disparaître : « Expliciunt tituli questionum primi scripti super Sententias magistri Ricardi de Media Villa, ordinis Minorum, provincie Francie et custodie Lotharingie ».
L'incertitude qui plane sur l’origine de notre docteur, nous ne nous la sommes pas dissimulée au cours de nos études. Néanmoins, malgré les doutes que nos recherches n’ont pu dissiper, nous n’avions pas cru devoir enlever à Richard le nom de Middleton, consacré par l’usage des érudits. Au surplus, aucun des faits relevés par le P. Lampen ne contredit directement, de son propre aveu, l’origine anglaise de Richard; ils démontrent seulement le manque d’arguments à l’appui de l'affirmation de Trithème. On pourrait ajouter que les localités françaises dites « Moyenne Ville » ont beaucoup plus de chance de traduire le nom latin, quand elles en ont eu un, de Mediana . Villa que celui de Media Villa. Quant au témoignage contenu dans la correction que présente le manuscrit d'Assise, et dont l'origine inconnue diminue fortement la valeur, il se borne à dire que Richard, au moins à une certaine époque, appartint à la province de France : ce qui ne préjuge en rien sa nationalité ; et de plus, l’anonyme n’a-t’il pas confondu notre Richard avec le Richard qui fut élu ministre provincial au chapitre de Metz en 1295? Ce sont les remarques du P. Lampen lui-même. Enfin, il nous semble probable que Trithème a consigné une . tradition plus ancienne. Car, tandis que l’abbé de Spanheim éditait son livre en Allemagne (1494), à Paris (1521) et indépendamment de lui, croyons-nous, Jean Mair ou Major reven-