Froissart, 11, 106; Wals., p
le pense bien, par les registres des paroisses qu'oi les pouvait convaincre de fraude. L'un des exacteurs menaça de recourir publiquement à un moyen d( contrôle qu'il avait l'infamie d'estimer plus simple e| pluscourt^ et plusieurs payèrent pour épargner à leurij filles cette honte. Mais un jour il osa faire plus qu( de menacer. ... Le père outragé dans la pudeur de soi enfant, tua le misérable*.
C'était un couvreur en tuiles du nom de VVat Wat-Tyler. Il entraîna facilement à la révolte ceu: d'alentour; et le mouvement se communiqua dJ proche en proche dans tout le comté de Kent, cettj terre si bien préparée par les prédications de Johi Bail, et dans les comtés du voisinage, Essex, Sussexj Surrey, Hertford, Cambridge, Suffolk, Norfolk, etcj Dans tous ces pays, depuis longtemps (les plaintes des parlements antérieurs et les ordonnances rendues sur leur demande nous l'ont révélé) il y avait des serfs fugitifs armés contre leurs maîtres, et même des hommes libres jetés dans la vie d'aventure par la dureté des lois contre les laboureurs. Les artisans des villes, compris dans les rigueurs de ces mêmes lois, faisaient cause commune avec les paysans; les apprentis quittaient leurs maîtres : ils accouraient de cinquante ou de cent lieues à la ronde, armés de bâtons, de haches, d'épées rouillées ou même d'arcs dé-
1. La capitation : « Non sine diris imprecationibus levari fecerunt. » Wals., p. 245 ; — Jean Leg et ses associés : Knighton, p. 263, et Ghron. de saint Alban, citée par Stow, Ann., p. 283 (Lond. 1631).
pourvus de flèches. Les trois quarts, dit Walsingham, ne savaient où ils allaient, ni à quelle fin; mais tous suivaient, et nul n'avait la liberté de rester en arrière : il fallait marcher sous peine de mort (mai 1381) (a). Quoi qu'en disent à cet égard les moines chroniqueurs, il est à croire que de tels moyens n'étaient pas nécessaires pour remuer les paysans. La levée de l'impôt avait répandu dans tout le royaume un mauvais vouloir et, sur plusieurs points, des résistances qui n'avaient besoin que d'un signal pour éclater en révolte. Les commissaires envoyés avec des pouvoirs spéciaux (trailbaston) pour réprimer les premiers mouvements, se trouvèrent fort empêchés au miheu d'un soulèvement si général. Plusieurs réussirent à se sauver; d'autres furent pris et mis à mort. Robert Belknap, président des plaids communs, qui était venu pour rétablir Tordre dans l'Essex, n'é- «liappa, dit-on, lui-même qu'en prêtant le serment (le ne plus tenir ses assises et en livrant les noms des jurés. On les décapita, on planta leurs têtes sur des piques; et après avoir pillé leurs maisons, les révoltés allèrent tous se jeter sur un beau manoir que le prieur de Saint-Jean, Robert de Haies, trésorier d'Angleterre, avait dans le comté : ils mangèrent et burent tout ce qu'ils trouvèrent dans les caves et dans le cellier, et saccagèrent le reste ^
Le principal rassemblement se fit dans le comté de
!. Stow, Ann.y p. 28^.
58 LIVRE DEUXIÈME. [138i;
Kent, et dès l'origine il manifesta hautement soi but et ses tendances, il ne s'agissait plus seulemeni pour les révoltés de la taxe et des exacteurs, mais d( leur propre état, et de la société tout entière. Un< même pensée les animait tous : mettre un terme ai vieil ordre de choses. Le roi était trop jeune poui qu'on l'en pût rendre responsable; ce fut sous sonpj tronage qu'ils placèrent leur insurrection. Ils disaient qu'il y avait trop de rois en Angleterre; qu'ils n'ei voulaient qu'un seul, le roi Richard. C*était dire qu'iW voulaient supprimer tous ceux qui avaient gouverna en son nom. Au début de leur soulèvement, ils gai daient les routes de Canterbury, contraignant toui ceux qu'ils arrêtaient à jurer fidélité au roi Richan etauxcommunes(les communes, c'étaient eux); et, pa^ une vieille habitude, reportant sur l'aîné des onch du jeune prince leurs ressentiments et leurs défiancesj ils faisaient jurer en même temps de ne prendre jamais pour roi personne du nom de Jean (nom du dm de Lancastre). Chacun devait s'engager en outre à h rejoindre à la première réquisition , à ranger ses con* citoyens dans le même parti , et à ne jamais souffrii d'autre taxe que l'ancienne taxe des quinzième (a).
Plusieurs des révoltés de l'Essex, conduits pai Jack Straw^ étaient venus se joindre à ceux de Kent* Se trouvant en nombre, ils se portèrent sur Cantei bury, où « toutes gens, dit Froissart, leur firent fête; car toute la ville étoit de leur sorte ». ils commencèrent par forcer la prison, d'où ils tirèrent John Bail
[1381] L'INSURRKCTION DES PAYSANS. 59
ils le voulaient faire archevêque sans plus attendre. L'archevêque Simon Sudbury leur était doublement dieux, comme le premier personnage de l'État et de lÉglise : de même que Thomas Becket autrefois, il réunissait les titres de primat et de chancelier. Le prélat se trouvant à Londres, ils donnèrent une pre-
mière satisfaction à leur rage en pillant son palais, buvant son vin, défonçant ses tonneaux, forçant ses parcs, et chassant son gibier, qu'ils tuèrent ou dispersèrent. Dans le sac du palais, tout en jetant les thjets les plus précieux par les fenêtres : « Ce chan-
t'iier d'Angleterre, disaient-ils, a eu bon marché de
f meuble; il nous rendra tantôt compte des revenus <r Angleterre et des grands profits qu'il a faits depuis le couronnement du roi. » (Lundi 10 juin) (a).
Wat-Tyler, John Bail et Jack Straw comptaient liors plus de cent mille hommes sous leurs ordres,
I le nombre en grossissait tous les jours. Ils avaient lancé des proclamations qui se transmettaient, non (le main en main, mais de bouche en bouche ; pi'oclamations dont les périodes rimées, tombant en < idence, retentissaient comme un tocsin dans les rampagnes. La noblesse, comme frappée de stupeur, n'essayait pas de lutter contre cet entraînement. Ils I esolurent de marcher sur Londres, où d'ailleurs ils
laient attendus : c'est là qu'ils donnaient rendezvous aux paysans de l'autre coté de la Tamise, se pro|)Osant d'envelopper ainsi la ville et de faire (^ue le roi ne leur pût échapper; non pour le perdre, mais
au contraire pour le mettre à leur tête. C'était au nom du roi qu'ils voulaient abolir tout l'ancien gouvernement, niveler la société : ils avaient juré, disait-on , de ne se point séparer qu'ils n'eussent exterminé tous les seigneurs (a).
Ils se mirent en marche le mardi (11 juin), et tout le peuple de Ganterbury avec eux. Ils prirent le chemin de Rochester, entraînant à leur suite la population des villages à droite et à gauche; et tout en cheminant, ils abattaient et « foudroyaient » comme une tempête les maisons des avocats, procureurs et autres officiers de justice, n'épargnant pas plus leur personne : car ils comprenaient les hommes de loi dans la haine qu'ils avaient vouée aux grands. Ils disaient qu'il n'y aurait pas de liberté tant qu'il en resterait un seul au monde, et ils jetaient au feu les chartes et les registres des cours, afin de détruire les droits de leurs maîtres avec les titres qui pouvaient en faire foi. Tout ennemis qu'ils étaient des seigneurs, ils avaient tellement l'habitude de voir en eux le caractère du commandement, qu'ils ne se crurent pas suffisamment conduits, s'ils n'en mettaient un à leur tête. Arrivés à Rochester, où on leur fit « grand 'chère » comme à Ganterbury, ils voulurent avoir pour chef J. Newton, chevalier, commandant de la ville. « Il faut, lui dirent-ils, que vous vous en veniez avec nous et que vous soyez notre souverain meneur et capitaine, pour faire ce que nous voudrons. » — « Le chevalier, ajoute Froissart, s'excusa moult bellement, et remontra plu-
sieurs raisons d'excusances, si elles pussent valoir; mais nenni; car on lui dit : « Messire Jean, messire Jean, si vous ne faites ce que nous voulons^ vous êtes mort. » Ce n'était point une vaine menace : J. Newton le vit bien, et il partit avec eux (a).
Ils reprirent donc le chemin de Londres^ abattant les maisons, coupant les têtes de ceux qu'ils réputaient ennemis. La princesse de Galles, mère de Richard, qui revenait à Londres, tomba dans leur troupe, et eut grand'peur pour elle et pour les dames de sa compagnie. Ils assaillirent en effet assez brutalement sa voiture; mais ils la laissèrent aller : s'ils voulaient gagner Richard, ils ne devaient pas insulter sa mère; et, poursuivant leur route au cri : « Le roi, le roi! » ils vinrent s'^établir sur une colline nommée Blackheath (la noire bruyère), à quelques milles de la capitale. Ils voulaient^ avant de faire le dernier pas, se rallier et se compter (1 2 juin) \
La terreur fut grande parmi ceux qui entouraient le roi. Le parlement était dissous, les lords dispersés; et il n'y avait pas plus de secours dans les oncles du prince : le duc de Lancastre se trouvait aux frontières d'Ecosse; le duc de Cambridge à Plymouth, déjàen mer, prêt à partir pour le Portugal ; et Ton disait que Ruckingham, récemment revenu de Bretagne, était pour les paysans. Le maire de Londres, W. Walworth^ fit fermer les portes du pont de la Tamise et y établit