Froissart, II, 107, et les historiens déjà cités
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des gardes. Mais quelle sécurité avoir, quand de nouvelles bandes arrivaient de l'Essex sur l'autre bon du fleuve, et qu'on savait d'ailleurs qu'en deçà di pont, derrière les gardes, il y avait, au sein même de Londres, trente mille hommes pour les révoltés? Ce n'était pas en effet seulement aux serfs^ c'était au menu peuple tout entier que s'adressait la révolte, John Bail, à Blackheath, reprenant la suite de ses sermons au milieu de deux cent mille hommes arméî pour les appliquer, choisissait pour texte, non une parole de l'ÉvangilC;, mais ce vieux dicton populaire qui battait en brèche la société^ en rapprochant soi état présent de ses origines :
When Adam dalfe and Eve span, Who whas than a gentleman?
Quand Adam bêchait et qu'Eve filait, Qui était alors gentilhomme?
« Tous les hommes, disait-il, ont été créés égaux pa la nature; la servitude a été introduite par l'injuste oppression de gens pervers, contre la volonté d Dieu : car si Dieu avait voulu créer des serfs, il au rait marqué au commencement du monde qui doi servir et qui doit être maître. Voici le temps que Dieu vous donne pour rejeter l'esclavage, et jouir de la li berté si longtemps désirée. Vous le pouvez, si vou voulez. Soyez donc hommes de cœur, et imitez, sana tarder plus, le bon père de famille qui, cultivant so champ, arrache et coupe les plantes nuisibles au développement des fruits. » Et il signalait à leurs
oiips les seigneurs d'abord ; puis les hommes de loi, , lires et juges; enfin tous ceux qui pourraient par la suite nuire à la communauté. A ce prix, il leur promettait paix et sécurité dans l'avenir. Les grands détruits, ils devenaient tous égaux en liberté, en noblesse, en puissance et en dignité.
Ces paroles transportaient la multitude. Ils eussent voulu donner à leur prédicateur toute la dépouille (le Simon Sudbury en une fois, les sceaux avec la primatie. Quant à eux pourtant, ils se fussent con-
ntés de moins, et dans leurs rapports avec la cour lis ne se posaient pas même en ennemis. Ils disaient (|u'ils étaient au roi et au noble commun (peuple) de r Angleterre; et ils envoyèrent leur chevalier à Ri-
liard pour l'inviter à venir conférer avec eux, protestant que tout ce qu'ils faisaient était pour lui, pour l'honneur du royaume. Depuis trop d'années, le pays était mal gouverné au détriment « du commun et menu peuple » par ses oncles et par son clergé, et notamment par l'archevêque de Canterhury , son chancelier. Ils en voulaient avoir compte (a). J. Newton passa la Tamise et fut mené au roi, qui
«' tenait dans la Tour avec la princesse de Galles, sa joère, le comte de Kent et Jean de Holland, ses frères utérins, nés du premier mariage de la princesse; les comtes de Salisbury et de Warwick, l'archevêque de Canterbury et le grand prieur de l'Hôpital, l'un ( liancelier, l'autre trésorier; plusieurs autres sei-
neurs, le maire de Londres et des notables de la
cité. Ce fut à genoux et d'un ton suppliant que chevalier remplit sa mission auprès de Richard. Il priait de venir à Blackheath, l'assurant qu'il y seray traité en roi, et réservant d'ailleurs à ceux qui l'en' voyaient le soin de s'expliquer sur le reste; il de] mandait avec instance quelques bonnes paroles rapporter, car il fallait qu'il retournât : ses enj fants, demeurés en otage^ en répondaient sur leul tête (a).
Le jeune roi allait montrer dans cette crise une décision, une présence d'esprit et une vigueur dignes du sang du Prince Noir. Il prit l'avis de ses conseillers, et malgré les remontrances du chancelier et du trésorier, fort opposés à ce qu'il allât trouver « cesu ribauds va-nu-pieds » (ribaldos discalciatos), ildéclaifl qu'il irait, non à leur montagne^ mais au bord de la rivière : « Qu'ils se rendent demain sur la Tamise, dit-il, et je leur parlerai \ »
Le lendemain, en effet, jour de la Fête-Dieu (13 juin), le jeune roi, ayant ouï la messe à la Tour, entra dans une barque avec les comtes de Salisbury, de Warwick, d'Oxford et de Suffolk, et plusieurs autres, et se dirigea vers le bord opposé de la Tamise. La multitude couvrait le rivage, tumultueuse^, bruyantC;, l'œil inquiet, le visage hagard, comme de gens affamés : ils n'avaient rien mangé que ce qu'ils avaient trouvé sur la route; et à Blackheath