Wals, p. 265; M. Evesh, p
clerc; mais c'était un plus grand danger d'être ren contré par eux avec une écritoire à la ceinture ; dans ce cas, on ne parvenait jamais à se tirer de leurs! mains. »
Un soulèvement si général, on le sentait bien, n( pouvait pas être l'effet d'un simple accident : on enj cherchait la cause; et chacun, jetant les yeux autoui de soi^ la trouvait, comme il arrive, dans les fautes d'autrui. On s'en prenait tour à tour à la mollesse du, haut clergé envers les lollards (partisans de Wicleff),] à l'orgueil et à l'impiété des grands ;, aux vices di peuple. Walsingham s'en prend à tous , principalement aux moines mendiants (il est bénédictin), et il invite tout le monde à la pénitence. On s'en prit surtout aux paysans , et si dans les premiers temps oi eut soin encore de les ménager, ce furent eux, comme les plus engagés dans la révolution, qui finirent par] payer pour tous les autres (a).
L'insurrection avait surtout sévi dans la région sudest de l'Angleterre. Les actes d'amnistie, par les exceptions mêmes qu'ils renferment^ signalent notam-j ment les comtés de Norfolk, Suffolk, Cambridge, Essex, Hertford, Kent, Sussex, Winchester et Som-j merset^ Toutefois, le retentissement s'en était fail sentir plus loin encore, et jusqu'aux frontières dul nord où était Lancastre, négociant une trêve avec lesj Écossais.
1. Voyez les actes du parlement de la cinquième année. Rot, Parli. m, p. 111-113.
Il était difficile sans doute que le contre-coup n'en fût pas éprouvé là où était le duc de Lancastre. Jean de Gand^ en effet, aux yeux de la multitude, était toujours comme l'âme damnée d'un pouvoir que Fintervention dominante du parlement n'avait pas rendu moins odieux aux classes inférieures ; et la faveur même qu'il n'avait pas cessé de montrer à Wicleff et à ses disciples, n'avait pas diminué de plus anciens ressentiments. Les révoltés, on l'a vu, l'accusaient hautement de vouloir se faire.roi; ils le comptaient au premier rang parmi les traîtres : c'était sa tête qu'ils demandaient avant toutes les autres, quand ils vinrent à Londres. Ils avaient dû se borner à l'exécuter en effigie et à brûler son hôtel; mais ils ne désespéraient pas de l'atteindre. Vaincus à Londres et déjà poursuivis partout, ils avaient conçu la pensée (le l'aller chercher jusqu'aux frontières d'Ecosse. Si Ton en croit Knighton, tel était leur acharnement contre lui, que les gens mêmes du prince n'osaient y tenir tête. Sa femme Constance, qui cherchait à le rejoindre, frappa vainement aux portes de Pomfret : ceux de Pomfret se seraient crus perdus s'ils se fussent hasardés à lui donner asile ; et elle dut faire vingt milles encore pendant la nuit, jusqu'à ce qu'elle arrivât en un lieu où elle eût plus de chance de rester cachée ' .
Au premier bruit du soulèvement, et avant que la
I Kiiig-hton, p. 2640.
nouvelle en vînt aux Écossais, Lancastre s'était hâti de conclure la trêve, abandonnant tout un territoire en litige; mais cela même ne lui donna pas 1( moyens de marcher contre l'insurrection. Ses proi près chevaliers lui firent défaut. Dans ce commui péril, chacun songeait à la défense des siens, et commi Lancastre les avait laissés libres d'y pourvoir, presque tous le quittèrent. Bien plus, à son retour el Northumberland, il trouva partout porte close. Le roj ayant donné ordre de tenir les villes bien fermées on observait la consigne contre lui-même. Le corni de Northumberland, son ancien ami, alla jusqu'à h signifier qu'il ne pourrait le recevoir en aucune plac( avant de connaître les dispositions du roi à son égare Comme les rebelles prenaient partout le nom ai roi en signe de ralliement, on disait qu'ils nagii saient que par ses ordres : on ajoutait même qu Richard avait sacrifié son oncle à leurs réclamations] et Lancastre apprenait en même temps que deuj bandes, de dix mille hommes chacune, marchaiei vers le nord, Tune par l'est, l'autre par l'ouest, pouj être plus sûres de n^ le pas manquer. Il se crut perdi En signant la trêve avec les Écossais, il leur avait di mandé un sauf-conduit pour les aller visiter au be| soin. Il en usa, et fut reçu à la frontière et mené Edimbourg avec un empressement et des honneun qui ne pouvaient que le compromettre davantage parmi les siens. Le bruit courut bientôt en Angleteri qu'il s'était donné aux Écossais. En plus d'un lieu.
Il renversa ses armes, tête en bas, comme d'un traître. L'impression fut tellement générale, qu'avant de revenir en Angleterre, il crut prudent d'écrire au roi pour savoir comment il y serait reçu. Le roi dut publier des lettres qui attestaient le zèle de son oncle pour sa personne , repoussaient les calomnieuses imputations des rebelles envers lui, et ordonnaient à tous de le tenir pour innocent. Comme ce n'était point nssez, Richard lui écrivit à lui-même, se portant fort outre ses diffamateurs, et l'autorisant à le venir trouver en armes, avec tel nombre de troupes qu'il lui semblerait nécessaire; et ce fut le comte de Northumberland que le roi chargea de lui faire escorte, et de lui recruter les archers et les hommes d'armes 'lont il pourrait avoir besoin pour sa sûreté (a).
La révolte, en effet, bien que réprimée, laissait encore le pays fort ému, comme la mer demeure agitée après qu'a passé la tempête. Les insurgés, on l'a vu, pour rendre leur cause plus imposante, avaient fait nurir le bruit qu'ils se levaient au nom du roi. Le ,t une Richard était demeuré jusqu'alors en tutelle : ri attaquant un gouvernement oppresseur, n'était-ce ;is lui qu'on allait délivrer? Plusieurs, en se jetant lans le mouvement, avaient eu la simplicité de le loire. Le roi dut expédier des lettres qui démentaient os allégations, ordonnant aux vicomtes, etc., dedis- ;per tous les rassemblements; et la terreur les fit es8er en général dans les pays où ils s'étaient formés. I.esplus compromis fuyaient dans les bois. Les hom-
mes de loi sortaient de leurs cachettes, tout disposés à prendre leur revanche sur ceux qui les avaient tant effrayés. Toutefois il y eut des villages qui, étrangers aux excès de la révolte, s'étaient réveillés au cri de la liberté^ et qui résolurent de la revendiquer même au péril de la vie. Ainsi les gens de Billerica (près de Hatfield) députèrent tardivement vers le roi, ne demandant pas moins que d'être libres comme les seigneurs. Les réclamations les plus justes prenaient un air de rébellion à la suite des événements qui venaient de s'accomplir, et la demande parut impertinente, quand partout l'insurrection jetait les armes. Le roi leur répondit durement^ et son oncle Buckingham fut envoyé avec Thomas Percy pour les réduire. Vaincus chez eux, ils se rallièrent au voisinage, cherchant à entraîner d'autres villes dans le mouvement; ils ne cédèrent qu'après avoir soutenu deux batailles (a) .
Ce fut le dernier et incontestablement le plus pur épisode de cette insurrection. Pour répondre en uni fois aux demandes de cette sorte et ne laisser à la révolte rien de ce qu'elle avait su obtenir, le roi publiî des lettres qui abolissaient toutes les chartes d'affran chissement récemment concédées (2 juillet 1381). C( qui n'empêcha pas qu'en bien des lieux le servage n( fût en cette année comme suspendu, les paysans refusant leurs services ou ne les voulant donner qu'i prix d'argent; et les maîtres durent temporiser, d( peur de provoquer des mouvements qu'ils n'eusseni
pas été capables de vaincre. Mais le gouvernement se promettait bien de leur prêter main-forte. Ce n'était point assez de reprendre à l'insurrection ses trophées, si on ne la mettait, par le châtiment des coupables et Tintimidation de tous les autres, hors d'état de les reconquérir; et, afin d'ôter aux populations Tidée que la révolte ait eu en vue l'affranchissement du roi, afin de leur ôter l'envie de se soulever en son nom désormais, c'est le roi lui-même qu'on mit en avant dans les plus tristes épisodes de ces exécutions. Richard donc se rendit dans l'Essex, et y établit son grandjuge Trésilian (président du banc du roi), pour faire enquête et faire justice. Les habitants vinrent pieds nus demander leur grâce, et ne l'obtinrent qu'à la condition de livrer les plus criminels. Un jury de vingt-quatre membres dut procéder à cette désigna- I ion. Plusieurs furent pendus, et quelquefois jusqu'au nombre de dix-neuf à la même poutre. En d'autres lieux, dans le comté de Kent et à Londres, les potences ne suffisant pas, on usa de la décollation. Mais le châtiment sembla trop peu apparent pour un crime si public : on revint aux potences (a).
La ville de Saint-Alban, quoique moins compromise grâce à la modération de ses chefs, n'en dut pas moins subir ces représailles; mais les mêmes hommes (|ui avaient retenu le peuple au temps de la révolte, Wilham Grindecobbe et d'autres, surent l'affermir aux jours de l'épreuve, et, pour un moment, tenir l'autorité royale en échec. L'oilicier du roi n'avait été
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reçu qu'en déclarant qu'il venait en ami ; et dès qu'i| voulut procéder, il ne trouva que des entraves. Il d( mandait qu'on lui désignât les coupables : le jury chargé de les trouver répondit qu'il n'y en avait pas il réclamait au moins la restitution des chartes enh vées au monastère : mais le peuple convoqué poui cela vint en telle masse, que l'officier n'osa point insister davantage^ de peur de les rejeter dans la révolte! Il dut recourir au guet-apens. Sentant dans ces dé^ monstrations la main des chefs populaires, il crui qu'avant de rien entreprendre il les fallait tenir; il donna donc ordre au bailli d'arrêter nuitamment et de lui amener sous bonne escorte, à Hertford,W. Grii decobbe et ceux qui avaient enlevé la pierre du pai loir de l'abbaye; et il n'attendit pas qu'on l'eût fail pour s'y rendre lui-même. Ce ne fut pas sans raison; Le peuple, apprenant le matin l'arrestation de set chefs, se souleva, jurant que pour un des prisonniei mis à mort il demanderait cent têtes. Celle de l'abbi n'eût pas été la dernière qu'on eût prise; il s'em^ pressa d'envoyer à Hertford et de faire suspendre procès commencé. Grindecobbe fut même renvoya sous caution : on comptait sur lui pour faire rendn les chartes. Que si les chartes n'étaient pas rendues il devait être, au retour, mis à mort*.
Cet incident provoqua un acte d'héroïsme, dont le récit est d'autant moins suspect que le héros est
1. Walsingham, p. 270-272. L'auteur se complaît dans ce récit.
moins goûté de riiistorien. Grindecobbe, « dont le cœur était endurci dans le mal,» ditWalsingham*, s'âdressant à la multitude : « Concitoyens, dit-il, qu'une liberté bien longtemps enviée a relevés d'une oppression invétérée, tenez ferme tant que vous le pourrez, ut ne vous inquiétez pas de ma peine : car si je meurs, je mourrai pour la cause de la liber é que nous avons icquise, m'estimant heureux de terminer ma vie par ce martyre. Faites donc aujourd'hui ce que vous auriez fait si hier, à Hertford, j'avais été décapité : car c'en était fait de moi, si Tabbé n avait rappelé ses écuyers, au moment même où ils m'accusaient devant un juge tout disposé à les croire 6t à verser mon
sang. »
Les habitants s'enhardirent à ces nobles paroles, et jurèrent de ne pas renoncer à leurs libertés. Ils ne re- <i;rettaient qu'une chose : c'était de n'avoir pas pris la tête de Tofficier du roi pour l'exposer au gibet, et ins- {)irer par là une terreur légitime à ces faux justiciers ! Ils gardaient donc leurs chartes, mais ils abandonnaient leur généreux concitoyen, qui fut ramené dans SI prison jusqu'au jugement du roi'.
Le roi vint en effet à Saint-Alban. Il fut reçu pro-
cessionnellement, ayant pour escorte mille archers et
mille hommes d'armes, et avec eux son justicier Tré-
ilian, qui porte la charge de ces cruelles poursuites.
1. a Gujus corjam in malo induratura fuerat. i Walsingham, p. 273.