‹ Richard II (volume 2)Chapitre 21 sur 92 · Wals., p · texte numérisé non relu

Wals., p

ner de la trompette, et, sans donner aux archers temps d'engager le combat, il franchit^ la lance ai poing, le retranchement, frappe, renverse et tue. Ei quelques instants, les paysans sont dispersés, Littesi ter pris; et l'évêque, après l'avoir dûment coi fessé et absous, le conduisit lui-même à la potenc( «montrant, dit Walsingham , toute sa mansuétui et sa piété, par le soin qu'il prenait de soutenir Ij tête du patient et de la préserver de tout choc, pendant qu'on le traînait sur la claie au lieu du supj plice (a). »

C'était là, ou sur le pont de Londres, parmi les sai glants trophées du bourreau, que les chefs de la ré] volte devaient bientôt se retrouver; et les violenl efforts de quelques-uns pour relever leur parti abattu] n'avaient fait que rendre leur cause plus odieuse e| leur sort moins regrettable. De toutes parts, lesnoblej menacés se ralliaient autour du jeune roi qui leui avait donné le signal et l'exemple. En trois jours] Richard avait compté sous ses drapeaux quarante mille hommes. Il les passa en revue sur cette même colline de Blackheath où l'on pouvait voir encore lei traces du grand rassemblement populaire ; et il pensait les mener au foyer primitif de l'insurrection, dans le comté de Kent, où de nouveaux mouvements lui étaient signalés : mais ces dernières tentativeî avortèrent, et une députation des principaux habitants s'empressa de venir apporter au prince la soumission du pays. On se borna donc à y envoyer des

justiciers : « Et la terre se lut devant eux, » dit en lyle biblique Walsingham^

C'était de la même sorte qu'on achevait à Londres la victoire remportée par Richard.

Dès le jour où Wat-Tyler fut tué, le maire de Londres avait fait crier dans toutes les rues de par le roi l'ordre de sortir de la ville à tous ceux qui n'en rtaient point originaires, ou qui n'y demeuraient pas depuis un an révolu ; quiconque y serait trouvé le lendemain dimanche, au soleil levant, devait être tenu pour traître et mis à mort. La plupart se dispersèrent, mais non pas tous. Ceux qu'on arrêta furent traduits devant le tribunal du maire, entre autres celui qui avait décapité l'archevêque. La mort cruelle (lu prélat avait fait une vive impression sur le j)Ouple. On le regardait maintenant comme un mart vr, et ses bourreaux comme des suppôts de l'enfer. < (lui qui l'avait décapité, dit Walsingham, saisi aussitôt du démon et frappé de folie, rentra chez lui, et H' suspendant au cou, par devant son épée, par derrière sa dague, il parcourait les rues et les places, criant qu'il avait tué l'archevêque. Au bout de quelques jours, il revint à Londres, disant qu'il venait chercher la récompense de son action. Il eut la mort pour récompense. « Et, continue le moine, tous c(;ux, soit de Kent, soit d'Essex, qui avaient porté la main sur l'archevêque, vinrent ainsi malgré eux,

1. Wals., p. 266; M. Evesh., p. 32. Froissart, II, 118, dit que le alla dans le pays de Kent.

mais par une force supérieure à leur volonté, si livrer eux-mêmes, faisant des aveux qu'ils n'étaiei pas maîtres de contenir. » Ils subirent presque tous Londres leur châtiment ^

On lit comparaître au même tribunal un des prinj cipaux chefs de l'insurrection après Wat-Ty 1er, Jacqu( Straw, le chef des bandes de l'Essex. On voulut saj voir de lui le secret de la conjuration. Condamné, n'avait rien à attendre de la miséricorde de son jugej mais le maire lui promit si bien de faire dire troii fois par an des messes pour le repos de son âmei qu'il se décida, dit Walsingham, à faire connaîtra toute la vérité. « Lorsque, dit-il, nous fûmes assemj blés à Blackheath et que nous résolûmes d'y appel le roi, notre dessein était de faire périr tous 1( grands de sa suite, de le prendre et de parcourir av( lui le pays, appelant tout le peuple à se joindre à noui sous ses auspices. Et quand nous aurions réuni ui foule assez considérable , nous aurions massacré les seigneurs qui eussent pu nous faire résistance, particulièrement les chevaliers de l'Hôpital ; puis touî les clercs possessionnés, évêques, moines, chanoines^ curés des églises, ne laissant vivre que les mendiants : ils eussent suffi pour célébrer les offices ei administrer les sacrements à tout le monde. Nous aui rions fait des rois : Wat-Tyler dans le comté de Kent, et d'autres dans les autres comtés. Mais l'archevêqui

1. Wals., p. 267; M. Evesh., p. 30; et les vers sur la mort de l'archevêque. Political poems and songs^ 1. 1, p. 228.

ayant tait manquer le complot (en détournant le roi d'aller à Blackheath), la haine s'accrut contre lui , et Ton eut hâte de le faire périr. Le soir du jour où fut tué Wat-Tyler, comme le peuple de Londres et surtout les plus pauvres étaient pour nous , nous voulions mettre le feu aux quatre coins de la ville et nous en partager le butin \ »

Voilà ce qu'il déclara (( sur son salut, » et tous les autres chefs, dit Walsingham, tirent la même confession. Ces aveux sont-ils bien authentiques, et l'histoire n'a-t-elle pas enregistré comme chose avérée les rumeurs répandues dans le public au jour des représailles? Ce qui laisse entrevoir au moins un fond de vérité parmi ces exagérations, c'est la conduite des insurgés pendant toute la durée de ces troubles. Partout c'est la guerre aux seigneurs, la guerre aux gens de loi, la guerre à tous ceux qui, par quelque moyen et à quelque degré que ce fût, coopéraient à leur servitude. Ils avaient, par exemple, une telle horreur pour les chartes, ces instruments de droit oii l'on stipulait bien moins souvent leurs franchises que leurs obligations, qu'en plusieurs lieux ils contraignirent les maîtres d'école à jurer de ne plus instruire les enfants, de peur que, sachant écrire, ils ne servissent à les rédiger. Ils faisaient périr avec ces documents ceux qui pouvaient être employés à les récrire. « Il était dangereux, dit Walsingham, d'être reconnu pour

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