‹ Richard II (volume 2)Chapitre 24 sur 92 · LE PARLEMENT DE · texte numérisé non relu

LE PARLEMENT DE

L'insurrection de 1381 avait eu le sort commun de bien des mouvements populaires. Née d'une aspiration légitime vers des droits méconnus, elle s'était laissé emporter elle-même à l'oubli des droits les plus sacrés; provoquée par des abus criants, elle les avait dépassés par ses violences, et elle en avait porté la peine. Ce n'était point le crime de tous, sans aucun doute , et la masse se fût contentée d'obtenir des réformes : le plus grand nombre des paysans amenés à Londres par Wat^Tyler en étaient partis heureux des chartes qui leur avaient été octroyées; et les bandes de Littester n'en demandaient pas davantage : mais les chefs voulaient un bouleversement; et il était arrivé ce que l'on voit communément aussi : la répression de leurs excès avait entraîné l'abolition des libertés accordées, et des rigueurs dont les coupables ne furent pas seuls victimes.

Cette réaction violente ne fut pas du reste l'œuvre exclusive des conseillers du roi : le parlement s'y associa pleinement et la fit sienne. Le roi l'avait convoqué dès le 16 juillet pour le 14 septembre; mais réunion fut ajournée au 2 novembre, et elle failli! commencer mal. Lancastre, revenu d'Ecosse^ avail accusé Nortbumberland de rébellion à son égard. Northumberland, appelé devant le roi, parla avec tani de hauteur^ que Richard le fit arrêter, et ne lui rendit la liberté que sous la caution des comtes de Warwick et de Suffolk, et à la charge de se représenter] devant le parlement. Les deux rivaux étaient venus Westminster avec de nombreuses troupes. Londres avait fait au comte grand accueil, mettant tout à li disposition de ses gens. Le duc (tant les haines contrf lui étaient vives encore) n'avait pas même osé y de* meurer. Les seigneurs, arrivant, prenaient parti poui l'un ou pour l'autre. On craignait un conflit, et là] multitude l'espérait : indifférente à la querelle des lords , mais comptant bien y trouver l'occasion d( venger ses propres chefs décapités, traînés sur la clai( et pendus par les officiers du roi. Mais le roi inter-^ vint : il fit grâce à Northumberland, en exigeant qu'il s'excusât auprès de Lancastre, et l'on s'occupa des affaires \

La première qui fut soumise au parlement, ce fut celle des libertés. Après le discours de l'archevêque

1 . Querelle de Lancastre et de Northumberl. Wals., p. 279, 280. — Parlement de Westminster , 2 novembre 1381, Rot. Pari., 1. 111, p. 98.

[1381] l'insurrection DES PAYSANS. 107

lu de Canterbury, chancelier, Hugh Segrave, trésorier, chargé d'exposer plus particulièrement les motifs de la convocation, l'y comprenait en termes formels. Le roi, pour apaiser Fémeute, avait dû, contre la loi du pays, donner des chartes de rémission. Il les avait révoquées de l'avis de son conseil, dès qu'il avait recouvré le libre usage de son pouvoir. Avait-il bien fait, oui ou non? Les lords et les communes étaient invités à le dire : « Car, ajoutait le ministre, .^i vous désirez affranchir et mettre en liberté lesdits natifs (serfs) de votre commun assentiment, comme il a été rapporté au roi qu'aucuns de vous le désirent, le roi consentira à votre prière. » Ainsi la question était tout entière aux mains du parlement; et de nouvelles assurances en furent données à l'assemblée quand le roi, sans doute pour lui complaire, eut remplacé le chancelier qu'il avait nommé de lui-même après la mort de Simon Sudbury, et qui avait ouvert la session, [)ar Richard le Scrop, déjà chargé des sceaux au parlement de la deuxième année (Glocester, octobre 1 378) . La réponse ne se fit pas attendre. Sans plus délibérer, tous, prélats, barons, chevaliers, citoyens et bourî^eois, répondirent d'une même voix que la révocation < tait bien faite, et la concession primitive nulle, ittendu qu'on ne pouvait mettre en liberté les serfs sans le consentement de ceux qui y ont intérêt : « Or, ajoutaient-ils, nous n'y avons jamais consenti de bon gré ni autrement, et nous ne le ferons jamais, dussions-nous mourir tous en un jour! » Cette

108 LIVRE DEUXIÈME. [i

révocation des chartes^ que le roi n'avait faite qu'en son nom et par simple ordonnance^ ils le priaient de la publier de par l'autorité du parlement. — Si quelqu'un avait vraiment exprimé au roi des sympathies pour la cause des libertés, il garda le silence ; le pro cès-verbal constate l'unanimité de la décision (a)

Les paysans ainsi remis en servitude comme pai un vote de question préalable, le parlement s'empari de leurs plaintes , et se fit de leurs griefs un instru ment pour battre en brèche et envahir ce qui restait de pouvoir aux mains du roi. Le roi, quoique éman cipé de droit dès Torigine , n'avait pas encore gou veiné. Mais il commençait à grandir^ et il avaii montré dans les derniers troubles s'il était capable d résolution et de conseil. Plus le moment de son émaa cipation réelle approche, plus le parlement lui veu mettre d'entraves pour remplacer les liens que l temps allait rompre.

Les communes demandèrent d'abord qu'on leu adjoignît, pour délibérer, un certain nombre de pré lats et de seigneurs choisis par elles ; c'est une chos qu'on ne leur refusait plus, et elles désignèrent, comm toujours, les plus considérables ^ Elles auraient voulu en outre, que les lords, les prélats et les juges^ et chacun selon son^ état, exprimassent avant tout leu

1. Lg duc de Lancastre et le comte de Buckingham , oncles di roi; les évêques de Winchester, de Norwick, d'Exeter; les comtes de Warwick, d'Arundel, de Suffolk, de Northumberland; les lords Nevil , Glifford , Willoughby, J. de Gobham , Richard le Scrop,, chancelier, Gui de Brian.

avis , et que cet avis fût apporté aux communes « afin que bon remède fût ordonné. » Mais les lords opposèrent à cette demande l'ancien usage^, à Ravoir : que les communes fissent d'abord connaître leur sentiment: usage qui, s'il s'était maintenu, leur eût bientôt assuré la prééminence; car, entre pouvoirs égaux, l'avantage est évidemment à celui qui a l'initiative. Mais les communes n'étaient pas encore regardées comme un pouvoir : elles avaient à exprimer une opinion, adonner un consentement, la décision était ailleurs. C'eût donc été déplacer les rôles que d'intervertir l'ordre ancien ; les lords eussent paru, parlant les premiers, présenter la requête: ils tenaient à en demeurer les juges. Ils refusèrent et l'on n'in-

, sista pas \

f Les lords que les communes s'étaient adjoints, donnaient à l'avance aux résolutions de ces dernières le patronage de la chambre haute. Elles revinrent en parlement, et^ s'appuyant de Tavis conforme de ces seigneurs, elles déclarèrent que si le gouvernement d u royaume n'était amendé sans retard, le royaume serait perdu et détruit pour toujours : et elles cherchaient le principe du mal dans le mauvais gouvernement du roi et de son hôtel. Elles signalent « l'outrageux nombre de familiers qui remplissent sa maison ; les abus de ses cours : chancellerie , banc du roi y banc commun, Échiquier; les mainteneurs et brasseurs de

1. Lords adjoints aux communes. Hot. Parl^ t. III, p. 100, g Ik. - Quesiion d'initiative. Ibtd., % \6.

no LIVRE DEUXIÈME. [13811«|

querelles, qui sont comme rois dans le pays et n'j*' laissent plus ni droit ni loi pour personne ; les pourvoyeurs de l'hôtel qui pillent toute la contrée, et d'autres qui, à leur exemple , se font donner vivres et charrois sans payer davantage ; les tailles, les subsides qui ruinent le royaume sous prétexte de laHi mettre en défense, sans qu'il soit mieux protégM contre les incursions et les ravages de l'ennemiB C'était là ce qui avait amené le soulèvement des gens du peuple : et il fallait craindre pis encore , si on n'y pourvoyait de remède. Les communes priaient donc le roi et les seigneurs d'y travailler efficacement : de révoquer les mauvais officiers ou conseillers pour les remplacer par de meilleurs ; de supprimer les abus qui avaient causé les derniers troubles , et de placer autour du roi , pour lui servir de conseil, les hommes les plus capables et les plus honorés du pays '.

Richard prit l'avis des seigneurs , et donna son assentiment à la demande. Il fut déclaré qu'une commission serait nommée pour faire enquête sur le gouvernement de la personne du roi et de l'hôteL Les pouvoirs s'étendaient à tous et à tout : « car, fut-il dit au parlement, pour faire une bonne réforme il faut commencer au principal membre , et puis de personne en personne , si bien de sainte Église comme autres, et de place en place , du plus

Page 1