PHILIPPE ARTEVELD
Une insurrection, qui d'abord semblait répondre aux vœux de l'Angleterre, avait provoqué ce résultat.
La Flandre, si étroitement unie à l'Angleterre par Jacques Arteveld, avait été rapprochée de la Fraïice par les sympathies toutes personnelles de ses comtes. Louis ?% oubliant les griefs de Gui de Dampierre contre Philippe le Bel^ s'était attaché à Phihppe de Valois. Louis II, sollicité par Edouard III de donner l'héritière de la Flandre en mariage à l'un de ses fils, l'avait mariée au duc de Bourgogne; et ce pays, si nécessaire à l'Angleterre, se voyait déjà entraîné dans la politique de la France. En de pareilles conjonctures, la révolte de Gand, à l'instigation de Jean Hyoëns (1379), ne devait pas être mal vue des Anglais; et ils devaient, ce semble, y applaudir encore plus, quand la révolte, après la mort de J. Hyoëns, raffermie par la vigueur de Pierre Dubois, l'un des serviteurs de ce dernier, fut placée par lui sous la direction de Philippe Arteveld, fils du grand ami de l'Angleterre (1382). Les Flamands, en toute circonstance, témoignaient de leur attachement pour les Anglais. Lorsque les Gantois prirent Bruges, d'où le comte eut tant
de peine à s'échapper, des mesures toutes spéciales mirent à couvert du pillage les marchands anglais qui demeuraient dans la ville. Il y avait peine de mort pour quiconque serait convaincu de leur avoir fait dommage. Un marchand anglais s'étant plaint qu'on ( ùt brisé son comptoir, sans pouvoir désigner le coupable, le capitaine de Gand à qui il s'adressa lui donna comme dédommagement son propre cheval : un cheval , dit l'historien , qui valait dix fois son comptoir (a). ,
La France et l'Angleterre étaient donc rappelées sur <'('t éternel champ de bataille. Le comte chassé s'adressait à la France. La France pouvait-elle se dispenser de lui venir en aide, et l'Angleterre de soutenir les révoltés? La France n'hésita point; et le jeune Charles VI se jeta dans cette guerre avec tout l'emportement de son âge. L'Angleterre se hâta moins ; et il y avait en effet une circonstance aussi propre à paralyser son intervention qu'à précipiter celle de la France : c'est l'impression que produisait au loin cette insurrection victorieuse. En France, en Angleterre, tous les yeux étaient fixés sur Gand. C'était l'espoir des Maillotins mal soumis à Paris, et de cette nombreuse population qui naguère à Londres avait reçu Wat-Tyler et les yjaysans comme en triomphe \ Les
1. « Or regardez, dit Froissart, la grand'diablerie que c'eût été si le roi de France eût été déconfit en Flandre, et la noble chevalerie qui étoit avecques lui en ce voyage. On peut bien croire et inia-' giner que toute gentillesse et noblesse eût été morte et perdue en France, et autant bien es autres pays; ni la Jacquerie ne fut onc-
je eler .
oncles de-Charles VI, et notamment le duc de Bour gogne, gendre du comte de Flandre, n'eurent donc^ pas de peine à y entraîner le jeune roi. La politique était d'accord avec son ardeur naturelle pour une première campagne : c'était à Gand qu'il fallait frapper les mécontents de Paris. Les oncles et les conseille de Richard hésitaient davantage à le pousser dansu guerre où il fallait faire cause commune avec l'insurrection. La révolte en Angleterre était à peine comprimée , et elle grondait encore sourdement sous les rigueurs qui l'avaient accablée. Naguère, on se le rappelle, lors de la querelle de Lancastre et de Nor ihumberland au parlement de Westminster, on ava vu la populace impatiente de les voir aux prises, da la pensée d'y trouver l'occasion de venger les su pliciés. En maints cantons, les serfs opposaient au: réclamations des maîtres une résistance qui, si 1 maîtres n'eussent usé de ménagement, eût pu cess d'être passive ; et le parlement qui suivit l'insurreci tion, tout en demandant amnistie pour les coupables; avait dû prendre de nouvelles mesures contre le mouvements que l'on redoutait encore. Le statut d la cinquième année contenait un article spécial, q
ques si grande ni si horrible qu'elle eût été; car pareillement à Reims, à Ghâlons, en Champagne, et sur la rivière de Marne, les vilains se rebelloient et menaçoient jà les gentilshommes, et dames et enfans qui étoient demeurés derrière ; aussi bien à Orléans, Blois, à Rouen, en Normandie et en Beauvoisis, leur étoit le diabl entré en la tête pour tout occire, si Dieu proprement n'y eût pourvi de remède, ainsi comme orrez recorder ensuivant en Thistoire. (Froissart, II, 187.)
1382J L'INSUBREGTION DE FLANDRE. 141
faisait des rassemblements de paysans un crime de trahison : « Tout sujet fidèle, dit Walsingham, étai-t autorisé à les arrêter et jeter en prison quand on en trouvait plus de six ou sept réunis. » Or, si peu de ressemblance qu'il y eût eu entre Tinsurrection communale de Gand et le mouvement révolutionnaire des paysans d'Angleterre en f381, il suffisait qu'elle triomphât pour faire éclater la sourde irritation qui fermentait dans la masse*.
En Flandre on ne soupçonnait point ces craintes^ et on comptait absolument sur Tx^ngleterre. Philippe Arteveld, dès le commencement de la lutte, avait appelé et vu accourir à son appel deux cents Anglais de la garnison de Calais. Lorsque le comte, chassé de Flandre, eut cherché un refuge et un appui auprès de Charles Yl, le chef de Gand, menacé des forces de la France, avait trouvé tout naturel de s'adresser à Richard : c'était suivre l'exemple de son père, et, on le peut dire, le penchant de son pays. Arteveld ne pouvait point douter que l'Angleterre ne vînt en aide à la Flandre. La Flandre lui était trop nécessaire et dans la guerre et dans la paix : c'était la sauvegarde de Calais, et le principal débouché des laines anglaises. Il en doutait si peu, que les députés qu'il envoya au delà du détroit devaient, avant de solliciter l'appui de l'Angleterre , réclamer d'elle l'acquittement d'une
1. Nouveaux symptômes de troubles en Angleterre. Voy. ci-dessus, p. 116, avec la note correspondante à la fin de ce volume, etWals; p. 281, 282.
ancienne dette de 200000 écus, contractée pa Edouard III envers Jacques d' Arteveld. Les députés, a nombre de douze, furent bien reçus à Calais, envoyé à Douvres sans plus de retard, puis à Londres, e partout fort bien accueillis du peuple. Le nom d'un ville qui s'était si bien comportée et avait chassé so seigneur, leur attirait toutes les sympathies. Ils réu sirent moins auprès du conseil quand ils vinrent fai leur réclamation d'argent. « Avez-vous pas vu ces Flamands? se disaient les seigneurs après qu'on les eut congédiés. Ils demandent à être confortés et ils disent qu'il leur besogne (qu'ils en ont besoin); et avec tout cela ils demandent notre argent! » Cette démarche était bien propre à refroidir le zèle à leur égard; mais ils n'insistèrent pas, et il y avait dans la question un intérêt si capital pour l'Angleterre, qu'il pouvait bien faire oublier leur maladresse (a).
Le parlement venait d'être réuni aux octaves de la Saint-Michel (1382), et il s'ouvjait avec des dispositions peu favorables au roi. Richard ne s'était point seulement affranchi de l'influence de Lancastre en ajournant la guerre d'Espagne; il s'était émancipé vis-à-vis du parlement lui-même, en remplaçant de son propre chef le chancelier nommé à l'avant-dernier parlement; et il l'avait fait en des circonstances qui rendaient le grief plus sérieux. Le parlement, on se le rappelle, lui avait voulu interdire toutes largesses, tant qu'il aurait ou des dettes ou des charges de guerre, ce qui les ajournait pour longtemps. Richard n'avait
point accepté ces entraves; mais il avait promis d'être discret dans ses dons et de prendre avis de son conseil; or cette promesse n'avait point été fort strictement tenue. Le jeune roi avait pour ceux qui l'entouraient des bontés imprudentes , comme d'un enfant qui ne sait pas compter. Les fiefs qui revenaient à la couronne ne faisaient guère (au dire de Walsingham, il est vrai) que passer par ses mains; et ce n'était pas toujours des plus grands services rendus à l'État qu'ils devenaient la récompense. Le chancelier Richard le Scrop, l'homme du parlement , voulut s'opposer à ces aveugles libéralités ; et un jour il refusa d'apposer aux chartes de donation le sceau du roi. C'en fut assez pour le perdre. Les courtisans signalèrent dans ce refus un mépris de l'autorité royale. Richard lui ôta les sceaux pour les donner à Tévêque de Londres : destitution qui devait être vivement sentie du parlement quand il se rassembla; car l'usage établi pendant la minorité était que le chancelier, comme les grands officiers, fût nommé en parlement et ne pût être, sans grave motif, remplacé dans l'intervalle des sessions : or c'était pour avoir voulu faire respecter l'un des vœux des communes que Richard le Scrop avait dû résigner son office (a) .
Le mercredi 8 octobre, le parlement se trouvant on nombre, l'évêque de Londres, chancelier, exposa les motifs de la convocation. Il s'agissait surtout de deux choses : V prendre des mesures contre le retour de
144 LIVRE TROISIÈME. [1382] j
rinsurrection : « car, disait-il^ les rebelles et autres | malfaiteurs qui sont encore en chaque pays du ■ royaume, sont mieux appris et appareillés, s'ils trouvaient temps et lieu convenables, à recommencer leurs méfaits et révoltes; » 2"" pourvoir à la défense extérieure du pays : car la trêve allait finir avec l'Ecosse; les troupes laissées en Portugal avec le comt de Cambridge étaient en péril, et les communes d Flandre invoquaient l'Angleterre à l'appui de leur in surrection menacée*.
Ces derniers points, après que le parlement eut été constitué selon l'usage, furent particulièrement repri et développés au nom du roi par l'évêque de Hère ford, substitué peut-être dans cette mission délicat au nouveau chancelier, comme moins mal vu de communes. Tout le monde convenait qu'il était bo de proroger la trêve avec l'Ecosse. Quant à la guerre," deux chemins se présentaient ouverts, disait le prélat en quelque sorte par Dieu lui-même : d'un côté, 1 Flandre, dont l'alliance devait être si utile contre le ennemis de l'Angleterre; de l'autre, le Portugal : « car ajoutait-il, si Monseigneur d'Espagne (c'était le titr affectionné de Lancastre) y va en force suffisante, i sera roi d'Espagne; et si Dieu le fait réussir, « le de « meurant de nos guerres sera tôt mis à fin. » Un te résultat méritait bien qu'on fît quelques sacrifices : et le duc de Lancastre réduisait ses premières propo
1. Parlement de la 6^ année (6 octobre 1382); Rot. Pari, t. III, p. 132, § 1 et 2. — Exposition du chancelier, ibid.., $ 3.
sitions : il ne demandait plus que 43 000 1., pour le même nombre d'hommes, deux mille hommes d'armes et deux mille archers pendant six mois, s'obligeant toujours à rembourser le trésor dans les trois ans, c( ou en monnaie ou en service, au choix du roi. » De plus, pour Tune et l'autre entreprise, la nation avait un secours inespéré.
L'Angleterre et la France étaient divisées sur la question delà papauté comme sur tout le reste. La France étant pour Clément VII, les Anglais n'avaient point hésité à se déclarer pour Urbain VI. Or le pape Urbain VI avait prêché une croisade contre les clémentins, c'est-à-dire contre la France et ses alliés, l'Espagne et l'Ecosse ; en d'autres termes, contre les ennemis de l'Angleterre. C'était donc à l'Angleterre à y répondre; et le pontife ne s'était point borné à l'y attirer par des indulgences : « Car bien savoit que les nobles d'Angleterre, pour toutes ses absolutions, ne chevaucheroient point trop avant, si l'argent n'alîoit devant; car gens d'armes, ajoute l'historien, ne vivent point de pardons : ils n'en font point trop grand compte, fors au détroit de la mort. » A ses bulles le pape avait donc joint l'octroi d'un décime à lever sur l'Eglise; et il se flattait que TEglise faisant le fond de l.i contribution^ les fidèles, par l'attrait du pardon, la grossiraient assez de leurs aumônes pour que l'argent sufttt à deux expéditions à la fois : l'une contre la France et l'autre contre l'Espagne. Contre la France : il ne demandait qu'une chose, c'est que l'Église
payant^ l'expédition fût conduite par un cuef d'Église. Or il y en avait un tout désigné pour cette mission, par l'étrange façon dont il savait allier l'humeur militaire au caractère épiscopal : l'évêque de Norwich, ce prélat guerrier, qui, dans la dernière insurrection, avait si bien su, cumulant tous les rôles , battre et juger, confesser et absoudre, et, selon l'expression anglaise, « lancer dans l'éternité ». Contre l'Espagne : le chef en était tout trouvé, c'était le « pieux » duc de Lan castre.
L'évêque de Hereford annonça les deux croisades au parlement, comme une grâce du ciel en pareille circonstance, et le pria d'y aviser pour le bien du royaume \
Les communes s'étant fait adjoindre, comme d'habitude, ceux des prélats et des lords qui avaient leur confiance, se retirèrent au lieu affecté à leurs délibérations, dans l'abbaye de Westminster; et, prenant en considération les dangers du royaume, elles accordèrent un subside d'un quinzième et d'un dixième, comme elles l'avaient accordé autrefois (un dixième dans les villes et les bourgs, un quinzième au dehors), entendant bien qu'on l'employât exclusivement à la défense du pays. Quant à la manière de l'employer, elles ne voulaient rien prescrire; seulement elles
1. Discours de lévêque de Hereford^ Rot. Pari. t. III, p. 133, § 9-13. — Les deux croisades. Fioissart, II, 207; M. Evesh., p. ^1. «En queux viages homme avéra aulielle remission et pardon en toutes choses come auront en viage fait sur la Terre sainte. (Discours de l'évêque.) Rot. Pari., t. III, p. 134, § 13.
exprimaient des vœux. Et d'abord elles recommandaient de bien veiller à la frontière d'Ecosse : car si la guerre se renouvelait de ce côté, comme il en était bruit, (c ce serait, disaient-elles, la plus forte et la plus mauvaise guerre qui nous pourrait avenir; » et elles demandaient que l'évêque de Durham, le comte de Nortbumberland, les sires de Nevil et de Clifford demeurassent en leur pays pour garder la frontière; que le roi même et la reine allassent de leur personne à York, jusqu'à ce qu'on fût assuré d'une plus longue trêve et qu'on sût les intentions des Écossais. Quant à la guerre du dehors^ elles étaient d'avis que la croisade octroyée par le pape à l'évêque de Norwich fût mise à profit pour alléger les cbarges de l'armée et aider le roi à recouvrer son héritage. Elles y voyaient un moyen d'assurer l'alliance de l'Angleterre avec la Flandre, alliance nécessaire au roi et au royaume, et que l'on pourrait perdre si les Flamands n'étaient hâtivement secourus. Elles . y trouvaient en même temps un puissant secours, le et pour l'Angleterre en Gascogne et pour Lancastre en Espagne : car les Français, ayant à se défendre en la Picardie, devraient retirer leurs troupes de Caser, cogne et renoncer à aller en Castille, où Lancastre les aurait toute liberté de conquérir son royaume. Aussi les communes priaient-elles le roi de donner temporairement à l'évêque, avec une somme convenable pour commencer le voyage, tout pouvoir sur la frontière de Calais, où il lui serait plus facile de recueillir
ceux qui viendraient, soit d'Angleterre, soit du continent, pour prendre part aux grâces de la croisade* Par ces divers avis, les communes marquaient assez leur sentiment. Elles étaient, avant tout, po une alliance avec la Flandre; et, afin d'y aider, ell allaient jusqu'à autoriser le roi à enlever de Calais le marché des laines et à le transporter partout ailleurs (c'était à Bruges que l'on pensait). Mais elles n'excluaient pas l'expédition d'Espagne : on le peut voir à l'allusion qu'elles y faisaient en parlant de la croisade; et les lords n'y avaient point paru plus défavorables. Expressément invités à en dire leur avis, ils avaient répondu que, des troupes y étant déjà envoyé il leur paraissait bon de faire partir les autres, eti plus tôt possible, pour « mettre cette guerre à bât; et bonne fin ». Ils convenaient même que l'expé tion devait être utile au roi et au pays, pourvu t tefois, ajoutaient-ils (et la réserve n'était pas s raison), que le duc y menât assez de monde et appareil suffisant; car il leur semblait que le nombre de gens proposé était bien petit pour faire la guern à si fort royaume*.
1. Adjonction des lords aux communes. Ce sont à peu près le; mêmes que l'on a vus aux derniers parlements : le duc de Lançastre ; les évoques de Winchester, de Norwich et d'Exeter ; les comte: d'Arundel, de StafTord et de Salisbury; lord Nevil, Gui de Brian Richard le Scrop. {Rot. Parl.^ t. III, p. 134, g l^i.) — Octroi du sub side, ibid., $ 15.*— La frontière d'Ecosse, ibid., p. 138, § 33 (n**10 de pétitions. — La Croisade, ibid.^ p. 140, § 46.
2. La Flandre. Rot. Pari, t. III, p. 140, § 46. — Uétaple ibid.f p. 136, § 22. On la voulait porter de Calais à Bruges, afii
Telles furent les résolutions du parlement devant les demandes qui lui étaient soumises. 11 se montrait disposé à soutenir le roi sur tous les points oii Tintérêt national était engagé; mais son amertume à l'égard des derniers actes de Richard se manifesta en plusieurs lieux dans le rôle des pétitions. Les communes prient le roi, eu égard à la détresse du pays, d'ordonner « que bon gouvernail soit mis entour son honorable personne, » dételle sorte qu'il puisse vivre I a honnêtement et royalement » des revenus de la couronne, et que « toutes manières, de gardes, mariages, reliefs, forfaitures » et autres droits régaliens puissent être consacrées aux besoins delà guerre, à la défense du royaume, « et nulle part ailleurs. » Elles se plaignent de l'état de la marine et du défaut de surveillance des rivages : l'iaipôt voté pour cette fin n'y est point appliqué; l'ennemi vient impunément, pille les côtes, enlève même les vaisseaux avec ceux qui les montent, et les emmène en France. Dans la dernière année, il a pris sur la côte du nord soixante navires et gros bateaux, et de plus petits à foison. Pour remédier à la misère publique, les communes sollicitent quelques mesures nouvelles et la révocation de plusieurs autres, qui ont ftiit plus de mal que de bien ; elles demandent qu'on interdise l'exportation du blé : elles demandent qu'on révoque et la défense de se servir pour le commerce d'autres vaisseaux que
se gagner plus sûrement les Flamands. — L'expédition d'Espagne, ibid., p. 136, § 23.
150 LIVRE troisième:. [138
de vaisseaux anglais, et les entraves apportées à 1 liberté des échanges. D'autres mesures qu'elles veu lent, au contraire, confirmer de plus en plus, ce sont celles qui ont trait aux bénéfices possédés par les étrangers, aux prélèvements de la cour de Rome ou aux abus de justice. — Au dernier parlement, roi, sur la demande sans doute des évêques, ava fait un édit qui ordonnait aux shériffs et autres officiers royaux d'arrêter, sur l'attestation des prélats, les prêcheurs ou fauteurs d'hérésies, et de les tenir en prison jusqu'à ce qu'ils eussent donné satisfaction à l'Église. Les communes protestent que cette or donnance, qui est en effet portée au rôle, a été ren due sans leur assentiment ; et elles demandent qu le statut soit déclaré nul : « car nous ne voulons pa disent-elles, nous obliger, nous ni nos successeur envers les prélats, plus que nos ancêtres ne l'ont é au temps passé. » Et Richard leur donna raison p la formule : « Il plaît au roi (a). »
L'édit publié à la demande des prélats, et révoqu sur la réclamation des communes, montre combie la prédication des partisans de Wicleiï était active, comme elle était soutenue. D'autres mesures du par lement font voir combien l'insurrection réprimé laissait encore de ferments de trouble dans le pays C'était le temps des représailles, c'est-à-dire le mo ment où souvent se perdent les victoires. Partout de récriminations ou des rigueurs : dommages à répa rer, pardons à acheter. On avait bien donné l'am
ir le
nistie, mais l'amnistie n'avait pas supprimé les actions en dommage^ et les réclamations s'élevaient de tous les côtés. De plus, il y avait eu des exceptions : il fallait se racheter à prix d'argent. Plusieurs villes étaient mises à rançon pour des sommes considérables. Enfin, même pour la masse, Tamnistie n'avait pas été sans condition; pour l'obtenir, il la fallait demander, et cette condition en avait rendu les effets presque nuls. Les gens du peuple n'avaient guère le moyen de payer leurs lettres d'absolution, et personne d'ailleurs n'était tenté de venir se déclarer ainsi à la justice. Les paysans donc, craignant d'être poursuivis^ s'enfuyaient dans les bois, et nonseulement les coupables, mais grand nombre d'autres qui avaient peur d'être pris pour tels. Les communes voulurent remédier à un mal qui devenait inquiétant ; elles demandèrent que le pardon fût général et sans condition^ et elles l'obtinrent, sauf toutefois les personnes nominalement exceptées, et la malheureuse ville de Bury-Saint-Edmond , qui n'avait pu encore rentrer en grâce (a).
Quoi qu'il en fût de cette situation intérieure et de la sollicitude qu'elle provoquait, on ne songeait pas à laisser succomber l'insurrection de Flandre; seulement on y voulait prendre ses sûretés. Le parlement dissous^ on s'occupa de répondre à l'ambassade flaiiiîinde, par un ambassadeur qui devait s'aboucher avec les Gantois sur les conditions de l'alliance. Mais lorsqu'il vint à Calais, Charles VI était déjà aux portes
de la Flandre. Les Français forçaient le passage de Lys, prenaient Ypres et tout le pays que l'envoyé de^ Londres avait à traverser pour aller jusques à Ganc Que voulait-on qu'il fît? Attendre. Ce fut l'avis Jean Devereux, capitaine de Calais. Arteveld rasseï blait ses forces, et il allait livrer bataille : « Si l^ Flamands sont déconfits^ dit le capitaine, vous n'avi que faire en Flandre; si le roi de France perd, toi est nôtre*. » Le roi de France gagna^ et l'Angleterre faillit y perdre beaucoup plus encore que le capitaine de Calais ne semblait croire.
Cette campagne fait révolution dans l'histoire d( guerres de la France et de l'Angleterre, et elle exeri tant d'influence sur les rapports des deux pays en1 eux, qu'il convient de s'y arrêter un moment.