‹ Richard II (volume 2)Chapitre 54 sur 92 · Jiot. ParL, t, 111, p. 170, ^17 et · texte numérisé non relu

Jiot. ParL, t, 111, p. 170, ^17 et

[138ii] MICHEL DE LA POLE. 221

Le conseil du roi avait donc l'aveu du parlement pour suivre et mener à leur terme les négociations commencées. Il sentait qu'il était urgent de conclure sans trop de retard : les événements de l'Ecosse pouvaient singulièrement réveiller les préférences des Français pour la guerre. Ce n'était point pourtant sans de graves soucis qu'il allait s'engager plus avant dans cette voie. Les communes, par leurs hésitations, leurs observations même ou leurs réticences, avaient assez révélé le fond de leur pensée. Elles désiraient la paix, mais elles n'en acceptaient pas les charges; elles voulaient laisser au gouvernement seul le soin d'en répondre devant le pays, et se refusaient, non pas seulement à la résolution, mais au conseil, afin de garder toute la Hberté de leurs allures quand le parlement serait appelé à juger les faits accomplis.

Un incident, qui marqua cette session même, pouvait montrer que, le jour venu, les prétextes et les instruments pour perdre le ministre ne manqueraient pas.

Un poissonnier, nommé J. Gavendish, se présenta devant le parlement, demandant qu'on lui donnât sûreté vis-à-vis de ceux contre qui il avait à porter plainte, et il nomma le chancelier. L'ayant obtenue, il raconta qu'il avait intenté une action en réparation de dommages contre quatre personnes qui avaient (( entrepris la sauvegarde de la mer, » et faisaient métier d'assurer toutes les marchandises contre les risques de l'ennemi. Il s'était adressé à un clerc

de la chancellerie pour hâter le jugement de l'affaire, et le clerc lui en avait garanti le succès, moyennant 40 livres pour le chancelier et 4 livres pour luimême. Cavendish, n'ayant pas la somme entière, en avait donné pour une partie l'équivalent en poisson e^ autres marchandises. Mais il n'y avait rien gagne Le clerc répondait à ses instances qu'il pouvait avoir plus de ses adversaires; et^ chaque fois que luimême était allé à la chancellerie, il les y avait trouvés en grande faveur, selon toute apparence. Le chancelier était-il coupable ? « Dieu le sait, disait le plaignant; le parlement en jugera. Toujours est-il qu récemment il m'a fait payer le poisson fourni à so hôtel. L'a-t-il fait par conscience ou pour évit l'esclandre? Vous en jugerez, messieurs*. »

Le chancelier se récria contre cette indigne accusation. La plainte sur les lenteurs de la justice était sans fondement. L'affaire venait d'être plaidée : il n'y avait plus qu'à rendre la sentence. Quant au grief tout autrement sérieux qui s'y mêlait, voici ce qu'il en pouvait dire. S'étant fait rendre couipte de sa dépense, il avait appris que du poisson avait été apporté à son hôtel et non payé. Il voulut savoir pour-? quoi, et on lui dit que c'était en vertu d'une obligation contractée par un poissonnier. 11 se fâcha, et fit serment de ne rien manger que ce poisson ne fût payé et l'obligation réduite à néant. En conséquence, il fit

Page 1