‹ Richard II (volume 2)Chapitre 56 sur 92 · liot. Pari · texte numérisé non relu

liot. Pari

trois ordres. Il avait offensé le clergé, en frappant dans l'évêque de Norwich le chef malencontreux de la croisade si follement prônée par les communes; il avait blessé les lords eux-mêmes^ en poursuivant avec tant de rigueur les capitaines pour des actes trop« communs parmi les gens de guerre^ et dont chacun pourrait avoir un jour à répondre. Enfin, il était loin de s'être gagné les communes^ lorsque à la suite de ces revers dont il n'était pas responsable, placé devant la redoutable question de la guerre ou de la paix, il l'avait, au lieu de la résoudre^ soumise au parlement: invitant non-seulement les lords, mai les députés des comtés et des bourgs, à donner un avis qu'il se déclarait prêt à suivre; les pressant de répondre plus qu ils n'auraient voulu, et, par cette déférence inopportune, leur disputant cette position commode où ils pouvaient recueiUir les bénéfices de la paix, et se venger de ses sacrifices sur celui qui l'aurait procurée.

Une autre accusation fut portée durant cette session, et celle-là s'adressait plus haut encore; mais elle n'arriva point jusqu'au parlement, et le dénoûment fut plus tragique.

Il s'agissait du duc de Lancastre.

Nous avons dit comment Lancastre, par le rôle qu i avait joué vers la fin du règne d'Edouard III^ s'était rendu odieux au peuple et suspect au parlement. On lui rapportait les maux du passé; on se défiait pour J l'avenir de ses vues ambitieuses, quand un enfant

seul le séparait du trône. Pour se soustraire à cette impopularité et à ces soupçons, il avait fait mine de se retirer de la scène; mais, après quatre années d'effacement, il est vrai, plutôt que de retraite, la haine était encore si vivante dans le peuple, que la grande insurrection^ cherchant un homme en qui se personnifiât un gouvernement détesté, s'en prenait encore à lui, brûlait ses châteaux, le frappait en effigie, menaçait de Taller chercher à la tête de ses troupes, et le contraignait de s'enfuir en Ecosse , d'où il n'avait osé revenir qu'avec une garde et sous la protection des lettres publiées par le roi. Depuis, sa position avait changé au sein du parlement : après avoir provoqué jadis une si vive opposition, il s'était mis à la tête des demandes de réforme; et, grâce à cette conduite, il avait obtenu qu'on appliquât à ses projets sur l'Espagne ces subsides dont le parlement se montrait si avare. Mais les événements étaient allés à la traverse de ses desseins. Au moment où il comptait partir, la victoire de Rosebecque et la conquête de la Flandre par Charles VI avaient détourné de ce côté toutes les forces de l'Angleterre. Il s'était vu réduit, lui prétendant et appelé roi, au rôle de négociateur : négociation avec l'Ecosse, pour aider à la croisade de l'évêque de Norwich; avec la France, pour en réparer les désastres. A la faveur de cette dernière trêve, il espérait enfin aller en Espagne : on l'avait envoyé en Ecosse. Au lieu d'une guerre qui lui promettait une couronne, il avait fait une campagne où

il n'avait trouvé que le désert, et d'oii il ramenait des troupes décimées sans avoir même combattu.

Un homme moins fier et moins ambitieux aurait eu le droit d'être mécontent, et en Angleterre on ne pouvait être plus satisfait de lui. Les bruits les plus étranges circulaient sur la manière dont il avait mené l'expédition. On se rappelait ses querelles avec le comte de Northumberland, sa fuite en Ecosse et les honneurs qui l'y avaient accueilli; et peut-être faut-il voir l'influence de ces souvenirs dans le tableau que l'on faisait de sa campagne : les comtés du nord ruinés par le séjour prolongé de son armée plus qu'ils ne l'étaient d'ordinaire par les ravages des ennemis ; les Écossais épargnés aux dépens de ses propres soldats. Arrivé devant Edimbourg, il avait, disait-on, laissé aux habitants la faculté d'emporter tous leurs biens, consignant ses troupes, sous peine de mort, à trois lieues de la ville, comme pour donner plus de sécurité à cette sorte de déménagement. Avait-il cru ramener les Écossais par cette conduite? au moins avait-il été bien trompé! Les habitants étaient partis sans lui laisser même leurs maisons. Quand il y étaid venu, il avait trouvé la ville en cendres; il avait dû camper au milieu de marais glacés, où il avait perdu cinq cents chevaux (pour ne point parler des hommes, dit l'historien); et comme, malgré ses défenses, les soldats, mourant de faim, se dispersaient daus les! campagnes, au risque de rencontrer Tennemi, le duc fondait sur eux à grands coups de lances, en

sorte qu'il avait tué plus d'Anglais que d'Écossais \

Voilà ce qu'on disait en Angleterre, et ce que rapporte Walsinghara comme l'histoire de cette expédition. Dans ce mécontentement général, les anciens ennemis du duc de Lancastre (et il en avait dans le clergé comme soutien des lollards) crurent sans doute trouver l'occasion de le perdre. Lancastre, mécontent lui-même, avait-il par quelque parole donné prise à la calomnie? Cela ne serait pas impossible. Toujours est-il qu'au moment où le roi était à Salisbury, un carme, Irlandais d'origine, le vint trouver et lui remit un écrit, où il accusait le duc de vouloir le perdre pour s'emparer du trône : il indiquait le temps, le lieu et les autres circonstances, jurant sur une hostie consacrée, en ce même jour, par lui-même, qu'il ne disait rien que de vrai, et priant le roi de ne pas entendre le duc en ses excuses, attendu qu'il n'en userait que pour gagner du temps et mieux accomplir ses desseins. Le duc survint sur ces entrefaites, et, trouvant au roi l'air effaré, il se retira sans deviner ce qui lui valait un tel accueil. Il en fut bientôt éclairci. Le roi le fit venir et lui remit la dénonciation : noble et franche démarche, où l'on reconnaît celui qui sut arracher Londres aux insurgés. Cette fois encore il allait droit au but, avec l'assurance do, confondre \o. dénonciateur ou de désarmer

Page 1