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le conjuré. Le duc se récria avec la chaleur que l'on peut croire. Selon certains récits, le comte de Buckingham se précipita dans la chambre du roi, jurant de tuer quiconque oserait accuser son frère de trahison, sans en excepter personne, pas même le roi. Le duc de Lancastre , aimant mieux que l'affaire fût mise au grand jour, pria Richard de faire tenir l'accusateur en lieu sûr jusqu'à ce qu'il fût requis de s'expliquer publiquement, et demanda qu'on le donnât en garde à Jean de Holland, son gendre, le plus jeune des deux frères utérins du roi : ce qui fut agréé. Mais la nuit même où le carme devait comparaître, Jean de Holland le fit torturer et mettre à mort dans sa prison, et le lendemain son cadavre fut traîné sur la claie, comme on faisait des traîtres. S'il l'était, pourquoi n'avoir pas attendu qu'il eût été jugé tel? Craignait-on qu'il ne parlât? Et qui le pouvait craindre? L'accusé, ouïes instigateurs secrets de l'accusation? Selon toute apparence, Lancastre n'était pas coupable; et Jean de Holland, choisi par lui pour garder le dénonciateur, ne peut être soupçonné davantage de complicité secrète dans Tacte de ce dernier : s'il n'avait voulu qu'étouffer sa voix, il lui aurait pour le moins épargné les tortures. Ce prince, violent de sa nature et fort attaché à Lancastre, ne voulait sans doute laisser à personne le soin de le venger : craignant que l'habit de l'accusé ne le dérobât au supplice, et comptant bien lui-même sur l'impunité. Mais par là l'affaire demeura mystérieuse, et
le dénoùment ne pouvait qu'inspirer de la défiance à ceux mêmes qui, dès Torigine, auraient repoussé tout soupçon (a).
Le conseil, autorisé du parlement, reprit les négociations, et rien ne trahit le refroidissement que Taffaire du carme eût pu amener entre le roi et ses oncles. Lancastre et Buckingham reçurent tous les pouvoirs pour traiter, d'une part avec la Flandre, et d'autre part avec la France. On leur recommandait de ne pas nommer la Flandre dans le traité avec la France ; on aimait mieux s'arranger séparément avec elle. Le choix des deux oncles du roi comme négociateurs était d'ailleurs de bonne politique en chose si délicate. La paix ne se pouvait point faire sans concessions, et, si l'orgueil national en était blessé, ils perdaient le droit de s'en faire une arme contre le roi (6).
On s'acheminait donc vers la paix, mais tous les signes étaient à la guerre.
Et d'abord, du coté de l'Ecosse elle n'avait pas cessé. Le comte de Northumberland , les Écossais, avaient encore envahi tour à tour, le premier TÉcosse, les autres l'Angleterre : ceux-ci recrutés d'une bande de Français, qui étaient partis, pour leur propre compte, de l'Écluse afin de prendre part à la campagne. C'était le temps que d'autres venaient en Angleterre, avec sauf- conduit, pour aller, selon le traité de Leulinghem, inviter l'Ecosse à la paix. L'Angleterre, qui avait retenu ces envoyés tant que Northumberland était en Ecosse, les fit partir en toute hâte
dès qu'elle \e sut de retour. Ils n'arrivèrent point à temps pour prévenir les représailles des Écossais. Les Anglais , à leur tour, voulaient de nouveau jeter toutes leurs forces sur l'Ecosse, quand arriva un messager du roi Robert, qui désavouait cette dernière invasion et acceptait la trêve; et le duc de Lancastre, songeant toujours à son expédition de Castille, fit agréer ces excuses. La trêve fut donc étendue à l'Ecosse, et les chevaliers français venus pour la guerre n'eurent plus qu'à s'en aller. Mais ils avaient eu le temps de voir de près les sentiments du pays; et, de retour en France, ils annonçaient qu'on pouvait avoir par là une belle entrée en Angleterre (a). Tandis que cela se passait à la frontière d'Ecosse, une chose plus compromettante pour la paix s'ac-' complissait en Flandre. Le sire d'Escornai, malgré la trêve, reprenait Audenarde aux hommes de Gand ; et^ les Gantois s'en étaient plaints vainement à leur nou-' veau comte, le duc de Bourgogne. Le duc leur avait déclaré qu'il n*y était pour rien ; il leur avait offert d'en écrire au sire d'Escornai : et celui-ci, alléguant que les Gantois n'avaient jamais observé la trêve à son égard, le duc avait, sans grande difficulté on le peut croire, accueilli ses raisons. Tout cela donnait peu de confiance. La guerre recommença entre Gand et le duc de Bourgogne; et les Gantois, cherchant un appui dans leur isolement , ne se bornèrent plus à une demande de secours, lis arborèrent les armes du roi d'Angleterre, et ils chassèrent ou mirent à
mort ceux qui ne voulaient pas plus de l'Angleterre qu'eux mêmes de la France (1 8 juillet)\
C'est au milieu de ces complications que se poursuivaient les négociations pour la paix : si elles offraient des difficultés, on voit que tout cela n'était guère de nature à les résoudre. La trêve allait finir au l^*" octobre : on la prorogea (14 septembre) jusqu'au 1" mai, c'est-à-dire jusqu'à l'époque où la guerre pourrait commodément être reprise; car tout dans l'attitude de la France annonçait qu'elle était résolue à n'accepter ni les propositions de l'Angleterre, ni l'attermoiement d'un état provisoire. Les princes anglais revenus des conférences avaient pu en rapporter l'entière conviction *.