PRÉFACE. VII
OÙ ils ont été vaincus ou vainqueurs est toujours débattue dans le monde^ ou toujours à débattre. Étranger au pays et aux luttes des torys et des whigs^ nous abordons cette histoire sans aucun engagement; et toutefois peut-on être indifférent;, j'allais dire désintéressé dans ces débats; et ne serons-nous pas suspect à notre tour, parlant d'un prince qui fut regardé comme traître à TAngle terre pour l'avoir voulu allier à la France? C'est un écueil : le voyant, il nous sera peutêtre plus facile de nous en garder. Nous n'entreprenons pas une apologie de Richard; et il y a des époques de son règne qui nous trouveront sévère; mais nous n'adopterons pas comme un arrêt définitif les opinions des historiens du temps qui l'a proscrit : nous jugerons ces historiens sur leur langage , et le roi sur ses actes * .
1 . Nous avons placé au bas des pages les simples indications de textes ; quand la note est plus étendue et renferme quelques renseignements complémentaires, nous l'avons rejetée à la fin du volume, où on la trouvera sous le numéro de la page à laquelle elle se rapporte et la désignation de la lettre qui lui sera affectée.
L'ANGLETERRE A l'aVÉNEMENT DE RICHARD II.
Richard II, né à Bordeaux le 6 janvier 1 367, élevé au trône à Tâge de dix ans, avait à répondre, devant la nation, de cette grande fortune qu'Edouard III, son aïeul, et le prince de Galles, son père, les glorieux vainqueurs de Crécy et de Poitiers, avaient faite à l'Angleterre par leurs victoires, et que toute leur habileté militaire, jointe au prestige de leur nom, n'avait point suffi à soutenir. La France, en effet, tant compromiso par les fautes de Philippe de Valois et de Jean,
s'était relevée sous Charles V. Régent pendant 1 captivité de son père, Charles avait réprimé la guern intérieure et suspendu l'invasion, au prix d'un bie grand sacrifice, il est vrai : une moitié du pays ser vait de rançon à l'autre (traité de Brétigny, 1360) Devenu roi, il avait soustrait le royaume aux charg que la paix lui laissait, en portant la guerre au d hors. Il avait envoyé les compagnies avec Duguescli soutenir Henri de Transtamare contre Pierre le Cruel en Castille : expédition qui avait le double avantagi de délivrer la France de ces bandes incommodes, et d lui faire un allié de l'autre côté des Pyrénées. Apre quoi, il avait répudié de lui-même une paix que l'en nemi n'avait jamais pratiquée sincèrement; et da cette lutte où les prétentions nouvelles des princes a glaissur le trône d'Espagne lui assuraient le concou actif des flottes espagnoles, il avait su, sans rien livre au hasard des combats, reconquérir la plus grande partie de son royaume, laissant s'user en des invasions qui ne rencontraient pas de résistance ouverte, les derniers efforts du prince de Galles et d'Edouard III. La France échappait donc à l'Angleterre; et l'Angleterre à son tour se dégageait de l'étroite dépendance où Edouard III l'avait tenue par la séducti de ses victoires. Le parlement, dans les dernier années du prince, avait gagné en ascendant tout que la royauté perdait par le contre-coup de se échecs*. La guerre n'ayant plus de succès, il avai calculé de plus près ce qu'elle coûtait à la nation
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n'accordant plus les subsides qu'avec réserve, et voulant savoir ce qu'on en faisait. Il avait porté un œil scrutateur sur l'administration du royaume et jusque sur la maison du roi; et il n'avait point hésité à en signaler les désordres. Edouard avait dû sacrifier au bon parlement (1376) ses principaux conseillers : W. Latimer^ J. Newil ; accepter, après cinquante ans de règne, une sorte de conseil de régence, et signer un décret qui, en interdisant aux femmes toute immixtion dans les affaires soumises aux tribunaux, désignait nommément et menaçait de la confiscation et de l'exil sa maîtresse, Alice Perers (a).
Cette situation, du reste, n'avait rien qui mît en péril l'avènement de Richard.
Edouard, vieilli avant le temps, avait dû se décharger en partie sur ses fils des soins de l'administration. 11 en avait eu sept : Edouard, prince de Galles; William, mort dans l'enfance; Lionel, duc de Clarence; Jean de Gand, duc de Lancastre; Edmond Langley, comte de Cambridge (plus tard duc d'York); un autre William, mort tout jeune comme le premier, et Thomas de Woodstock (bientôt comte de Buckingham, puis duc de Glocester). Le prince de Galles était malade, et Lionel étant mort, c'est au duc de Lancastre qu'il avait surtout abandonné la conduite des alTaires. C'est le duc de Lancastre qui était allé remplacer le prince de Galles en Guyenne; c'estluiqui, par suite de son mariage avec la fille aînée de Pierre le Cruel, prenant le titre de roi deCastille, avait com-
mis la faute irréparable de diviser les forces de TAngleterre, en même temps qu'il resserrait en une ligue offensive ralliance de la France et de FEspagne. C'est donc au duc de Lancastre que les Anglais se prenaient surtout de leurs revers au dehors, comme des excès du gouvernement royal à l'intérieur. C'est lui, absent alors, que le « bon parlement » avait voulu atteindre dans les hommes qui le secondaient au pouvoir; et il avait trouvé dans le prince de Galles un appui à son opposition : aussi, quand le prince mourut, n'eut-on garde d'oublier les droits de son fds. La mère de Richard, Jeanne, comtesse de Kent, ou, selon son surnom populaire, « la belle fille de Kent, » n'avait épousé le Prince Noir qu'après deux mariages dont le premier avait été déclaré nul : mariage qui, rompu canoniquement, aurait pu être réhabilité par voie d'appel ou de réforme, pour frapper d'illégitimité, au profit d'un prétendant, l'enfant né de l'union postérieure. Mais nul n'osa tenter l'aventure, en présence de l'attitude décidée du parlement. Ce fut sur la demande des communes que Richard, à la mort de son père, fut présenté au parlement comme héritier présomptif de la couronne, et nommé prince de Galles (25 juin 1376). Et quand l'année suivante Edouard mourut, Richard lui succéda aux applaudissements de tout le monde (21 juin 1377)^ (a).
1. Edouard JII étant mort le 21 juin 1377, c'est de ce jour que datent les années de Richard II dans la chronologie des actes publics.
Pour juger en pleine connaissance de cause les vicissitudes d'un règne qui a une importance capitale dans l'histoire de la constitution d'Angleterre, pour apprécier les raisons du débat qui s'éleva entre les grands pouvoirs, et estimer au vrai la légitimité ou les torts de l'attaque et de la résistance, il faut se rappeler à quel point en étaient précisément les choses quand ce règne commença.
La royauté fondée par les Normands en Angleterre avait une force sans pareille dans tout le monde féodal. Tandis qu'en France les Capétiens avaient tant de peine à faire reconnaître leur nouveau titre des grands vassaux, leurs égaux de la veille, en Angleterre les rois normands ne voyaient absolument rien qui ne leur fût soumis. Tout relevait d'eux et datait d'eux. Les barons, les aventuriers qui avaient accompagné Guillaume dans son expédition, l'avaient suivi comme des vassaux leur seigneur ou des soldats leur capitaine, et ne tenaient que de lui la part qu'ils avaient reçue de la conquête. Or la conquête avait fait table rase; nulle seigneurie qui dépassât ce terme fatal : elle eût frappé de nullité ses titres en prétendant les reporter au delà. Ainsi, parmi les conquérants, tout ce qui servait à établir leur domination sur les hommes ou les choses, constatait leur dépendance à l'égard du souverain; et quant à l'ancienne race, la défaite l'avait placée, privée de tous droits, aux pieds du vainqueur. Mais celte puissance, élevée sans contestation au-dessus de tout, avait trouvé dans son isolement
son écueil. Les barons, rapprochés par l'identité de leurs intérêts, s'étaient unis contre le roi; et contre cette ligue le roi n'avait pas trouvé, comme en France, un appui dans le peuple : car c'était sur lui que le peuple, traité en étranger, reportait toutes les haines de la conquête. Les seigneurs avaient donc pu d'abord, sans chercher de secours ailleurs qu'en eux-mêmes, imposer au roi Jean la grande Charte : acte considérable qui, tout en donnant satisfaction à l'aristocratie, jetait les bases des libertés publiques; et quand plus tard des violations sans cesse répétées de ce grand pacte les ramenèrent aux armes sous Henri IIÏ^ ils trouvèrent un appui à leur résistance en appelant les députés des comtés et des bourgs au parlement (1265). Dès ce moment la constitution anglaise est fondée. La barrière qui sépare les deux races est rompue. L'aristocratie garde son rang; mais à côté d'elle il n'y a plus seulement des vaincus, des proscrits, il y a un peuple : les Anglo-Saxons ont retrouvé droit de cité dans leur pays^
A l'avènement de Richard II, les Anglais, sans distinction de race, jouissaient déjà des droits essentiels d'un peuple libre.
Le roi avait toujours les principales prérogatives
1. Le premier acte formel de la convocation des députés des comtés et des bourgs au parlement est celui de Simon de Montfort. Les lettres sotit du 12 décembre 1264. Voyez l'excellent ouvrage de Hallam, l'Europe au moyen âge^ t. III, p. 126-130 de la traduction. Nous le prenons pour guide dans ce rapide aperçu de la constitution d'Angleterre avant Richard IL
de la royauté féodale. Suzerain des seigneurs etsouve rain du pays, maître d'un vaste domaine, il avait le double glaive de la force armée et de la justice; et, pour l'aider dans le gouvernement, de grands officiers qui tenaient de lui Tinvestiture ou la délégation de leur pouvoir : le sénéchal, le chancelier, le connétable, le maréchal, les deux amiraux, le chambellan, le garde du sceau privé, le trésorier. Ajoutez un conseil où ces grands officiers trouvaient place avec des prélats ou des seigneurs appelés par le roi , conseil qui auivait le prince, et qui bientôt, réduit à laisser le roi seul dans ses voyages ou les affaires à l'abandon, se «livisa, quant à ses attributions judiciaires, en plusieurs cours ; la cour du banc du roi, cour suprême pour tout ce qui relevait de la justice royale; la cour de l'Échiquier, spéciale pour les affaires de finances, et la cour des plaids communs pour les affaires privées (a).
Ces officiers pris parmi les seigneurs, ces conseils et ces cours étaient un premier obstacle au despotisme^, obstacle insuffisant néanmoins : car si plusieurs des grands offices, comme ceux de sénéchal, de connétable, de maréchal, de chambellan, étaient devenus en quelque sorte héréditaires , leur action dans le gouvernement était restée fort limitée ; quant à ceux dont la royauté requérait incessamment le concours, qui étaient proprement les instruments de sa puissance, le chancelier, le garde du sceau privé, le trésorier, comme aussi les membres du conseil privé ou « cou-
tinuel conseil, » ils demeuraient sous la main du roi. Le roi, déjà si fort par la nature d'une hiérarchie féodale entièrement refondue et comme retrempée par la conquête, s'était même dégagé des entraves que ce régime avait mises ailleurs à l'action delà royauté. D'une part Tescwa^e, qui donnait aux barons la facilité de se libérer de leurs obligations militaires à prix d'argent, avait eu le double effet de les déshabituer de la guerre et de procurer au roi une milice toute dépendante : nombre de Saxons avaient pris rang parmi ces mercenaires et déjà par cette porte étaient rentrés dans la vie nationale. D'autre part, des juges envoyés périodiquement dans les divers comtés pour tenir les plaids du suzerain faisaient échec à la justice féodale, et;, tout en préparant l'empire d'une loi commune, ramenaient le peuple à chercher un protecteur dans ce roi si détesté comme héritier du conquérant (a).
Ainsi les deux forces qui font Tessence du pouvoir, la force armée et la justice, étaient en Angleterre plus entièrement au roi qu'en nul autre pays; mais, d'un autre côté, la royauté devait reconnaître un frein et un contrôle à son action, je veux dire le parlement. Aux lords spirituels et temporels, prélats, barons ou bannerets et autres feudataires nommément convoqués, étaient désormais associés, quoique à titre inférieur, des chevaliers et des bourgeois, représentants des comtés, des cités et des bourgs. Ces hommes nouveaux, introduits au parlement par les seigneurs,
avaient fini par être accueillis des rois. Le domaine ne suffisant plus aux dépenses de la royauté, surtout depuis qu'elle se trouvait jetée dans les guerres de conquête, il avait fallu recourir aux subsides : or la royauté féodale était limitée en ce qui touche les aides ; et de plus, en pareille matière, il est plus sûr de se faire donner que de prendre. Les seigneurs, les prélats votaient pour eux-mêmes; les députés des comtés, des cilésetdes bourgs^ appelés au parlement, offraient au roi le moyen d'obtenir en une fois le consentement de la nation tout entière. Yoilà pourquoi Edouard P"" renouvela librement l'acte de Simon de Montfort, en ordonnant aux shériffs de faire élire deux chevaliers par comté^ deux citadins par cité, deux bourgeois par bourgs et de les envoyer au parlement : éléments fort disparates, qui finirent néanmoins par se grouper et se confondre. Si les chevaliers des comtés tenaient aux lords par le sang (mais le sang en Angleterre, même pour les fils des lords, ne donna jamais privilège), d'autre part ils se rapprochaient des députés des cités et des bourgs par le principe même qui les faisait venir à la grande assemblée nationale. Ils n'étaient point personnellement convoqués comme les barons et les prélats; ils étaient élus comme les autres. Ils ne siégeaient pas en leur nom ni en vertu de leur droit propre : tous, chevaliers, citadins et bourgeois étaient là comme représentants des communautés : ils formèrent, au-dessous de la chambre des lords, la chambre des Communes.
Le parlement ainsi composé n'était pas sans doute la représentation complète du pays : tous les lords ayant le droit de siéger en vertu de leur titre n'étaient pas toujours convoqués; et les shériffs chargés de faire élire les députés des comtés, des cités et des bourgs, n'usaient pas de moins d'arbitraire. Se faire représenter au parlement n'était pas seulement un droit, mais une charge : il fallait indemniser les députés. Les shériffs faisaient à certains bourgs la faveur de ne les point appeler à la cour du comté pour procéder aux élections; d'autres régulièrement convoqués ne répondaient pas à l'appel, et réussissaient, par une sorte de prescription, à obtenir de n*y plus reparaître. Toutefois, si le roi trouvait avantage à faire venir ces députés au parlement, les communes n'avaient pas, au fond, un moindre intérêt à les y envoyer. Leurs députés pouvaient se concerter entre eux, faire des remontrances, et, tout en votant le subside demandé, fixer des termes, mettre des conditions, réclamer le redressement de leurs griefs; et par le fait ils avaient obtenu, non pas seulement des réparations pour le passé, mais pour l'avenir de sérieuses garanties. Edouard P'' avait dû s'engager, en l'an 25 de son règne (1297), à ne lever aucune taxe, même sur ses vassaux ou ses villes, que du consentement et dans l'intérêt de la nation. Sous Edouard II, le parlement se trouva, par les fautes du roi et par les violentes représailles qu'elles provoquèrent, presque jeté dans les voies de la révolution. Edouard llï,
monté au troue, avait apaisé ces mouvements^ remis chaque pouvoir en son lieu ; et les choses reprirent leur marche régulière. Le progrès ne s'arrêta plus. Sous ce règne, à l'occasion des subsides que la guerre, même au temps de ses plus grands succès^ rendait indispensables , le parlement fit reconnaître (et ce fut autant de principes inscrits dès lors dans la Constitution) : 1° l'illégalité des impôts levés sans le consentement des lords et des communes; 2'' la nécessité du concours des deux chambres pour changer la loi établie, et 3" vers la fm du règne, quand les sacrifices, dont la nation était excédée, n'eurent plus leur compensation dans les victoires, le droit aux communes de s'enquérir des abus et de mettre en accusation les conseillers du roi (a).
Voilà quelle était la constitution de l'Angleterre à l'avènement de Richard II. Le roi n'avait rien perdu qui laissât en péril son autorité légitime : il choisissait ses principaux officiers; il composait, non sans règle il est vrai, mais librement, et son conseil et ses cours de justice; il avait le droit de paix et de guerre et toute action à l'intérieur. Mais la nation, quoique imparfaitement représentée, trouvait dans le parlement le moyen d'intervenir dans la conduite des affaires publiques : votant ces aides, sans lesquelles le roi borné à son domaine était réduit à l'impuissance; faisant la loi avec lui; ayant au besoin, pour la faire observer et combattre les abus, le droit de s'en prendre aux ministres du pouvoir : droit dont il est
loisible de mal user comme de tout autre , ou mêm de ne point user, mais que l'on ne peut dénier à ui peuple, sans le placer dans la fatale alternative d tout souffrir ou de tout détruire.
Richard II montait sur le trône, ayant à ses côtéî trois oncles, dont un seul , en tout autre temps, eût bien suffi pour le renverser. Mais à eux trois ils se faisaient contre-poids l'un à l'autre; et puis Laneastre, homme impérieux et violent, était impopulaire, Cambridge indolent, Buckingham esprit remuant et ambitieux^ trop peu signalé encore par ses actes, et trop effacé par le droit d'aînesse des deux autres, pour pouvoir faire autre chose que d'entraver au besoin leurs prétentions. Ces prétentions, d'ailleurs, eussent échoué devant le parlement, qui trouvait une minorité plus favorable à l'extension et à l'affermissement de ses prérogatives. Richard avait été couronné : c'était trancher la question de régence. Point de régent, puisque le prince était revêtu par le sacre de tous les pouvoirs de la royauté. C'est en son nom que les grands officiers devaient remplir leur office. Seulement il lui fallait un conseil. Les lords et les prélats le composèrent provisoirement de douze membres qu'ils nommèrent eux-mêmes. Le duc de Laneastre,
pour donner moins d'ombrage, avait demandé au roi la permission de se retirer dans son château de Keniiworth (a).
Le parlement, qu'on ne tarda point à réunir, sanctionna au fond ces arrangements.
Il s'ouvrit le 13 octobre 1377 à Westminster ; et le compte rendu qu'on en trouve au livre des Rôles pourra nous donner, une fois pour toutes, une idée générale des formes suivies alors dans la tenue de ces assemblées.
Au jour fixé, comme on n'était pas en nombre, le roi, qui était arrivé de la veille, remit la séance au lendemain. Il se rendit le lendemain en la « chambre peinte, » et avec lui les deux archevêques de Ganterbury et d'York, Mgr d'Espagne (le duc de Lancastre) elles autres prélats ou lords, juges et sergents nommément convoqués, comme aussi les chevaliers, citadins et bourgeois, députés des comtés, cités et bourgs. Quand ils furent réunis, l'archevêque de Canterbury (le chancelier était absent), ayant pris l'ordre du roi, prononça un discours divisé en trois parties « par manière de prédication. » Il avait pris pour texte ces paroles ; Rex tuus venit tibi, « Vostre roi vient à toi, » et montrait qu'un ami peut visiter un ami pour trois causes : ou pour se réjouir d'une grâce, comme Marie, Elisabeth : Et exullavit infans in ulero ejus; ou pour le consoler dans l'affliction^ comme les amis de Job; ou pour l'assister dans ses nécessités, ainsi que dit l'Ecriture : In necessitate pro-
bahitur amiciis. Le roi, disait-il, développant ses trois points, venait au parlement pour ces trois causes : l'' il venait se réjouir avec lui de son avènement; 2" il venait le consoler de la mort du roi Edouard ; S'^il venait enfin le secourir dans ses nécessités, pourvoir à la défense et a,ux besoins du royaume. Il demandait au parlement de lui en fournir les moyens : c'était l'objet de la convocation et la vraie conclusion du discours \
Les communes aussi avaient à présenter leurs demandes; et il était d'usage de nommer des commissaires, tant pour les recevoir que pour les examiner. On séparait les pétitions en deux séries : l'une pour TAngleterre, l'Irlande, le pays de Galles et l'Ecosse (l'Ecosse figurait parmi les dépendances de la couronne) ; l'autre pour la Gascogne et les pays d'outremer; et il y avait pour chaque série trois ou quatre receveurs et une vingtaine d'examinateurs (triours)^ sans compter les grands officiers de la couronne, qui avaient entrée, s'il en était besoin, dans les commissions d'examen. L'archevêque fit connaître au parlement les noms des receveurs et des examinateurs désignés pour la session présente; puis il invita l'assemblée à se réunir tous les jours pour expédier les affaires, jusqu'à ce qu'elle eût congé de partir; et il l'ajourna au lendemain\
1. Rotuli Parliamentorum {Rolls of Parliament), t. III, p. 3, g 1-6.
2. /6td., p. 4, § 7-10. L'archevêque tenait ici la place du chan«; celier (évêque de Saint-David) absent.
Le lendemain ce fut Richard le Scrop, sénéchal de l'hôtel, qui vint faire un exposé plus détaillé des besoins de la couronne. Les communes s'étant réunies à part dans le chapitre de l'abbaye, demandèrent au roi, vu la dilficulté des affaires « et la faiblesse de leur pouvoir et de leur sens^ » de vouloir bien leur adjoindre^ pour en délibérer, un certain nombre de prélats et de lords : acte d'humilité qui était en même temps de bonne politique; car ces lords, qu'elles désignaient d'ailleurs , associés par le conseil à leurs avis, en devenaient les appuis naturels au sein de la chambre haute. Puis elles prirent pour orateur, c'està-dire pour porter la parole en leur nom devant le roi et les seigneurs (et à ce titre pour président), un homme qui s'était déjà signalé à leur tête sous le Bon Parlement, Pierre de la Mare, le promoteur de la loi contre Alice Perers : jeté en prison après la dissolution du parlement, il en sortait avec d'autant plus d'autorité pour reprendre son rôle. lise présenta à la tête des communes devant le roi et les lords siégeant en assemblée générale. Il commença par désavouer à l'avance ce qu'il pourrait dire contre leur honneur, comme il priait les communes de le désavouer lui-même s'il disait rien contre leur gré : protestation qui passa en usage. Il fit alors ses remontrances sur l'état du pays, et demanda trois choses : l"* qu'il plût au roi et aux lords (le roi figure avec les lords comme étant lord lui-même) de nommer en parlement un conseil de huit membres pris dans
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les trois états, pour gouverner avec le concours des ij;rands officiers de la couronne; 2° que l'on nommât de même en parlement, parmi les gens les plus vertueux, ceux qui devaient être auprès du roi pendant son jeune âge, et qu'on réglât, en les bornant aux seuls revenus de la couronne, les dépenses de sa maison; 3"* que Ton confirmât les lois et statuts établis pour le bien du royaume, et que, dans l'avenir, on tînt la main à leur exécution (a).
Les lords ajournèrent les communes au jeudi suivant^ et, ce jour venu , leur donnèrent réponse. Ils décidaient sur le premier point que le conseil serait nommé en parlement : ils le portaient pour cette année à neuf membres, savoir : les évêques de Londres, de Carlisle et de Salisbury, les comtes de la Marche et de Stafford ; messires Richard de Stafford et Henri le Scrop, bannerets ; messires Jean Devereux et Hugh Segrave, bacheliers. Plus leur pouvoir était grand, plus on y mettait d'entraves. Ils n'étaient élus que pour un an, et rééligibles que deux ans après. S'ils abusaient de leur crédit , le roi et ses trois oncles, avec quelques prélats et seigneurs désignés par la partie plaignante, en devaient être juges. Quant à la deuxième requête, touchant la garde , l'éducation et le service du roi, les lords se récusèrent, alléguant qu'il leur semblait trop grave de mettre auprès de sa personne des hommes qui ne lui seraient pas agréables, ou d'en écarter d'autres contre sa volonté. Ils promettaient d'ailleurs de s'entendre avec les officiers
(le la maison du roi sur les dépenses de son hôtel, et accédaient de tout point à la troisième requête, en faveur de la confirmation et de l'exécution des lois (a). Le conseil procédait donc du parlement; la maison du roi, quant aux personnes du moins, ne relevait que du prince ; c'était la part faite à sa mère et à ses oncles. Mais il y avait auprès du roi d'autres officiers qui concentraient dans leurs mains les principales charges de l'administration publique, le chancelier, le trésorier, le baron de l'Échiquier, les deux prési-dents du banc du roi et des plaids communs, le sénéchal de l'hôtel, le chambellan. Les communes, soutenues par la connivence de la chambre haute, demandèrent et obtinrent que pour tout le temps que le roi serait « en tendre âge » tous ces officiers (sauf les droits du comte d'Oxford au titre de chambellan) fussent nommés par les lords en parlement, et maintenus en fonctions jusqu'au parlement nouveau: dans l'intervalle, le roi ne les pouvait remplacer qu'en cas de mort ou de révocation légitime, et sur l'avis des lords de son conseil. Ce n'est pas tout. On avait invité les communes à pourvoir aux besoins de la guerre; et, indépendamment de la taxe mise sur les toisons, les cuirs et les laines exportés du royaume, elles avaient accordé une contribution générale fondée sur Testimation des biens meubles ou du produit des terres : deux décimes à lever dans les cités et les bourgs, et deux quinzièmes au dehors^ pour deux ans. LUes demandèrent que ces deniers, aussi bien que
les décimes votés par le clergé, fussent exclusivement consacrés à l'usage défini ; et^ pour s'en mieux assurer, elles obtinrent qu'on y préposât deux bourgeois de Londres : ce furent W. Walworth et JeanPhilipot (a;. Le vote des subsides n'avait donc été ni sans condition ni sans garantie; mais les communes ne s'en tinrent pas là. Usant largement du droit de pétition, droit si fort quand il est joint à celui de voter l'impôt, elles touchaient à presque tous les points du service public. Elles demandèrent la confirmation des libertés, depuis la grande Charte et la charte des forêts jusqu'aux libertés particulières des villes et des bourgs : Londres réclamait avec les siennes la jouissance de toutes les franchises qui pourraient exister ailleurs. Elles demandèrent le redressement des abus; et les articles en sont nombreux : abus de l'hôtel du roi dans ses réquisitions arbitraires de denrées ou de vivres (droit de pourvoyancé)', abus des shériffs ou vicomtes dans leurs tournées et leurs enquêtes; abus des clercs de l'Échiquier et des agens forestiers; abus des seigneurs dans l'extension de leur clientèle sous le couvert de leur livrée, et dans ce patronage insolent qui arrêtait le cours de la justice {maintenance) ; abus des hommes de loi de tout ordre, des juges ecclésiastiques qui épargnaient les meurtriers, des geôliers mêmes qui laissaient aller en liberté les prisonniers pour dettes, au grand dommage des créanciers; abus de la cour de Rome dans la réserve et la collation des bénéfices ou dans la
II levée du denier de saint Pierre. Les communes de- Ij mandaient encore l'éloignement immédiat et à toujours des mauvais conseillers à qui l'on imputait les souffrances du pays et l'épuisement du trésor; la révision et la révocation, s'il y avait lieu, des dons faits sous le dernier règne, avec des mesures contre le retour de semblables excès à l'avenir; l'observation de la loi commune, et la conversion en statuts, c'està-dire en loi perpétuelle, de toute pétition accueillie de la formule le roi le veut; la restriction des tribunaux exceptionnels, et l'appel au banc du roi des décisions prises par l'Échiquier. Elles demandaient que le parlement, vraie cour d'appel contre les abus, lût réuni tous les ans : c'était déjà à peu près la
i coutume, mais elles voulaient qu'on en fît une loi ; i que les shériffs, agents principaux de l'autorité royale ; dans les comtés, et les eschetoursj officiers du domaine I chargés de tenir note des biens échus par succession I et des droits qu'y pouvait avoir la couronne, ne fusi sent nommés que pour un an et ne pussent être re- ! mis en fonction avant trois ans révolus ; que les tré- ' soriers du subside des laines rendissent leurs comptes des recettes et des dépenses à la chambre des lords. I^]lles n'avaient garde d'oublier ce qui touchait à la ii;uerre, principale cause des impôts; et elles faisaient là aussi leurs remontrances ou leurs recommandations : envoyer de bons capitaines dans les villes de Gascogne et dans les places les plus menacées; forcer les seigneurs qui avaient le profit des châteaux pendant
les trêves^ à les approvisionner et mettre en défense ; faire comparaître devant le parlement et punir ceux qui avaient rendu leurs places à l'ennemi; aider les villes à relever leurs murailles ; prendre des mesures sérieuses pour réparer et prévenir les désastres des flottes; assurer toute protection à Télaple ou marché public des laines et de tout le commerce extérieur, établi alors à Calais; lui donner plus sûre garde qu'il n'avait été fait devant la guerre : attendu que là est « la substance de tout le trésor d'Angleterre^ » et par suite le. principal objet des efforts de l'ennemi; et si, d'un parlement à l'autre, la puissance de l'ennemi sur mer devenait si grande que les marchands n'y pussent aller sans péril pour leur vie ou leurs biens ^ elles demandaient que le roi et les lords fixassent un autre lieu où le commerce pût se continuer sans dommage.
Les pétitions des communes en cette année ne nous offrent pas seulement le tableau des désordres de Tadministration en Angleterre et des moyens qu'on avait d'y porter remède : elles témoignent aussi des intérêts égoïstes de la bourgeoisie aussi bien que des seigneurs, et de l'esprit du temps. Les communes se plaignent qu'on ne tienne pas la main à la loi des laboureurs : loi publiée au lendemain de la peste noire, quand le fléau avait dépeuplé le pays, et que les survivants ou se refusaient au travail , ou, tirant profit de la rareté de l'ouvrier, mettaient leurs bras à un prix excessif. Edouard lil avait or-
donné que tout homme libre ou serf, valide et de moins de soixante ans, ne vivant ni de métier ni de . négoce, n'ayant ni revenus ni terre, fût contraint de travailler au service de quiconque l'en requerrait, au taux du salaire en usage dans la vingtième année de son règne (1346); et il avait imposé un semblable maximum aux artisans des divers métiers, ou aux marchands de tout objet de consommation. C'est cette loi que les communes voulaient maintenir avec de nouvelles rigueurs, demandant que les constables (connestables) ou magistrats des villes eussent pouvoir d'arrêter les délinquants; que nul laboureur n'eût la faculté de se faire artisan, si dans le pays quelqu'un avait besoin de son travail; et qu'en même temps le roi protégeât les maîtres contre les menaces de mort des serfs qui refusaient de servir. Elles demandaient que l'on bannît les étrangers, dans lesquels on voulait voir comme autant d'espions de l'ennemi; qu'on saisît leurs biens et qu'on en usât, soit pour indemniser ceux qui avaient perdu les leurs pendant la trêve, soit pour subvenir aux besoins de la guerre.
Le roi, ou du moins ceux qui parlaient en son nom , firent leurs réserves sur quelques points en faveur des prérogatives royales; et, par exemple, sur le coroncr, magistrat chargé de certaines enquêtes, que lescom munes, pour prévenir tout conflit, voulaient faire nommer par le maire, à Londres. Ils refusèrent aussi de rien ajouter à la rigueur de la loi contre les laboureurs; renvoyant aux tribunaux Texamen
des griefs particuliers, et se bornant à défendre^ d'une part les exonérations illégales, et de l'autre les rassemblements menaçants qui se formaient déjà dans les campagnes. Mais ils adhérèrent à la plupart des autres demandes; et le statut publié à la suite de ce premier parlement, tout en confirmant les libertés publiques et les défenses portées contre les abus signalés, ordonnait, par exemple, selon la requête des communes, que les shériffs ne seraient nommés que pour un an, et ne pourraient rentrer en place qu'après trois ans révolus {a).
Le parlement avait donc réglé toutes choses selon sa volonté; et quand il se sépara, le 28 novembre, il n'abandonnait rien à l'aventure. Il laissait le pouvoir à un conseil formé par la chambre des lords, et à des oiïiciers nommés par eux, avec cette clause qu'ils ne pourraient être remplacés sans cause urgente avant la réunion d'un parlement nouveau. Les oncles du roi, qui auraient pu prétendre à gouverner le royaume pendant son jeune âge, n'étaient point d'ailleurs destitués de toute influence. Placés sur les marches du trône^ et par leur naissance à la tête des lords, ils tenaient aussi le premier rang dans les grandes dignités de l'Etat : le duc de Lancastre comme sénéchal d'Angleterre^ le comte de Buckingham en qualité de connétable; et ils avaient encore la main au pouvoir par la garde de la personne du roi, que le parlement n'avait pas voulu leur disputer^ et par les hommes à eux dont ils avaient composé sa maison.
Ce gouvernement , qui semblait être le gouvernement du pays par lui-même, ne répondit point aux espérances qu'il devait inspirer.
Le règne s'ouvrait en pleine guerre. Edouard lll, dans les dernières années, avait été heureux de conclure^ sous la médiation du pape, une trêve avec la France. La trêve expirant, Charles V n'eut garde de la renouveler. Il reprit TolÎKnsive, et déjà les vaisseaux de la France allaient piller les côtes de l'Angleterre. L'Angleterre, il est vrai, faisait plus que d'insulter passagèrement à nos rivages. Elle y gardait ses grandes positions : Calais, Bordeaux; et elle sut encore, dans ce temps même, relier en quelque sorte ses établissements du nord et du sud de la France, en occupant les deux points intermédiaires les plus considérables, lesdeuxgrands ports delà Bretagne et de la Normandie: Brest et Cherbourg. Par des traités particuliers avec le duc de Bretagne et le roi de Navarre, comte d'Évreux , ses deux alliés (avril et août 1 378) , elle 86 fit remettre en garde ces deux places : Cherbourg pour trois ans, terme qui fut prorogé avant l'échéance ; Brest jusqu'à la fin de la guerre; et le traité portait même que si le duc de Bretagne venait à mourir sans enfants, le château de Brest avec ses dépendances appartiendrait au roi d'Angleterre (a).
Mais les succès diplomatiques ne furent pas soutenus par les résultats de la campagne. L'Angleterre, humiliée par les courses de nos marins sur ses rivages, avait voté un subside considérable; et le duc
de Lancastre, pour reprendre par un autre côté le premier rôle, avait obtenu, non sans peine d'ailleurs, qu'on le lui remît tout entier, s'engageant à garder l'Angleterre de toute attaque pendant l'année et à remporter quelque grand avantage. Il reçut des événements les plus cruels démentis. En Angleterre un chef écossais, suivi de Français et d'Espagnols, vint enlever des vaisseaux anglais jusque dans le port de Scarborough, et ne fut châtié que par une petite flotte, armée aux frais de J. Philipot, bourgeois de Londres. Au dehors, Robert Knolles et Hugues de Calverley, l'honneur de la chevalerie anglaise, eurent bien encore sur divers points leurs succès ordinaires; m.ais la flotte, qui attendait Lancastre pour aller en Bretagne, fut battue par la tempête, battue par les Espagnols; et quand le duc vint en prendre le commandement, ce fut pour échouer devant Saint-Malo (1378) (a).
C'est à la suite de ces revers que le parlement se réunit à Glocester. Lancastre, qui avait repris et cachait moins son ascendant, avait eu plus d'une raison pour le faire convoquer loin de Londres; et la principale était un incident qui y tenait encore tous les esprits en émoi contre lui.
Au temps des guerres du Prince Noir en Espagne, deux chevaliers avaient pris, à la bataille de Najara, un noble castillan qu'ils avaient rendu à la liberté sous promesse de rançon, gardant son fils en otage. La rançon n'ayant pas été payée, le jeune homme était resté en Angleterre. Lancastre voulait qu'on le
lui remît, dans l'intérêt de ses desseins sur le trône deCastille; et, comme les deux chevaliers s'y refusaient et cachaient leur otage, il les fit enfermer à la Tour. Ils parvinrent à s'en échapper et à se réfugiera Westminster. Mais contre les volontés de Lancastre il n'y avait pas d'asile inviolable : une troupe conduite par le gardien de la Tour et par des amis du prince, absent alors, envahit l'abbaye. L'un des deux chevaliers fut surpris et ramené à sa prison; l'autre, qui s'était mis en défense, tué au pied même des autels, et un clerc avec lui. Cette violence produisit l'effet qu'on devait attendre. L'archevêque de Canterbury fulmina Texcommunication contre les chefs de la troupe sacrilège et contre leurs complices; et Tévêque de Londres, sans tenir compte des injonctions contraires, publia la sentence et ordonna qu'elle fût proclamée quatre fois par semaine dans Téglise Saint-Paul : en frappant les complices, l'arrêt épiscopal exceptait nommément le roi, sa mère, et le duc de Lancastre. Mais Lancastre se voyait avec fureur désigné par cette exception même : car tout le monde savait que le coup de main s'était fait par son ordre et à son profit. Aussi, revenu de son expédition, voulait-il marcher sur Londres et enlever l'évêque opiniâtre au milieu de ces « ribauds », comme il appelait les Londriens. Le conseil du roi s'y refusant, il fit au moins que le parlement fût réuni ailleurs qu'en ce lieu témoin de son fatal exploit. Il projetait, dit-on, contre les franchises de l'Eglise
des mesures où il craignait l'opposition de Londres, après ce qui venait d'arriver. Toutefois, s'il est vrai qu'il ait eu cette pensée^, il ne trouva pas plus d'accueil à Glocester : car il n'y en a point trace parmi les actes de ce parlement (a).
Le parlement s'ouvrit le 20 octobre 1378, et ce fut l'évêque de Saint-David, chancelier, qui exposa, selon l'usage, l'objet de la convocation. Le parlement était appelé pour aider à maintenir les libertés de l'Église, les lois du pays et la paix publique ; pour satisfaire à la règle de la convocation annuelle demandée par la dernière assemblée et agréée du roi, et enfin pour aviser aux nécessités de la guerre. Richard le Scrop, sénéchal de l'hôtel, devait le lendemain faire un exposé plus étendu de la situation. Il le fit, et sa conclusion était que, pour garder ses positions, Calais, Cherbourg, Brest, Bordeaux, Bayonne, l'Angleterre avait besoin de nouveaux subsides ; car l'ennemi menaçait tous les points et le trésor était à sec. Ce tableau des possessions de l'Angleterre n'avait plus le don d'exciter Tenthousiasme, quand il aboutissait à semblable conclusion. V orateur remercia le roi de sa sollicitude pour les libertés et pour la paix publique; mais il exprima de Tétonnement que le dernier subside, avec les ressources que le roi trouvait d'ailleurs dans son domaine et dans les droits régaliens, n'eût pas suffi à tout. Le débat fut long. Richard le Scrop alléguait, outre les frais de la guerrC;, ceux du couronnement; les com-
miines, la libéralité comme aussi les conditions du dernier impôt. Elles alléguaient encore les ravages ie la dernière épidémie et de la guerre ; elles diraient que le pays était épuisé, soupçonnant que le trésor l'était moins. Et comme le sénéchal invoquait la déclaration des deux commissaires nommés pour surveiller la levée et l'emploi du subside, elles demandèrent que l'on produisît les comptes des dépenses, réclamant en outre que l'on fît connaître au parlement les noms des grands officiers et des membres du conseil chargés de gouverner pour Tannée [Suivante (a).
Produire les comptes devant le parlement était la sanction véritable de ce qu'on lui avait octroyé, m tirant de son sein deux commissaires pour surveiller la levée et l'emploi du subside. Mais c'était un acte sans précédent, et, s'il passait en droit, une atteinte aux vieilles - prérogatives de la couronne. Le gouvernement, en l'accordant cette fois, fit ses réserves pour l'avenir , déclarant qu'on ne devrait point s'en prévaloir. Pour ce qui regardait les grands officiers et les membres du conseil, il promit d'en communiquer la liste au parlement; mais le roi se réservait de nommer les officiers sur l'avis des lords, et le conseil, selon qu'il lui plairait à lui-même. On pressait en même temps rasseml)iée de voler le subside et lie hâter son vote , afin d'abréger la session, et d'épargner ainsi au pays les frais d'entretien dus à ses représentants.
Los coiniuiinosso mironl à Tonivro. l\llos auraient voulu quo K\s soiiiuours leur ouvoyassoul cinq ou six tl\Maro eux pour traiter avw elles les affaires mises en ilèlibèration : mais les lords prirent celle fois en ilèlianee une requcMe qui, au prt^etHlenl parlement, avait semhU^ ilictêe |>{\r un sentiment de déférence pour les lumières de la chambre haute. Us répondirent que c'était eontiv l'usage, et qu'il sutVirait de nommer^ de prt et d*autre, cinq ou six commissaires qui tien» draienl conférence et fenùent ensuite leur rapport à chaque état sépamuent. la grande question était \% puern\ h\ guerre, rendue nationale par les victoires d'Kdouartl IIK était devenue moins populairt\ denui^ qu'au pri\ de tant d argent elle ne rapportait plus^ que des échecs. Ou aimait à se dire que si le nn re^ 'vendiquait la France comme héritage, c était à lui de^ supporter les fn\is du débat. Lorsque le rôle des re* celles et des déi>ense8 du dernier subside eut été, selon leur demande, soumis à Texamen des communes, elles ne manquèrent p^is de faire ' ^ • v
serves sur ce jHÙnl : elles signalèriMit une de, ^ .:a( 4tU>00 li>Tes pour la garde des possessions du dehors, Odais, Brest, CherlHuirg, la Gascogne, l'Irlande même, demandant qu'on la mtt au compte da domaine, attendu que les pavs étrangers ne les n^gardaienl |HÙnt. Les arguments ne r . , «^
réplique. Os forteres^t^-î »•• '^"tees ^v . v . . v v f
los lHHile>ar\is de l'A ^ re: cVtail pour la feiulre qu*on occupait le jx\vs des autres : argur
1378 I/KNJ'.\-M.i'. iJh j'.iijj/\]'.l>. 20
onlcslablo flans doute, à voir comme; les Français, nal^ro celte occupation (Je leurs rivaf^es, allaient )iller ceux des Anglais. Les communes, du reste, ne »ro[)Osaient pas de les abandonner : elles voulaient eulem(;nt qu'on y pourvût sans charger le pays daantage. Klles finirent par voter un subside qui proacltait de suffire à tout. Kilos prorogèrent de six fiois (Miviron Timpot des laines voté [)Our trois ans, n la cinciuantièmc année d'Kdouard III (]'M()), y jontauL iina taxe supplémentaire sur les mêmes obîtH, (;t un droit de six deniers par livre (2 1 pour 100; ur toute marchandise, tant à l'entrée qu'à la sortie 'Anglet(îrrefa).
A ce f)rix, elles couiptaient bien fju'on aurait égard leurs plaintes ordinaires sur Tétat du royaume, .(îurs pétitions demandent encore que les libertés )i(;iil, maintenues, la loi commune observée, la paix ubiique garantie contre les brigandages, Tagriculjre protégée, même aux dépens de la liberté des laourours. Elles veulent contre eux une loi des fugif fs : (pi'on les poursuive dans les comtés où ils cherhent d'autres moyens de vivre, dans les villes où ils e l'ont artisans, dans les ports, matelots. Klles prient i roi de mettre un terme aux réclamations abusives e l'Kchiquier, des pourvoyeurs, des receveurs de Eglise, des hommes de loi; et, pour limiter de uehjue façon leurs excès, elles demandent que les ws-eschelours (agents du domaine;, les sous-vicomtes t les clercs de vicomtes, comme les vicomtes (shérifTs;
30 LIVRE PREMIER. [137î
eux-mêmes, ne restent point en leur office plus d'ui an. En même temps qu'elles crient contre les extor-j sions, elles veulent que le roi tienne la main à la renj trée des revenus légitimes; qu'il fasse observer la 1( touchant Tétaple de Calais ; Calais, on l'a vu, étai] le lieu où se devait faire exclusivement tout le coi merce de l'Angleterre avec les pays du dehors! Le roi, en accédant à cette pétition, fait une réserva qui prouve jusqu'à quel point s'étendait la règle c'est que les Gascons qui apportent leurs vins en Ai gleterre puissent, en échange, emporter du beurre du fromage sans l'aller prendre à Calais I — Les con munes recommandent encore au roi d'aviser à l'abul des bénéfices donnés aux étrangers ; et profitant di schisme qui venait d'éclater entre Urbain VI , élu Rome^ et Clément Yll, revenu à Avignon, elles d( mandent qu'on mette la main sur les biens des cai dinaux du parti de ce dernier. Elles insistent pouj que les frontières soient défendues , les rivages proj tégés; que les seigneurs qui y ont des biens soiei forcés de contribuer à une défense où ils ont plui d'intérêt que personne; et qu'on relève la marine dont la décadence laisse l'Angleterre exposée aux inj suites de l'ennemi (a) .
Le parlement s'était à peine séparé, qu'une bell occasion parut s'offrir au gouvernement anglais d( prendre sa revanche sur la France. Charles V s'éta^ cru en état de punir le duc de Bretagne de ses longu( infidélités, en déclarant son duché réuni à la coi
ronne; et par cet acte dont il se promettait la Bretagne, il avait tourné les Bretons contre lui. Il fallait en profiter; mais le trésor était vide : les taxes supplémentaires, votées au dernier parlement, ne commençaient qu'à Pâques. On fit un emprunt, battant monnaie avec le grand sceau; et ces obligations ne suffisant pas, on engagea les joyaux mêmes de la couronne. C'était trop peu encore; mais pour aller plus avant, le conseil du roi ne se crut pas assez de pouvoir. Dès la Saint-Hilaire (14 janvier 1379), il convoqua les lords en grand conseil , et ceux-ci refusant de prendre une décision qui devait imposer au pays de nouvelles charges, on convoqua le parlement pour la quinzaine de Pâques (25 avril 1379) (a).
Il fallait exposer les motifs d'une réunion si précipitée ; c'est ce que fit Richard le Scrop, nommé chancelier au dernier parlement (29 octobre 1378). On avait été contraint d'emprunter 20 000 marcs^ et le subside voté à Glocester n'en avait donné que 6000. Il y avait donc à couvrir la différence, et à fournir en outre la somme nécessaire à l'expédition qu'on voulait faire en Bretagne. Pour résoudre les communes à de tels sacrifices, on devait leur en prouver la nécessité; et le chancelier se trouvait amené à leur offrir de mettre sous leurs yeux tous les comptes du trésor. Ainsi les communes entraient de plus en plus en possession de cet important privilège. Mais il ne leur sulVisait pas de contrôler l'emploi des deniers publics, elles voulaient le régler pour l'avenir : et elles nom-
mèrent une commission pour s'enquérir en même i temps et des revenus du royaume et des dépenses de l'hôtel du roi (a).
Les pétitions de cette année portent l'empreinte ^ du mécontentement et de l'esprit de défiance qui se répandaient dans le pays. Et d'abord, pour mieux s'assurer que leurs réclamations ne soient pas vaines, les communes demandent qu'on y réponde avant la dissolution du parlement. Puis, entrant en matière, elles se plaignent et des rigueurs et des faiblesses à contre-sens de l'administration : rigueurs à l'éo-ard du peuple qu'on accable d'exactions; faiblesses envers les brigands qu'on laisse impunis, ou les prisonniers qu'on ne garde pas. Elles demandent qu'on abolisse les commissions établies pour arrêter les malfaiteurs en attendant la tournée des juges ordinaires : commissions qui semblaient moins utiles à la sécurité générale que dangereuses à la liberté de chacun; que le vicomte ou shériff ne puisse être chargé, dans son ressort, des fonctions déjuge de paix (magistrature importante, qui devait maintenir la paix publique); que l'on nomme à cet effet cinq ou six Juges par chaque comté, avec le devoir de tenir leurs assises quatre fois par an, et de faire comparaître devant eux les serfs (servants), les laboureurs et les artisans rebelles à la loi d'Edouard III. Elles demandent qu'on supprime les trésoriers des guerres, le trésorier général devant suflire à tout. Elles signalent la manière dont s'étaient faits les derniers emprunts : des blanc-
1379] L'ENFANCE DE RICHARD. ôS
seings remis aux mains des officiers du roi, leur avaient permis de faire souscrire arbitrairement ceux qu'il leur plaisait, par la menace de les traduire devant le conseil. Elles veulent qu'on tienne la main à l'expulsion des religieux étrangers réclamée, au dernier parlement; qu'on réprime les fraudes dont le trésor avait à souffrir dans la vente des laines; qu'on mette une taxe sur les draps d'or et de soie, comme sur les joyaux importés en Angleterre, et un frein au luxe lui-même par une loi somptuaire. Elles recommandent enfin qu'on veille efficacement à la défense des frontières^ à la garde des rivages et à la sécurité des mers : pour entretenir la flotte chargée d'y veiller, une taxe de six deniers par tonne fut établie sur les bateaux marchands ou pêcheurs, par chacun des voyages accomplis, ou par chaque semaine passée à la pêche (a) . Un subside plus considérable était réclamé par les besoins généraux du royaume. Les communes, prenant en considération l'état du pays^ révoquèrent la taxe sur les marchandises et le supplément à l'impôt des laines, votés au parlement de Glocester; et^ r;amenant ce dernier subside à Tancien taux, elles y ajoutèrent une taxe personnelle, dont le tarif fut ainsi réglé d'un commun accord :
Le duc de Lancastre, et le duc de Bretagne résidant en Angleterre et traité en Anglais, 10 m. (133 sh. 4 d.)
Les présidents du banc du roi et des plaids communs, le baron de l'Echiquier, 5 1. (100 sh.)
Les comtes ou les comtesses veuves; — le maire de Londres, 41. (80 sh.)
Les barons, bannerets et chevaliers ou leurs veuves; — prieur de l'Hôpital; — les aldermen de Londres et les maire des grandes villes ; — les sergents de loi et apprentis de 1^ (jurisconsultes) de 1" ordre ; — les avocats, notaires et procu^ reurs de même degré, 2 1. (40 sh.)
Les bacheliers, écuyers ou leurs veuves, suivant leur foi tune ; — les commandeurs et chevaliers de l'Hôpital ; — le! maires des petites villes, les jurés et marchands des plus grandes; — les avocats, notaires de moindre rang, 20 sh. 10 sh.; 6 sh. 8 den.; 3 sh. 4 den.
Les hommes et femmes mariés, 4 d. par couple.
Les hommes et femmes non mariés au-dessus de 16 ans 4 d. par téte^
Le clergé, convoqué en synode dans les deux pro vinces de Canterbury et d'York, s'imposa comme le laïques et dan s les mêmes proportions : les deux arch( vêques 1 0 marcs, les évêques et abbés mitres 6 marcî les abbés inférieurs et tout le reste du clergé, tant ré gulier que séculier, en raison de leurs revenus. Dam les abbayes de quelque importance, les abbés, ouin leur taxe personnelle qui les égalait à des comtes, m payèrent pas moins de quarante deniers pour chacui de leurs moines.
1. Rot. Pari., t. III, p. 57. On sait que la livre vaut 20 sous e le sou 12 deniers. Le marc qui, en France, se prend pour la demi livre, valait en Angleterre 13 sous 4 deniers. Cela résulte d'un très grand nombre de textes pour le temps dont nous parlons. La mon naie en Angleterre a gardé dans ses subdivisions la valeur que la" nôtre, même comme monnaie de compte, a perdu sous Tinfluence des altérations successives des espèces monétaires. La livre sterling valait 25 de nos livres au temps de Louis XVI, et le shilling, ou sou sterling, 25 de nos sous. C'est encore à peu près la même valeur aujourd'hui.
2. Conc. Briiann., t. 111, p. 141 et 145, 29 avril et 9 mai 1379; Wals., p. 221. Le moine Walsingham pousse les hauts cris.
li [1380] L'ENFANCE DE RICHARD. 35
► Avec ces ressources, le gouvernement anglais se crut enfin en mesure d'agir. Les Bretons confédérés à Rennes (26 avril 1379) venaient de rappeler leur duc (4 mai); on leva en Angleterre une troupe de 2000 hommes d'armes et de 2000 archers pour le ramener dans ses États; et le duc de Lancastre fut revêtu de pleins pouvoirs pour défendre le royaume par terre et par mer (1 2 juin 1 379). Mais la flotte, commandée par Jean d'Arundel, périt dans une tempête : on y vit le châtiment des excès qu'il avait commis en Angleterre avant de mettre à la voile; et l'argent sur lequel on comptait fit défaut. La taxe personnelle votée en parlement, jointe au subside semblable accordé par le clergé, ne produisit que 22 000 livres, et la solde des troupes en demandait 50 000. Il fallut réduire la petite armée destinée à la Bretagne, réduire les troupes réclamées pour la défense de la Picardie et de la Gascogne ; et rien ne restait dans les caisses publiques, ni pour rembourser l'emprunt, ni pour subvenir aux besoins de tous les jours : car les Flamands venaient de se soulever contre leur comte (1379); tout le pays était en trouble, les métiers en souffrance : on n'achetait plus de laine; et le trésor d'Angleterre voyait se tarir la principale source de son revenu (a).
Le parlement fut donc réuni dès les premiers jours de l'année (14 janvier 1380) à Westminster, et le chancelier ne put que renchérir sur le tableau fort triste qu'il avait présenté à la dernière assemblée. Cette fois la patience des communes était à bout. A
peine eurent-elles choisi leur orateur, qu'il vint à leiuL tête dans le parlement, et, après la protestation d'tB sage, il signifia leurs résolutions. Elles déclarèrent par sa bouche que si le roi avait été bien gouverné, on n'aurait point fait de si grandes dépenses; et, s'en prenant à qui de droit, elles demandèrent que les lords et les prélats du conseil fussent déchargés leurs fonctions; que le roi ayant l'âge de discrétio l'âge qu'avait son aïeul quand il fut couronné, go vernât seul, assisté des cinq grands officiers : cha celier, trésorier, garde du sceau privé, grand chambellan et sénéchal de Fhôtel; stipulant comme toujours que ces officiers fussent élus dans le parlement, et ne pussent être destitués avant la réunion prochaine : c'était faire tout dépendre de cette assemblé Afin d'apurer les comptes^ à partir du jour où lui livrait le pouvoir, l'orateur demandait que l'on instituât une commission pour faire enquête sur toutes les recettes et les dépenses de la couronne, tant en deçà qu'au delà de la mer, sans excepter l'hôtel du roi, depuis l'époque de son couronnement (a). ■
Les lords étaient sur tous ces points d'accord avec les communes. Le conseil se retira. On plaça près du roi, pour veiller sur sa personne et l'assister, Thomas Eeauchamp, comte de Warwick; on forma la commission d'enquête de prélats, de lords et de députés des communes, et l'on publia, sans plus attendre, au nom du roi, l'ordonnance qui lui conférait ses po voirs {b) .
Le gouvernement ainsi constitué, on lui devait donner les moyens d'agir. On vota un dixième et demi pour les cités et les bourgs, un quinzième et demi pour le reste du pays, avec cette clause, que ce subside serait entièrement appliqué à l'expédition de Bretagne; et l'on prorogea d'un an l'impôt des laines, qui devait finir à la Saint-Michel. Au commencement du règne, on avait prié le roi de réunir le parlement tous les ans ; or, depuis quinze mois à peine, on l'avait convoqué trois fois. Les communes demandèrent qu'on ajournât la première réunion à la Saint-Michel de l'année d'après : elles voyaient trop à quelle fin et à quel prix se faisaient des convocations si fréquentes. Elles priaient d'ailleurs qu'on remédiât aux abus ordinaires : création des agents du fisc, provisions ou réserves du pape en faveur d'étrangers, etc. ; qu'on mît le pays en défense, et qu'on le protégeât, nonseulement contre les incursions de l'ennemi, mais aussi contre les pillages de ses propres défenseurs : les violences de Jean d'Arundel justifiaient cette plainte; enfin, par un nouvel empiétement de pouvoir, elles demandaient que les juges, dont la mission (tait de veiller à la paix publique, fussent nommés par les lords eux-mêmes au sein du présent parlement. Il fut dit que le roi aviserait (a).
Tout semblait établi, tout promettait de marcher à la satisfaction générale : le parlement gouvernait par les grands officiers; et l'ambition des oncles du roi trouvait au dehors de quoi se satisfaire.
La mort de Henri de Transtamare (mai 1379) avail réveillé toutes les prétentions du duc de Lancastre la couronne de Pierre le Cruel, son beau-père. Le roj de Portugal, qui, en haine de l'Espagne, s'était atta^ ché à sa cause, avait défié le nouveau roi de Castillej Jean V% et ne demandait que d'être soutenu. Un trail avait été conclu, qui reliait plus que jamais l'Angh terre aux intérêts de la Péninsule; car tandis que 1| roi de Portugal devait aider Lancastre à monter ai trône de Gastille, il s'engageait à donner sa fill^ unique au fils du comte de Cambridge, le second des oncles du roi. La Castille et le Portugal devenaient donc la part des deux aînés. Quant au troisième, Buckingham, il trouvait une autre compensation : c'est à lui qu'était confiée la grande expédition préparée à l'appui de la Bretagne. Tout le dernier subside était consacré expressément à son entreprise; et il voyait accourir autour de lui les plus vaillants capitaines de l'Angleterre, Robert Knolles^ Hugues de Calvgrley, Thomas Percy, Thomas Trivet, et beaucoup d'autres (a).
Mais la suite répondit mal à tant d'espérances.
Buckingham se rendit en Bretagne, non par le trajet direct : on craignait trop de rencontrer au passage les flottes de l'Espagne et de la France; mais par Calais et par la voie de terre : on redoutait moins de traverser la France en présence de nos troupes^ car ces troupes étaient enchaînées par des ordres dont heureusement nos marins étaient affranchis. De
ijCalais^ il prit son chemin par l'Artois, le Verman- Idois, la Chajnpagne! On eût dit que pour passer la : Seine il lui fallût remonter à sa source! Il marchait en bon ordre} car il était suivi, et les Français (cela ne leur était pas défendu) « ratteignoient à la fois et ruoient jus (mettaient à bas) les fourrageurs anglois : » mais nulle part il ne fut combattu ; et après avoir défié ^ bravé jusque dans Troyes le duc de Bourgogne en personne, il reprit du même pas le chemin de la Beauce, avec moins de facilité pourtant : les passages de la Sarthe et de la Mayenne étaient gardés, et le pays plein de gens résolus à les défendre. La mort de Charles V aida les Anglais à se tirer du péril. Le duc d'Anjou et plusieurs grands barons avaient quitté leur poste pour se rendre à Paris. Buckingham arriva donc au terme de son voyage; mais il y gagna peu. Charles V en mourant avait reconnu les torts de sa politique envers la Bretagne; et ses frères, suivant ses dernières instructions, inaugurèrent le règne du jeune Charles VI en réconciliant les Bretons et- leur duc lui-même avec la couronne. Les Bretons redevenaient Français du jour où on ne parlait plus de les incorporer à la France. Le «lue avait de plus fortes attaches du côté des Anglais; mais ses sujets lui remontrèrent que les Anglais, maîtres de Brest, ne lui laissaient plus qu'un vain titre : a Car, disaient-ils, n'est pas duc de Bretagne qui n'est sire de Brest. » Et le duc, n'ayant d'ailleurs d'autre alternative que de congédier les Anglais ou
de repartir avec eux, finit par accepter les conditions de Paris, s'excusant fort auprès de ses alliés de la veille : si bien que Buckingham, qui avait accompli si heureusement son voyage de Calais à Vannes par Troyes en Champagne, revint comme il était venu, mais par la voie directe celte fois, en Angleterre (a).
Avant qu'on pût prévoir ce résultat, lorsque l'arrivée du comte en Bretagne donnait au contraire les meilleures espérances, le parlement avait été réuni à Northamplon (5 novembre 1380). Il s'en fallait qu'on eût attendu le terme marqué par le vœu des communes ! Et pourquoi Northampton? pourquoi réunir une si grande multitude, au cœur de l'hiver, dans un lieu où elle devait si difficilement trouver à se loger ? Tout le monde en murmurait, et Londres surtout, que l'on avait dessein d'éviter en convoquant le parlement à Northampton : car on y voulait punir un meurtre dont ceux de Londres avaient été complices; et l'on savait que la clameur publique contre de nouveaux sacrifices, redemandés si tôt à la nation, trouverait plus d'éch'bs dans cette grande cité {b).
Les besoins étaient pressants en effet. Le subside n'avait pas été détourné de sa destination. Rien n'a vait été fait encore pour l'Espagne. Il avait été convenu que Lancastre irait préalablement mettre e défense les frontières d'Ecosse, où les trêves étaien expirées : il y était; et Cambridge, qui le devait pré
fl
céder en Portugal, n'était pas encore parti. Rien donc n'avait été dépensé de ce côté : mais il fallait soutenir le duc de Lancastre sur les frontières d'Ecosse, et le comte de Buckingham en Bretagne; car en Bretagne pas plus qu'aux marches de l'Ecosse, les deux armées ne pouvaient vivre aux dépens du pays. L'archevêque de Canterbury, Simon Sudbury, chancelier nommé au dernier parlement^ fit l'exposé de la situation et de la détresse du trésor; les joyaux de la couronne étaient toujours engagés; le subside des laines, les troubles de Flandre durant, ne rapportait pas davantage. On était obligé pour six mois encore envers l'armée de Buckingham, et l'on devait trois mois de solde aux garnisons de Calais , de Brest et de Cherbourg : en sorte qu'on avait à craindre leur désertion et la perte des places. Ajoutez l'Ecosse à observer, l'Irlande à contenir et les rivages à défendre (a).
Les communes prirent un jour pour examiner l'état des affaires; puis elles revinrent à la Chambre des lords, et là, en présence du roi et des seigneurs tant spirituels que temporels, l'orateur demanda une déclaration plus expresse de ce qu'on réclamait, priant le roi de ne pas aller au delà du nécessaire, parce que les communes étaient pauvres. On fixa la somme à 1 60 000 livres. — Elles se récrièrent, demandant qu'on se réduisît à une somme plus supportable, et priant en outre les prélats et les lords de voir eux-mêmes par quel moyen on la pourrait le
mieux recueillir. Les lords délibérèrent longuement à part, et, rappelant les communes, ils leur proposèrent trois modes à leur choix : 1" une capitation d'un certain nombre de groats\ à payer par tous, hommes ou femmes, le fort aidant le faible; 2"^ une taxe sur toute marchandise achetée ou vendue dans le royaume, à la charge du vendeur; 3° la ressource ordinaire des quinzièmes et des dixièmes. Ils indiquaient leur préférence pour le premier moyen, comme le plus expéditif et le moins onéreux. Les communes, après un long débat, revinrent et dirent que, malgré leur détresse, elle voteraient 1 00 000 liv. si le clergé, qui avait le tiers des biens du royaume, voulait pour sa part en donner 50 000. Le clergé protesta, du moins quant à la manière dont on cherchait à l'engager. Il ne voulait pas que sa contribution parût résulter d'un vote du parlement. Mais il dit que lorsque les communes auraient voté, il ferait ce qui serait nécessaire. On s'en tint donc à la somme proposée; et pour l'avoir, on adopta le mode préféré des lords : une capitation de trois groats (12 pence ou 1 shilling) par personne , homme ou femme, au-dessus de quinze ans, les mendiants exceptés : les plus riches dans chaque ville devaient subvenir aux plus pauvres, de telle sorte pourtant que nul ne payât, pour soi et sa femme, ni moins de 1 groat ni plus de 60 (20 schillings ou 1 livre) (a).