CHRONIQUES OU HISTOIRES PLUS MODERNES
1" Histoires spéciales.
Hayward (mort en 1627), the history of the life and reign of
Henry IV. Lond. 1599, in-4. Réimprimé en 1642 (in-12),
avec une vie de Henri III de Robert Gotton.
Cette histoire, qui ne contient que la première année de
Henri IV, reprend en résumé l'histoire de Richard II, et s*étend
sur la déposition de ce roi et la révolte qui la suivit. Elle est
toute dans l'esprit des historiens lancastriens qu'il a pris pour
guides. Nous donnerons des preuves de son aveugle partialité.
An historkal narration of that mémorable parliament which wrought Wonder, begun at Westminster 1386 in the tenth yeare of the reign of King Richard the second. — Related and publishedby T/î ornas Fanna NT, clerk.PrintedintheyearelQkl. Nous reviendrons en son lieu sur ce pamphlet. Il fut acquis
parles Bénédictins de Douai en 1648, et se trouve maintenant
dans la bibliothèque de cette ville.
The Life and reign of king Richard the second, by a person of
quality. Lond., 1681, in-12.
L'auteur ne fait guère que suivre, comme il le déclare luimême, Walsingham et Knighton, donnant in extenso les pièces qu'ils reproduisent, et renchérissant sur leurs appréciations. Il
appelle les amis de Richard cette cabal : ce mot seul dit sous quelle influence, en quel temps et dans quelle pensée l'ouvrage fut écrit.
Nous n'avons pu trouver les deux ouvrages suivants de la même époque :
The history of the reigns of Edward and Richard II, with reflexions and caracters of their chief ministers and favourites (by S. Robert Howard). Lond. 1690, in-8. Le rapprochement des règnes d'Edouard II et de Richard II
dit assez quelle est l'idée dominante de cette histoire.
S. G. Saville (marquis de Halifax). Observations upon the reigns of Edw. /, Edw. II y Edw. III and Richard II, with remarks upon their faithfull counsellors and false favourte. Lond. 1689, in-8.
L'esprit du livre déborde dans le titre.
iî* Histoires générales.
Chronicle of ¥kmm, Lond. 2 vol. in-folio, 1559.
L'histoire de Richard II y est fort abrégée et pleine de confusion.
IIall's chronicle (de Henri IV à Henri YIII). Lond. 1809.
Grand in-4 collationné sur les éditions de 1548 et de 1550.
Cette chronique ne touche à Richard II que pour raconter sa ([('position. On y peut signaler aussi des confusions graves, notamment sur Flint et sur Ghester.
Stow, Annals or gênerai chron. of England. Lond. 1631.
3 vol. in-f°.
L'auteur a vécu vers 1525. Son histoire est la plus étendue qu'on ait écrite. Il paraît avoir fait usage de quelques documents que nous n'avons plus.
TIoijNsHEi) ^iiHJii vurs 1580). Chronicles of Englami, Ircland and Scotland. Lond. 1577, et 2« édit. 1587, 2 vol. in-f<* (gothique).
C'est l'historien dont parait avoir surtout usé Shakspeare.
Parmi les ouvrages qui, traitant de matières spéciales, peuvent servir à mieux connaître soit les hommes, soit les choses de ce temps-là, il faut citer :
A. Ouvrages anciens.
P Sur la composition du Parlement :
Modus tenendi Parliamentum .
Traité qui ne paraît pas postérieur au premier quart d\ quatorzième siècle. Il a été publié dans le Spicilegiuîn de Dachéry, et réimprimé par Th. Duffus Hardy. Lond. 1846, in-8. Il y en a à la Bibl. imp. un beau manuscrit, n° 6049.
2° Sur l'Échiquier et ce qui s'y rapporte :
Dialogus de Scaccario, traité du temps de Henri II.
On le trouve à la suite de l'Histoire de r Échiquier de Madox.
Liber niger Scaccarii, éd. Hearne, 2 vol. in-8. Lond., 1774.
B. Ouvrages plus modernes.
W. DuGDALE, Baronage of England. 2 vol. in-fol. Lond.,
Ouvrage capital pour la généalogie des familles et l'histoire des dignités que leurs membres ont reçues, ou des emplois qu'ils ont exercés. Il cite parfois des documents qui ne sont pas encore imprimés.
Catal, and success. of Kings, Princes, efc, coll. by R. Brooke,
1 vol. in-fol. 1622 (2« édit.).
Indications très-sommaires et sans justification. Il y faut joindre, sur plusieurs points, les rectifications publiées par Vincent, a discoverie of errours in the first edit. of catal. of nobility published by R, Brooke. Lond. 1622, in-fol.
Anglia sacba, sive collectio historîarum partim antiquitus partim recenter scriptarum de archiepiscopis et episcopis Angliie. Lond. 1691, 2 vol. in-fol.
W. DuGDALE, Monasticon anglicanum, n. édit., 6 vol. in-fol. Lond. 1817-1830.
Fr. GoDWiN, De prœsulibus Angliœ, éd. Richardson, Gantabrig., 17^3, in-fol.
Madox, History ofthe Exchequer, 1 vol. in-fol. Lond. 1711.
A brief discourse touching the office of lord chancellor hy Selden; together with a true catalogue of lords chancellors andKeepers of the GreatSeal, from the Norm. conquest until the présent year 1 671 . By W. Dugdale, 1671, in-fol.
On trouve des indications de même nature dans les deux ouvrages suivants :
J. Philpot, Catalogue ofthe chancellor s of England, the lords
keepers of the Great Seal, and the lords treasurers of
England. 1636, in-4.
Robert Beatson, A political index to the historiés of Great Bri-
tain, etc. y or a register of the hereditary honours, public
offices, etc., from the earlicst periods to the présent time.
Lond., 1805, 3 vol. in-8.
GoBBET, The parliamentary history of England ^ t. I (1806),
dans la collection de Hansart.
G'est un très-bon résumé des Rôles du Parlement, mais qui est loin de dispenser de recourir au texte.
Nous avons consulté aussi les histoires générales d'Angleterre, publiées au siècle dernier, ou dans le siècle présent, notamment :
A complète history of England , inthree vol. in-fol. Lond. 1719,
2" édit.
G'est un recueil d'histoires de divers auteurs, pubhé parKeniiet. La première partie, comprenant Thisloire de la Bretagne jusqu'à Guillaume le Gonquérant, est de Milton; la suite, jusqu'à Richard II, de Samuel Daniel ; les règnes de Richard II à Henri YI, inclusivement, ont été refaits, comme dit le titre, selon la méthode de ce dernier historien. L'histoire de Richard II y est généralement écrite dans le sens de ses ennemis. En quelques endroits pourtant on y trouve plus d'impartialité.
Rapin-Thoiras (2'' édit. 1727, t. III).
Il suit généralement Walsingham.
Th. Garte, 4 vol. in-fol. Lond. 1747.
Il est favorable à Richard et à ses amis.
Hume, édit. en 8 vol. Lond. 1822.
LiNGARD, trad. du chev. de Roujoux, 17 vol. 1825 et suiv.
On retrouve dans son histoire de ce règne (t. V), toute la droiture de son jugement.
Sharon Turner, Hist. of England in the middle âge (3* édit.
1830, t. II), (t. V de l'histoire complète comprenant les An-
glo- Saxons).
Il y a dans ce livre des parties fort bien étudiées à côté de lacunes inexplicables.
Les histoires de Goldsmith, de Mackinstosh, et celles qui ont été publiées en France, quel qu'en soit le mérite, ne donnent de ce règne qu'un résumé insuffisant. A cet égard rien n'approche de cette page qu'il est curieux de lire :
« Après la mort d'Edouard III, Richard II, fils de ce prince de Galles, qui lut le plus grand et le plus honnête homme de son siècle, monta sur le trône. Il n'y porta ni les vertus d'un chrétien, ni les qualités d'un honnête homme, ni les talents d'un grand roi. Son règne fut celui des femmes, des favoris, des ministres. Il manqua également d'esprit, de cœur et de mœurs. Il ne sut ni parler, ni agir, ni mourir en prince. »
Voilà tout ce que dit du règne et de la personne de Richard II l'abbé Raynal dans son Histoire du Parlement d'Angleterre, Lond. 1748, p. 171. Y a-t-il assez de mépris pour ceux qui abusent ainsi du nom de l'histoire ?
Aux historiens à consulter sur Richard II, il faut joindre un auteur qui n'a pas la prétention de faire de l'histoire, et qui pourtant sait faire quelquefois plus que l'histoire, en rendant la vie à ses héros : c'est Shakspeare. Mais il ne faut pas se faire illusion sur la valeur historique de son drame appelé La Vie et la mort de Richard IL Rien n'est plus faux historiquement que son Richard. Richard n'est pas pour lui un simple roi : c'est le type de la tyrannie; c'est l'homme tel que le fait le despotisme, enivré dans la fortune, et comme énervé par le revers. Pour peindre le tyran, le poète renchérit sans scrupule sur toutes les calomnies de l'esprit de parti qui souffle dans les chroniques rédigées au temps des Laucastres. L'humanité que montre Richard dans les premières scènes, en voulant prévenir ou en interdisant le duel à mort de son cousin Hereford (Henri de Lancastre) et de Norfolk, semble n'être qu'hypocrisie, à voir comme il jette le masque dès qu'il se retrouve avec ses
courtisans (scène m). Le fils banni, il aspire à la dépouille du père. Il hâte de ses vœux le terme prochain de la vie du vieillard; il vient l'insulter sur son lit de mort. Le poëte est plus vraiment tragique lorsqu'il dépeint Richard revenant d'Irlande : sa joie en touchant le sol de l'Angleterre, sa confiance que tous ses ennemis vont se dissiper devant sa face, que Dieu enverra plutôt ses anges pour défendre en lui le droit divin!... et bientôt son abattement quand il voit s'évanouir toutes ses espérances, quand il apprend que tous ses soldats, que son oncle lui-même, l'ont abandonné ; enfin cette sorte de folie calme, cette humilité résignée qui succède à l'enivrement de son orgueil, sans étouffer pourtant tous les battements de son cœur, ni empêcher qu'à travers les formes paisibles de ce langage, nouveau pour lui, ne brillent parfois quelques éclairs de son indignation contre les traîtres. Telle est la pensée du drame et ce qui en fait les péripéties émouvantes. On est ramené à la pitié par l'excès du malheur ainsi souffert ; et l'on est tenté de croire qu'avant comme après, ce qui dominait dans ce pauvre tyran, c'est la démence. — On verra, au récit de cette histoire, SI c'est là le caractère de Richard II .
Le bon Parlement, 28 avril 1376 (50 Ed. III). Rot. ParL, 1. II, p. 321 et suiv. — Conseil de dix ou douze membres imposé à Edouard: accepté par lui, « pourvu que les chancelier, trésorier.... et tous autres officiers pussent exploiter leurs besognes sans la présence desdits conseillers. » {Ibid, p. 322, g 10.) Le nouveau conseil comprit : l'archevêque de Ganterbury, l'évéque de Londres et l'évéque de Winchester, William de Wickham, ancien chancelier que Lancastre avait fait dq^slituer en 137 1 ; le comte de la Marche, qui se rattachait à la famille royale par Philippa, sa femme, fille de Lionel, duc de Clarence ; les comtes d'Arundel et de Stafford ; les sires de Percy , de Brian et de Beauchamp; avec le chancelier, le trésorier et le garde du sceau privé. Ms Harl, no247, cité par W. (jodwin, Life of G. Chaucer, c. XXXIX, t. II, p. 235. Lond. 1803, in-4°. — Mise en jugement et condamnation des principaux conseillers: W. sire de Latimer, J. sire de Nevil, et les fermiers de l'impôt K. Lyons, W. Ellis, J. Peeche, Adam Bury. Ibid, p. 324-328. — - Alice Perers, ibid. p. 329, § 45 (pour 35). Elle fut frappée de la
4ÛU LIVRE PREMIER.
peine dont elle était menacée alors, au premier Parlement du règne suivant. (Rot, Pari. t. III, p. 12-14, §41-43.)
Page 4, note a.
Enfants d'Edouard III, Hall's Cliron.y p. 2, éd. 1809; Brooke, Catalogue and success. of Kings, Princes, etc. Lionel laissait en mourant une fille qui épousa Edmond Mortimer, comte de la Marche, dont elle eut des enfants, héritiers de ses droits au trône.
Mort du prince de Galles. Walsingham, p. 190.
La mère de Richard II, Jeanne, était du sang royal. Son père Edmond, comte de Kent, était fils d'Edouard I*"", et elle avait sept ans environ quand il fut décapité en la première année d'Edouard III (1327). Froissart, dans la dernière révision de son histoire, parle d'elle en ces termes : « De ce conte de Kent mort et décelé demora une jone fille. Pour lors elle pooit avoir sept ans. Si la prist la jone roine Philippa dalès lui qui en ot pitié et euist volentiers aidié à son père que il ne fust point mors.... Cette jone damoiselle de Kent estoit cousine germaine dou roi Edouard d'Engleterre et fu en son temps la plus belle dame de tout le roiaulme d'Engleterre et la plus amoureuse, mais toute sa génération vint à povre conclusion par les fortunes de ce monde qui sont moult diverses, ensi que vous orez recorder avant en l'istore. » (Froissart, I, c. xliii, p. 138; publié d'après un Ms. de Rome par M. Ed. Kervyn de Lettenhove.)
Elle avait épousé d'abord le comte de Salisbury; puis, ce mariage ayant été rompu, Thomas de Holland, qui devint comte de Kent après qu'elle eut hérité ce comté de son frère. Elle en eut trois fils : Thomas de Holland, comte de Kent après son père ; Edmond et Jean de Holland, et une fille, Maud ou Mathilde, mariée d'abord à Hugues de Gourtenai, puis au comte de Saint-Pol. Le comte de Salisbury vivait encore, lorsque le Prince Noir, à la mort de Thomas de Holland (vers 1361), épousa Jeanne, qui avait environ quarante ans. (Voy. Wals., p. 178, et Dugdale, Baronage, t. II, p. 74.)
Richard, prince de Galles. « Item les dites communes prièrent humblement a nostre Sr. le roy en dit Parlement que pleust a lour dit Sr. le roy, en grande confort de tout le roialme, faire venir avant en Parlement luy nobles enfantz Richard de Burdeux, fils et heir mon Sr. Edward, nadgaire eisnex filz du dit
Dostre Sr. le Roi et prince de Galles, que Dieu assoille, issint que les seigneurs et communes du roialme y purreient veer et honurer ledit Richard comme verroi heir apparant du roialme. » Richard fut amené et reçu comme la « droit ymage et verroie figure » du prince de Gralles.... » « Et sur ce les communes y prièrent tous à un voice que pleust a lour noble Sr. lige granter al dit Richard le noun et honour de prince de Galles, par mesme la manere come le dit mon Sr. Edward son père le eust tant com il vesquitV » On répondit que cela ne se pouvait faire par les seigneurs et les prélats en parlement ou ailleurs, mais qu'on le recommanderait au roi. (Rot. Pari., t. II, p. 330, § 50.) — Les droits du jeune prince étaient dès lors si bien reconnus de la nation, que quand, à son retour, Lancastre voulut faire abolir les actes du « bon parlement, t> ce fut par Richard luimême, comme prince de Galles, qu'il fit tenir, en l'absence d'Edouard III, retenu par la maladie, le parlement nouveau, instrument docile de ses volontés. (27 janvier 1377. Rot. Pari., t. II, p. 361, § 2; Gotton, Abridgm., p. 144; Wals , p. 191.)
La réaction avait commencé dès que Lancastre était revenu de Bordeaux. Pierre de la Mare fut jeté en prison. Le comte de la Marche, mari de Philippa, fille et héritière de Lionel duc de Clarence, dut résigner l'office de lord maréchal qu'il tenait par délégation (voy. ci-après, p. 404), et qui fut confié au même titre à Henri Percy. Quant à William de Wickham, évoque de Winchester, ancien chancelier, l'homme le plus important du parti, Lancastre le fit condamner en conseil, pour des faits de son administration, plus ou moins avérés : on le priva de son temporel et on l'exila à vingt milles de la cour. Il inspirait au duc tant de haine ou tant de crainte, que dans l'amnistie prononcée au parlement de janvier 1377, il fut seul et nommément excepté. (Stat. 50 (lire 51) Ed. III, g. iti. Stat. of Reahn. t. I, p. 397.) Il ne fut rétabli, sur les instances expresses des autres prélats que trois jours avant la mort d'Edouard III (18 juin), quand la succession prête à s'ouvrir allait changer la situation (c'est le dernier acte de ce règne dans Rymer, t. VII, p. 148).
Lancastre, tout en ressaisissant si violemment le pouvoir, n'avait fait qu'ajouter h l'irritation populaire. Il en eut la preuve dans une sédition provoquée par sa conduite envers l'évêque de Londres, au procès de Wicleff, sur lecjuel nous aurons à revenir.
1. Nous reproduisons, pour les Jiolls, le texte imprimô, sans en garantir l'orthographe.
Le peuple voulait le luer ou tout au moins brûler son hôtel : il s*en vengea en faisant destituer le maire et les aldermen. Les choses en étaient là, quand mourut Edouard IIL La ville de Londres ne fat point rassurée. C'est auprès de la princesse de Galles et du jeune Richard que Lancastre avait trouvé un asile dans la dernière émeute ; et l'on pouvait craindre que lavénement du prince ne laissât toute influence dans le gouvernement à l'aîné de ses oncles . Aussi ne fut-ce pas sans appréhension que les habitants de Londres, ayant envoyé complimenter le nouveau roi, virent, parmi les messagers chargés de leur répondre, le sire de Latimer, un des affidés de Lancastre, mis en accusation parle a bon parlement. ^ On leur faisait savoir que le duc, invité par le roi à se réconcilier avec eux, s'en était remis à lui ; on les invitait de la part du roi à en faire autant. Les habitants de Londres croyaient que le duc les voulait avoir à merci. Mais Lancastre avait compris qu'il avait besoin de s'effacer avant de reprendre de Tempire. Les meilleures assurances furent données à la cité sur le maintien de ses privilèges, sur le respect des personnes et des biens, et la ville se rendant sur la parole des envoyés, le jeune roi la réconcilia avec son oncle. A l'entrée de Richard dans Londres, Lancastre et Percy marchaient devant lui dans leurs fonctions de sénéchal et de maréchal ; et ils usèrent de tant de ménagements et d'urbanité à l'égard de la foule, que les esprits, déjà désarmés, leur furent presque regagnés. Voy. Walsingham, p. 192-194. Cf. W. &odwin, Life of Chaucer, c. xl, t. II, p. 242 et suiv. : l'auteur, voyant dans le duc de Lancastre un protecteur de Chaucer, est pour lui d'un aveuglement qui passe toute imagination.
Page 7 , note a
Le conseil et les cours de justice. Voy. Hallam , V Europe au moyen âge, t. III, p. 85 et suiv., 306 et suiv. ; et les auteurs spéciaux auxquels il renvoie : Madox, Hist. of Exc/iequer, et le Dialogus de Scaccario, imprimé à la suite de cet ouvrage.
Sur le conseil permanent ou « continuel conseil », appelé depuis conseil privée voy. la préface du précieux recueil des actes de ce conseil : Proceedings and ordinances of the privy council of England, éd. by Harris Nicolas, 1834. L'auteur recommande avec raison de ne pas confondre ce conseil, qui siégeait tous les jours pour l'expédition des affaires, avec le
grand conseil, réuni de temps à autre extraordinairement en vertu de ivrits de convocation, comme les lords du parlement. Un grand conseil, tenu la deuxième année de Richard (1379), est dit avoir réuni presque tous les prélats, aussi bien que les abbés, ducs, comtes, barons et bannerets et autres sages du royaume. (Rot. Pari. yt.Ill,^. 55. Nous en parlons p. 31.) Les membres du conseil permanent, sous Richard II, n'étaient élus que pour un an; mais ils étaient généralement maintenus l'année suivante. On retrouve presque toujours les mêmes noms dans les listes, et c'étaient, pour la plupart, les plus grands du royaume .
Page 8, note a.
Les grands offices. Les grands offices, étant d'origine féodale, avaient dû suivre les tendances de la féodalité, se rattachant à la terre et se perpétuant dans les mêmes mains, dans les mêmes familles.
L'office de sènèchaly rattaché au comté de Leicester, avait passé, par un mariage, de la maison de Robert de Beaumoni, qui en était investi sous Henri II, à Simon de Montfort. Il lut donné, après la mort et la confiscation des biens de Simon de Montfort, à Edmond Grouchback, comte de Lancastre, deuxième fils de Henri III, et passa à Jean de Grand (duc de Lancastrej, au droit de sa femme Blanche, petite-fille d'Edmond. Quand Henri, fils de Jean de Grand, revint en Angleterre, réclamant sou héritage dont Richard le voulait dépouiller, il revendiquait non-seulement ses seigneuries et ses domaines, mais encore ce titre de sénéchal ou grand juge, comme inféodé depuis ceut ans à ses ancêtres :
Que grant juge soit-il restitué D'Engleterre , comme lavoit esté Le duc son père et tout son parenté Hus de cent ans;
(Greton, Chron.; Archxol., t. XX, p. 354.)
et avant même que la question fût tranchée, comme on le verra, il prenait dans un acte du 40 août l'an xxiii de Richard II (1399), les litres de duc de Lancastre, comte de Derby, de Leicester, de Herel'ord, de Northainpton, séneschal d'Angleterre. (Madox, forniut. anglican.., p. 327; Arclixul., t. XX, p. 133, note q.)
L'office de chambellan appartenait, avec le comté d'Oxford, aux descendants d'Albéric de Vère ou de Veer, comme ou lit
dans les actes. (Voy. Diigdale, Baronage, i.l, p. 189 et suiv.) Ce droit leur est spécialement réservé dès le premier parlement de Richard : « Salvez toutdys Testât et l'éritage du conte d'Oxenford del dit office de Ghamberlin. » (Rot. Pari. ^ t. III, p. 16, § 50.)
L'office de co7inétable était dans la famille des Bohuns comtes de Hereford. Si Richard II, à son avènement, en disposa au profit de Thomas de Woodstock, comte de Buckingham, son oncle, la charte même qui le lui donnait, en disant à quel titre et sous quelles réserves, confirmait le droit héréditaire des Bohuns : « Quum officium constabularii Angliœ, per mortemB.umïredï de Bohun, nuper comitis Herefordiœ, constabularii Angliœ, et ratione minoris œtatis hœredum ejusdem., ad manus Domini E. nuper régis Angliœ, avi nostri, devenerit, et in manu nostrajam existât. » Il est donné à Thomas de Woodstock, comte de Buckingham, pour être gardé et exercé: « Quamdiu nobis placuerit et idem officium in manu nostra, ex causa prœdicta, contigerit remanere. » (22 juillet 1377. Rymer, t. YII, p. 152.)
L'office de maréchal était inféodé dès le temps de Henri F'" ; il était héréditaire dans la maison de W. Marshall (la dignité même lui tenait lieu de nomj, comte de Pembroke au temps de Jean et de Henri III (Gamden, De origine et dignitate comitis marescalli Angliœ, p. 89) ; et c'est au titre de la fille du comte de Pembroke, sa femme, que Roger Bigod, comte de Norfolk, obtint de Henri III cette charge. (Dugdale, Barons t.I, p. 134.) L'héritage de Roger Bigod (le comté de Norfolk et l'office de maréchal), fut transféré par Edouard II à son frère Thomas de Brotherton, dernier fils d'Edouard I«^ (Dugdale, t. ll^ p. 63.) Sur l'office de maréchal inféodé au comte de Norfolk fmareschalsia autem est quœdam sergantia régis comiti Norf. in feodo commissa) , voyez une ordonnance de Richard II, donnée à Westminster, le 12 janvier an ix de son règne (1386). (Bibl. imp., Ms. 6049, f° 24 et suiv.)
Thomas de Brotherton ne laissant que des filles, l'office de maréchal fut successivement rempli parles comtes de Salisbury, deWarwick,de la Marche, et par le comte deNorthumberland, Henri Percy, qui l'occupait à l'avènement de Richard IL Mais le droit de la famille n'était que suspendu; et au couronnement de Richard, Marguerite, fille de Thomas, demandait qu'on lui permît de le remplir par commissaire {Processus factus ad coron, régis Rie. II, Bibl. imp., Ms. 6049, f° 1 verso.) On n'eut pas le temps de juger sa réclamation. Henri Percy figura
comme maréchal d'Angleterre dans la cérémonie, et peu après il remit la verge, insigne de cette dignité, qui fut confiée à Jean Fitz-Alan, frère de Richard, comte d'Arundel (Wals., p. 106, et Dugdale Baron, t. 1, 318 et 321); puis à Thomas, comte de Kent (3R. II) (Dugdale, t. II, p. 75); mais en l'an ix de Richard (1385-1386), elle revint à Thomas de Mowbray, comte de Nottingham, petit-fils de Marguerite, et par elle héritier légitime de Thomas de Brotherton ; il venait d'atteindre sa majorité. (Dugdale, t. I, p. 128.) Le titre de maréchal était tellement inhérent à sa famille, que l'acte de la 21<=année de Richard qui éleva Marguerite à la dignité de duchesse de Norfolk, l'appelle Marguerite Maréchal. {Rot. ParL, t. III, p. 355, § 37.) Gel office fut reconnu à Th. de Mowbray avec de nouveaux accroissements et la mention expresse qu'il était héréditaire dans sa race un an avant qu'il le perdît, par le jugement qui le frappait d'exil. Voy. ci-après, t. II, 1. X, et sur l'office de maréchal la dissertation de Camden, De origine cl dignitate cornitis marescalli Angliœ. Lond. 1691.
Quant aux autres grands officiers, ils étaient de droit à la nomination du roi. En l'an xv d'Edouard III (1341), les communes avaient demandé que les juges et les ministres prêtassent serment de se conformer à la grande Charte et aux autres lois, et que leur nomination se fît en parlement. {Rot. Pari., l. II, p. 128, § 15.) Le' roi, pressé d'obtenir un subside, laissa passer la pétition en statut pour ce qui est du serment : mais il y fit cet amendement en ce qui touche la nomination des officiers, M qu'ils seraient nommés par le roi avec l'avis de son conseil; •• ajoutant seulement pour donner aux communes le moyen de leur demander compte de leurs actes : « Qu'ils se démettraient de leur charge au parlement suivant, où ils auraient à répondre à toutes les plaintes. » (I stat. 15 Kd. III (1341), c. III et IV. Slat. of Rralrn, t. I, p. 296). Le chancelier, le trésorier et les juges durent prêter le serment sur la croix de Ganterbury. Toutefois ils protestèrent « qu'ils n'avaient point donné leur assentiment audit statut, et qu'ils ne pouvaient l'observer dans le cas où il serait contraire aux lois et usages qu'ils avaient juré de faire maintenir. » Et ils firent enregistrer leur protestation dans les Rôles. {Rot. Pari., t. II, p. 128,§15;p. 131, §42; p. 132, § 53.) De plus, dès le 1" octobre, un second statut abolissait le premier, comme obtenu contre les lois du royaume et publié sans le libre consentement
ià06 LIVRE PREMIER.
du roi. {Stat. of Realm, t. I, p. 297, et Rymer, t. V, p. 282) révocation qui fut confirmde au parlement suivant (1343). (Roi Pari., t. II, p. 139, § 23). Voy. aussi Hallam, t. III, p. 18S et 183.
Page 11, note a.
Le parlement . Ce n'est pas le lieu de traiter à fond cette question. Le livre capital est un petit traité du quatorzième siècle : Modus tenendi parllamenîum.y que nous avons cité parmi nos sources. On y verra le mode et les délais de convocation ; — les lords spirituels, et les procureurs du clergé; — les comtes et barons personnellement appelés ; — les députés élus des communes : comtés, cinq ports, villes ou bourgs ; — les clercs adjoints pour le service, et leur salaire; — les comités formés pour les cas plus difficiles; l'expédition des affaires dans l'ordre des rôles et les jours de séance ; — les rangs des assistants, depuis le roi, qui est a la tête, le principe et la fin du parlement » jusqu'aux députés des bourgs; — les assistants par droit de leur office ; les amendes en cas d'absence ; la tenue des séances, depuis le sermon prêché par l'archevêque ou quelque grand clerc et l'exposé du chancelier (quand le chancelier est évêque, les deux choses se confondent ou s'unissent); — le devoir du roi, tenu d'assister au parlement, s'il n'est malade, ce qui est constaté par une commission de douze membres : et alors il doit déléguer ses pouvoirs; — les offices de portier et de crieur; les conditions mises k la demande des aides; — l'importance capitale des communes : deux chevaliers des comtés sont plus que le comte le plus puissant ; le roi pourrait tenir le parlement sans les lords spirituels et temporels, s'ils ont été légalement convoqués : il ne le pourrait sans les communes; — le respect du droit de pétition : le parlement ne se doit point séparer que toutes les demandes n'aient reçu réponse.
Pour les explications légales ou historiques, nous renvoyons à Hallam. — Les lords spirituels et temporels, Hallam, t. III, p. 113 et suiv., p. 283 et suiv., p. 29 et suiv.; — barons, bannerets, et même juges et sergents; voy. le parlement de Glocester (20 octobre 1378) : « touz les evesques et comtes d'Englelerre, et plusours abbes, priours, barons et bannerels, justices el sergeantz qu'avoient ladite somonce s'assemblèrent en la grant sale.... Et appelez la eins chivalersdes contées, barons de cynq ports, citezeins des citez et burgeys des burghs. »
(Rot. Pari. y t. III, p. 32, § 2.) — Les villes et les bourgs. Voyez sur les privilèges que leur conféra de bonne heure l'intérêt bien entendu des rois, Hallam, t. III, p. 141, et suiv. Plusieurs rattachent la première convocation régulière des députés des communes au parlement à la vingt-troisième année d'Edouard 1" (1295). Hallam montre qu'il faut la reporter plus haut, et que dans les parlements un peu postérieurs à celui du comte de Leicester (Simon de Montfort) on les voit plusieurs fois paraître, notamment en 1269, et au premier parlement d'Edouard I" (1273) (t III, p. 148-157). Sur les convocations spéciales du clergé, voy. aussi Hallam, t III, p. 305; sur le droit d'élire, le mode des élections, le petit nombre de ceux qui y prenaient part effectivement, les répugnances des bourgs et la partialité des shériffs, ibidy^ p. 163, 270-281. Sur le vote de l'impôt et les progrès du parlement sous Edouard III, ibid. p. 111-169 et suiv.
Page 13, note a.
Couronnement de Richard IL Voir le procès-verbal de la cérémonie dans Rymer, Fœdera, etc., t. VII, p. 158-160. Le texte s'en retrouve dans le beau Ms. 6049 (B. imp., f" 1 et suiv.), précédé d'un préambule, que Rymer n'a pas donné, sur les grands offices, et ceux qui les remplirent en cette solennité, comme aussi sur diverses réclamations qui furent présentées à celte occasion.) Voy. aussi Walsingham , p. 195-198, le moine d'Evesham, Vie de Richard II, ip 1 .
Après la messe du sacre, selon un vieil usage, un chevalier (J. Dymock) vint aux portes de l'Église, armé de pied en cap et monté sur un cheval du roi, et il défia quiconque soutiendrait que Richard n'avait point droit à la couronne. Dans une réclamation adressée par sa veuve au conseil, l'an iv de ce règne, on voit que la récompense de la charge était d'avoir le meilleur cheval du roi, excepté un, et la meilleure armure, excepté une. {Proceedings, t. I, p. 87.)
Richard , l\ l'occasion de son avènement , créa son oncle Thomas de Woodstock, comte de Bnckinghara; Henri Percy. comte de Northumberlaud ; Jean de Mowbray, comlede Notlingham; et son maître, Sithard d'Angouléjue, coinle de lluntingdon Le duc de Lancastre était sénéchal d'Angleterre; Henri Percy, comle de Norlhumherland , remplis.^ail alors
kingham , lut nommé connétable (22 juillet 1377). (RJ mer, t. VII, p. 152.) Quant au conseil de gouvernement on a l'acte qui l'institua (20 juillet 137 7, Rot. Pari., t. III, p. 386, appendice n" 1.) Ces conseillers furent : lesévêques de Londres et de Salisbury, les comtes de la Marche et d'Arundel, W. Latimer et John Gobham, barons; Roger de Beauchamp et Richard de Stafford, bannerets; John Knivet, Rauf de Ferrers, John Devereux et Hugh de Segrave , bacheliers. Ils devaient, avec le chancelier et le trésorier, exercer tous les pouvoirs du roi (Cf. Rymer, t. VII, p. 162.) Le duc de Lancastre, tout en s'effaçant, avait eu grande influence dans la nomination de ce conseil. On murmura beaucoup dans le peuple du choix de l'évêque de Salisbury et de W. Latimer. (Wals., p. 198. Cf. M. Evesh., p. 3.)
L*évêgue de Saint-David , chancelier dans les dernières années d'Edouard III , étant absent , le grand sceau fut remis au jeune roi et repris de se s mains par le duc de Lancastre, pour être confié à Nicolas Bonde. Il fut rendu à l'évêque de Saint-David dès son retour, le 26 juin. (Voy. Rymer, t. VII, p. 151.)
Sur la retraite du duc de Lancastre, voy. Walsingham, p. i98. Ses secrètes ^pérances et les efforts de ses partisans pour le faire valoir percent dans cette anecdote, recueillie ou inventée au commencement du règne de Richard II. Un Français, pris dans une de ces incursions que nos marins faisaient souvent alors en Angleterre, déclara, dit-on, que si les Anglais l'eussent choisi pour roi, leur pays ne serait pas infesté ainsi par les Français. (M. Evesh, p. 3.)
Page 16, noie a.
Pétitions. Les particuliers en pouvaient adresser, aussi bien que les corporations ou les communes.
Lords adjoints aux communes. En tête de la liste présentée par les communes figurait le duc de Lancastre. Il en prit occasion pour se jeter aux pieds du roi, et protester contre l'accusation de trahison dont il avait été l'objet dans le peuple, portant défi à quiconque l'oserait soutenir. Les prélats et les barons se levèrent, s'associant tout d'une voix à sa protestation; et les communes dirent que le choix qu'elles faisaient de lui pour être leur aide et conseiller, repoussait assez hautement une semblable calomnie. {Rot. Pari, p. 5, §§ 13 et 14.)
Pierre de la Mare , « qui avoit les paroles de par la commune » {Ibid. , § 15), d'où le nom d'orateur donné à celui qui présidait aux délibérations des communes et en était l'interprète devant le roi et la chambre haute. Pierre de la Mare est le premier que l'on trouve ainsi désigné dans les registres du parlement. (Voy. Gotton, Abridgm., p. 155; et Hist. parlcm., t. I, p. 160.) Ce rôle du président est devenu secondaire, sans que le nom ait changé. Le président de la chambre des communes, à qui tous les discours s'adressent, et qui semble surtout avoir pour mission d'écouter, s'appelle encore aujourd'hui c< l'orateur. Speaker. » Sur Pierre de la Mare, voy. Wals., p. 190, et la chronique extraite par Leland, Collect.y t. I, p. 692.)
Remontrances et demandes des communes , Rot. Pari., t. III, p. 5, §16-20.
Page 17, note a.
Conseil nommé en parlement. La requête adressée au roi et aux seigneurs du parlement portait « que lour pleust ordener et lour nomer ore en ce présent parlement oept (huit) suffisantes personnes de divers estats, d'estre continuelment résidentz du conseil sur les besognes du Roy et du Roialme avec les officers du Roy » {Rot. Pari, t. III, p. 5, § 18); et dans la reproduction de la demande, au moment où elle va être accueillie, il est dit : « Em priantz humblement que lour pleust ore en ce parlement mesme les oept conseillers eslire.... et sur ce notifier leurs noms a mesme la commune en ce parlement. » {Ibid., p. 6, § 21.) La nomination devait donc être faite dans la chambre haute et notifiée aux communes. On y apportait la même réserve que l'on a vue , lorsqu'Edouard III dut accepter du bon parlement un conseil de dix ou douze membres: « que les chancelier, trésorier, gardien du sceau privé, juge de l'un et de l'autre banc, et tous autres officiers pourront faire et exploiter les besognes qui touchent leurs offices sans la présence de ces conseillers, u {Ibid., § 22; cf. t. II, p. 322, § 10, et cidessus, p. 399.) Ils prêtèrent serment en parlement devant le roi. {Ibid.,i. 111, p. 7, §25.)
P. 18, note a.
Nomination des grands officiers en parlement. Roi. Parl.,L 111,
tilO LIVRE PREMIER.
p. 16, § 50. — Conditions du vole des subsides {Ibid.y p. 7 §27.)
L'impôt du dixième et du quinzième, impôt exceptionnel et transitoire de sa nature, pesait sur les biens meubles et les re venus des terres, et devait porter, lorsqu'il s'appliquait simul tanément aux laïques ; le dixième, sur les cités et les bourgs, e le quinzième, sur le reste du pays. Cette définition nous est don née par le texte même du vote de cet impôt en ce premier par lement de Richard. Nous reproduisons le passage des Rôles, parce que cet impôt reviendra fort souvent, et qu'ailleurs on no^, le trouvera pas aussi nettement défini : « Item les seigneurs eMJ communes du Roialme d'Engleterre , appeircevantz clerement le" grant péril du Roialme.. . à l'aide nostre seigneur ils grantent (accordent) ore de leur libérale volentee à mesme nostre seigneur le Roi deux quinszimes par dehors citées et burghs et deux dismes deins mesmes les citées et burghs à lever de lours biens j si bien c'est assavoir des seigneurs des villes come des religions sur leurs biens provenants de lours terres et tenements purchasez ou appropriez puis lan vintisme le roi E. filz le roi Henry et d'autres seculers gentz quelconques, nully esperniant en celle partie, par entre cy la Ghandeleure proschain venant, par autielles sommes de deniers, et nemye greignours ne moindres, come ont este acustumez estre levez des villes parmy le Roialme, quant tielles dismes et quinszismes ont este grantez, a une fois ou a diverses fois pur deux ans. Em priantz humblement a leur Sr. lige et les autres seigneurs du parlement que si bien de ceux deniers come des deniers de les dismes ore a granters par la clergie d'Engleterre et auxint de les deniers provenantes de la subside des laines, fussent certains persones suffisants assignez de par le Roy d'estre trésoriers ou gardeins au tiel effect que celles deniers feussent tout entierment appliez a les despenses de la guerre et nemye autre part par aucune voie. » (Rot. Pari. y t. III, p. 7, §27). Le clergé vota aussi deux décimes pour l'année. (Voy. Wals., p. 280.) — Cette distinction du dixième pour les cités et les bourgs, et du quinzième pour le reste du pays, était observée sous Edouard III ; et Walsingham en fournit plusieurs preuves. Ainsi, en 1337, « in parliamento apud Nolingham cxegit quinlum decimum denarium de communi plèbe, decimumque de burgis. » (Wals., p. 146.) Dans la même année, le clergé accordait un décime. {Ibid.) De même, en 1333 : « Populus sibi concessitxv dena-
NOTES. k\l
rium de temporalibus , et de civitalibus et burgis decimum denarium; et clems concessit uuam decimam. » (Wals., p. 134.) Quant à la nature des produits soumis à la contribution, on en trouve une définition dans le vote du parlement de la sixième année de Richard II (1382): « Les seignours et communes.... grantent à nostre seignour le Roi.... de tous ducs, conts, barons, baneretz, chivalers et esquiers, et de touz autres seculers seignours des manoirs, villes et autres lieux parmy le roiaume, deinz franchise et dehors , sur la quantitee et afferant de touts leurs bleds et bestaill', au l'afferant et quantitee de profiiz de touts lours demesnes, terres en chacune ville et autre lieu parmi le roiaume dessuis dit, » etc. (Rot. Parl.^ t. III, p. 134, § 15.) Dans le principe, chacun devait déclarer la valeur de ses biens devant les juges: ce qui n'empêchait pas les collecteurs d'entrer dans les maisons, de rechercher et de taxer les objets, meubles, vaisselle, et tout ce que contenait la basse-cour ou la grange. En 1334, le parlement ayant voté un dixième pour les cités et les bourgs, et un quinzième pour le reste du pays, Edouard III, pour donner satisfaction aux plaintes très-vives soulevées par celte inquisition, nomma dans chaque comté des commissaires, en leur donnant pouvoir de transiger avec les municipalités pour une certaine somme. Par la suite, en pareil cas, on prit pour base les compositions de cette année , et les municipahtés fournirent le contingent par une répartition proportionnelle entre leurs habitants. Gela était consacré dans la cédule des subsides par quelque formule de ce genre : « A lever en la manure comme la darreine quinzisme fuist levée et nemye en autre manere. » (Voy. Rot. Pari., t. II, p. 138, et Lingard, Histoire cC Angleterre ^ t. IV, p. 203-207 de la traduction française.)
H 22, note a.
Pétitions des communes.
Coiifirinalion des libertés. Rot. Pari., t. III, p. 15, §^ 44, 45 et 52.
Pétition de la cité de Londres. La ville de Londres demandait la con(innali(jn de la charte qu'elle avait obtenue d'Kdouard III, nonobstant tout statut contraire; et parmi ses fi-anchises, la défense à tout étranger de vendre à un étranger dans les limites de son territoire ; le privilège de n'obéir
qu'aux mandements du roi ; le droit d'enquête sur ses g( tûmes et ses impositions ; le droit de garde pour les orphelins de la cité ; le droit de faire prévaloir son interprétation dans les cas douteux concernant les coutumes ; toutes les franchises des villes les plus favorisées; que le roi n'entrave par aucun acte de protection les procès engagés dans l'intérêt de la ville ; que les débiteurs détenus dans la prison de Newgate n'en soient pas tirés pour être mis dans la prison du roi. {Ibicl. p. 27, § 126 et suiv.)
Le statut des purveyours, § 46; ibid. p. 15. — Les shériffs, § 86. Le clergé, dans le rôle spécial de ses pétitions, se plaint surtout des pourvoyeurs royaux et des shériffs qui, abusant du droit d'être hébergés en tournée, venaient s'établir avec leurs femmes, leurs enfants et une suite excessive dans les abbayes. {Rot. Part., t. III, p. 25-27.) — VÉchiquier, §§ 61, 103 ; — agents forestiers, §§ 60-62 ; — livrées et maintenance, §§ 49, 64, 92 ; — abus de convocation, $b9; — hommes de loi, §§ 78, 85; — juges ecclésiastiques, § 93 ; — prison pour dettes, § 107;
— cour de Rome, §§ 66-68, 77, 84; — éloignement des mauvais conseillers, § 49 ; — dons abusifs, §§47 et 48 ; — observation de la loi commune, § 97 ; • — pétitions converties en statuts, § 56 (l'ordonnance était de sa nature temporaire et irrévocable; le statut, perpétuel; voy. Hallam, t. III, p. 179) ; — juridictions légitimes, § 87 ; — décisions judiciaires, § 80 ; — tribunaux exceptionnels, § 65 ; — appel de VÉchiquier, § 105 ; — convocation annuelle du parlement, § 95; — durée annuelle des fonctions de shériff et d'eschetour, § 104; — comptes des trésoriers, § 57 ; — garde des places, etc., §§ 51, 53 ; — fortifications, flotte, §§ 76, 1 10 ; — Étaple, § 78. {Rot. Pari. t. III, p. 15-24.) Par un acte du 15 novembre 1377, le roi confirma les lettres d'Edouard III du 1 5 octobre 1 37 6 en faveur de l'Étaple, et de la libre élection du maire et des aldermende Calais. {Francix Rot. 1 Rich. II, P. I, m. 8. Coll. Bréquigny, t. LVII, f° 138.)
La loi des laboureurs, voy. Stat. of Realm (23" année d'Edouard III), t. I, p. 307 et 308; Rot. Pari. t. III, p. 17, § 54, et p. 21 , § 80. Les rigueurs contre les laboureurs avaient été réclamées par le bon parlement, comme par ceux qui précédèrent ou qui suivirent. {Rot. Pari. t. II, p. 340, § 1 16.)
— Le salaire des ouvriers, §55; — les étrangers, §§ 58, 91 {ibid., p. 17-22).
Le coroner, § 72; ibid., p.
19 ; — les exonérations et les ras-
semblements, etc. Statuts of the Realm,{. II, p. 3-5. (1 Rich. II, c. VI, XI, etc.)
Deux points demandent quelques explications supplémentaires : les rapports avec Rome, et l'Ktaple.
1° Rapports avec Rome.
La cour de Rome ne pouvait trouver dans son domaine de quoi suffire aux charges de sa position. Placée à la tête de la chrétienté, elle avait dû lui demander de contribuer aux frais du gouvernement de l'Eglise : chose délicate en tout gouvernement, et particulièrement difficile quand les gouvernés appartiennent à des royaumes indépendants.
L'Angleterre payait au saint-siége deux redevances d'une nature spéciale : le denier de saint Pierre {Rome-penny)^ don volontaire établi sous les Saxons et passé en usage, et le cens du roi Jean. Mais le denier de saint Pierre (1 sou par famille dont les biens meubles valaient 30 sous) s'était de bonne heure changé en une somme ronde qui demeura, malgré l'accroissement de la fortune publique et de la population, à peu près ce qu'elle était à l'origine ; et le cens de Jean, plus humiliant à Tamour-propre national qu'onéreux au trésor (il était de 1000 marcs), n'avait jamais été bien régulièrement payé. En 1366, Urbain V ayant réclamé trente-trois ans d'arrérages, ce fut une occasion de l'abolir : Edouard III consulta le clergé, qui dit que le nu ne pouvait, sans le consentement de la nation, engager le royaume; et les lords ainsi que les communes ayant été du même avis, le tribut fut supprimé. La cour de Rome, en Angleterre comme ailleurs, était donc réduite à la part qui lui avait été faite dans les revenus de l'Église ; et si certains usages avaient tourné en abus, les rois n'y avaient pas toujours été étrangers.
Tels étaient le don des premiers fruits, qui se rattachait aux collations de bénéfices, etla coutume des proviseurs^ qui ne devait pas tarder à amener des conflits entre les deux pouvoirs.
Le don des premiers fruits à celui qui conférait le bénéfice, était passé en coutume au moyen âge. A Rome on les réclamait à chaque promotion ; et les promotions en cour de Rome, en ce qui touche les évêchés d'Angleterre, étaient devenues presque générales. Après la grande charte, dit Lingard, les chapitres demandaient congé d'élire, et élisaient, sauf appel au métropolitain ou au pape, selon les cas. Mais les rois avaient multiplié les appels au pape, dans la pensée de subsli-
tuer leurs candidats aux élus des chapitres ; et, de ragrémei des princes, dont les recommandations étaient souvent miei accueillies de Rome que des chapitres, l'institution se trouva peu à peu dévolue au pape, qui pourvoyait directement aux évêchés ou abbayes. Copie de la provision était envoyée de Rome au roi, avec requête de mettre le prélat nommé, oi proviseur^ en possession de son temporel. Gela paraissait coi cilier les prétentions respectives des deux pouvoirs ; et quan( par la suite, la requête fut omise dans la provision, on gai saufs les droits du roi, en exigeant que l'élu renonçât ai clauses de la bulle préjudiciables aux droits de la couronne avant de faire hommage et de recevoir son temporel.
Les rois avaient donc généralement trouvé leur avantage dans cette forme de nomination. C'étaient communément des nationaux, et le plus souvent leurs recommandés qui obtenaient l'institution pontificale; mais après la translation du saint siège à Avignon, les papes, qui ne retiraient presque plus rien de l'Italie, se virent contraints de chercher un supplément de ressources en étendant les provisions même aux bénéfices inférieurs, dont ils acquéraient ainsi les premiers fruits, et en conférant à leurs cardinaux des bénéfices, abbayes ou prieurés, situés à l'étranger. Les réclamations devinrent alors de plus en plus vives en Angleterre. Edouard I'^'' dans la dernière année de son règne (1307), avait publié un statut contre ces entreprises du saint-siége (Statut de Carlisle, 35 Éd. I ; Stat. of Realrriy 1. 1, p. 70, 71); en 1343 ony ajouta un article qui défendait, sous peine de confiscation, d'introduire ou d'exécuter des jJrovis ions, réserves ou lettres contraires aux droits du roi et du royaume. En 1351, on proclama la liberté des élections ecclésiastiques : liberté mal vue du clergé; car ce n'était autre chose que la substitution du choix du roi au choix du pape. De nouvelles mesures furent arrêtées dans le même sens en 1351, en 1353, en 1364. (Cotton, Abridgm. , p. 41, 44; 4« stat., 25 Éd. III (1351); 1«'- stat., 27 Éd. III (1353), ci; 2« stat., 38 Éd. III (1364). Stat. ofRealm. t. I, p. 316, 329 et 385.) En 1374, des conférences furent ouvertes à Bruges pour accorder les deux pouvoirs, et l'on arriva à une transaction. Le pape renonça aux réserves, et le roi aux collations de bénéfices, qui n'étaient assurément pas moins contraires aux libertés et aux coutumes de l'Église. (Bulle du pape Grégoire XI, Conc. Brit.y t. III, p. 83-88, et Rymer, t. VII, p. 83-87.) Mais tout principe de
difficultés n'était pas supprimé : car le pape revendiquait le droit de nommer aux bénéfices devenus vacants en cour de Rome par la mort ou par la promotion du titulaire; et le statut des proviseurs demeurait loi de l'Ktat. Le débat se rouvrit donc par les réclamations des communes dès la première année de Richard II, et devait se continuer, comme nous le verrons, aux parlements suivants. (Voy. Lingard, Hist. d'Angleterre, t. IV, p. 231-249 et p. 358-360. Voy. aussi Godwin, Life of Chaucer, c. xxxiii, t. II, p. 121 et suiv.)
2° VÈtaple ou Étape.
La question de Tétaple tiendra une grande place dans tous les parlements qui vont suivre. Il y a donc intérêt à rappeler les antécédents de cette institution.
L'Angleterre était loin d'être alors le grand pays industriel que nous voyons. Son sol lui donnait le plomb et l'étain, son bétail le cuir et la laine. Mais le profit qu'elle tirait de ces matières venait moins du travail qui les mettait en œuvre que du commerce qu'elle en faisait ; cl, sur le premier point, les pays d'alentour suppléaient bien volontiers à son insuffisance. Dès le milieu du treizième siècle, il s'était formé en Flandre une compagnie de marchands, qui avait surtout pour objet d'aller chercher en Angleterre ce que l'industrie anglaise ne leur disputait pas*. Quoique formée alors toute d'étrangers, les rois d'Angleterre l'avaient accueillie avec faveur et lui accordèrent privilège. Dans la pensée d'ajouter aux produits de leurs domaines, bien plus que de donner avantage au travail national, ils avaient soumis cette exportation à un droit; et le privilège assuré à une corporation leur avait paru à cet égard la meilleure garantie. Ils avaient, à la même fin, ramené tout ce commerce en un même lieu, ou ètaphy et ils n'avaient pas refusé que ce lieu fût au dehors, selon le vœu des marchands; car si les marchands y trouvaient l'avantage de le fixer au centre de leurs affaires, euxmêmes n'en éprouvaient aucun dommage : la corporation restait soumise au régime de l'étaple et leur ré])ondait en tout lieu de la perception des droits établis. Les princes étrangers, loin d'en prendre ombrage, sollicitaient de l'Angleterre qu'elle fixât chez eux le centre d'un commerce qui leur rapportait indirectement tant d'autres pi'ofits. Anvers, ISaint-Omer et Bruges
1. Anderson, An historical and chronological déduction ofthe orùfin of commerce, t. I, p. 216et2:{l.
avaient été, l'un après l'autre, siège de Tétaple sous Edouard II * . Edouard III, après avoir d'abord supprimé le privilège et ramené ainsi les marchands en Angleterre^, était bientôt rentré dans l'ancienne voie. Il avait donné, repris et rendu aux Flamands, selon les alternatives de ses rapports politiques avec eux, le privilège de l'étaple-^; et, lorsqu'il eut pris Calais, ce fut là qu'il la fixa^
Le choix de Calais avait pour lui plusieurs avantages. C'était
1 Anderson, ihid. En 1314, Louis X se plaint à Edouard II que les marchands de l'étaple établis à Saint-Omer ne fréquentent plus les foires de Lille, comme ils faisaient quand l'étaple était à Anvers. (Rymer, t. III, p. 482.) La même année, le comte de Flandre, annonçant au roi d'Angleterre sa réconciliation avec la France, demande que l'étaple soit à Bruges. {Ibid, p. 490.) En 1316, Louis X demande qu'elle soit fixée en un lieu intermédiaire entre Calais et les bouches de la Seine. Elle se retrouve, un peu après, à Anvers, comme on le voit par une plainte d'Edouard II à Philippe V, à propos de vaisseaux portant à Anvers les laines de l'étaple, qui ont été arrêtés par des marins de Calais. (Anderson, t. I, p. 284.)