‹ Richard II (volume 2)Chapitre 87 sur 92 · CHRONIQUES · texte numérisé non relu

CHRONIQUES

P Sources anglaises.

Thomse Walsingham historia brevis ab Edivardo primo adHen-

ricum quintum; et Hypodigma Neustrise, ap. Gr. Gamden,

Anglica , Normannica , Hibernica , Cambrîca a veteribus

scripta. Francof., 1603 (in fol.).

Walsingham est le principal historien du règne qui nous occupe. Il était déjà, au temps de Richard, moine de Saint- Alban. Son Hypodigma Neustrise (p. 409-592), qui commence ' à l'invasion des Normands et finit à la prise de Pontoise , 31 juillet 1418, fut dédié par lui à Henri V en cette année ♦ même, l'an vidu règne. Son histoire principale, appelée Brevis \ historia , sans doute parce qu'elle comprend une période plus ' courte (p. 36-408), s'étend de Tavénement d'Edouard I" à la mort de Henri V (1273-1422). Cette grande histoire est gâtée par l'esprit de parti qui anime l'auteur contre Richard II en • faveur de la maison de Lancastre, sous laquelle il écrit. Nous en donnerons mainte preuve.

Deux autres chroniques du même temps ne font que résumer, et le plus souvent reproduire textuellement l'histoire de J Walsingham; ce sont : I

1 ° Historia vitse et regni Ricardi II, Anglise régis, a monacho 1 quodam de Evesham consignata. Ed. Th. Hearnius. Oxon., % 1729 (in-8). I.

On y trouve pourtant quelques détails empruntés à d'autres •: sources, mais toujours aux rumeurs les plus hostiles ; -

2° Otterbourne, éd. Th. Hearnius. Oxon., 1732 (in-8). ; L'auteur, au témoignage de Leland, etc., était un franciscain, s'occupant de philosophie et de théologie, et aussi d'histoire. Sa chronique finit en 1420 ; elle ne va pas même jusqu'à la paix d Troyes, et on dit qu'il mourut en 1421. Il est pourtant certai: qu'il a connu l'histoire de Walsingham : ce sont souvent le mêmes termes, et c'est toujours le même esprit.

Henr, Knighton canonici Leicestrensis chronica de eventibi

Anglice, a lempore régis Edgare usque moriem régis Ricardill,

ap. Historise anglicanse scriptores X . Lond., 1652, 1 vol. in-

fol. en deux parties.

C'est au cinquième livre que commence le règne de Richard, et le récit finit en 1395. Le savant 'éditeur des Fasciculi ziza- ' niorum magistri Joh. Wycliff pense que ce livre n'est pas de Knighton, en se fondant sur certaines différences de jugement et de style. Quoi qu'il en soit, il est toujours d'un contemporain, également chanoine de Sainte-Marie de Leicester, et à ce titre voué, corps et âme, à la maison de Lancastre, bienfaitrice de ce monastère. (Voyez Fasciculi zizan.y p. 524, n° 1.)

On trouve dans la même collection :

Chronica Willelmi Thorni, monachi Sancti Augustini Can-

tuarise.

W. Thorn continue la chronique de Th. Sprot, de Tan 1272 jusqu'en 1397. C'est, si on Ten peut croire lui-même sur ce point, à peu près le terme de sa vie : usque ad tempus mex resolutionis.

The chronicle of John Hardyng.

Cette chronique anglaise en vers, qui va du commencement de l'histoire d'Angleterre jusqu'au règne d'Edouard IV, a été publiée avec une continuation en prose, par Grafton. Lond., 1543, in-8 goth. Une nouvelle édition en a été donnée par H. Ellis, en 1812 (in-4). — Hardyng, né en 1378, a vécu au moins quatre-vingt-sept ans. Son témoignage a de l'importance pour les dernières années de Richard , k cause des relations qu'il eut avec les Percy.

On trouve encore plusieurs fragments de chroniques relatifs I au règne de Richard II dans Leland, Collect., t. I, p. 382- I 391, et p. 678-715, ou t. I, 2« part., p. 308-314, et p. 471-

499 de la réimpression de Hearne (Lond., 1774); et dans la colj lection de Gale, Rerum anglicarum script, veter, t. I, p. 451

et suiv. : Histor. Croylaiidensis continuatio. 1149-1470.

2" Sources françaises.

Il faut placer au premier rang Froissart (éd. Huchon, de la collection du Panthéon liltérairo.

Ce n'est pas le lieu de parler ici des qualités éininentes de notre grand historien du quatorzième siècle. (Voyez le savant et intéressant ouvrage de M. Kervyn de Lettenhove, Froissart, Paris, 1857, 2 vol. in-12.) Froissart se rendit à plusieurs reprises en Angleterre; il y séjourna cinq ans, de 1361 à 1365, auprès de la reine Philippa de Hainaut , qui était comme lui de Yalenciennes. Après avoir vu à Bordeaux la naissance de Richard, et suivi le Prince Noir jusqu'aux portes de l'Espagne, il fut envoyé par lui-même en Angleterre, en 1367. Il y retourna encore pour offrir quelques-unes de ses œuvres au roi Pachard, quand ce prince revenait de sa première expédition d'Irlande , en 1395 ; et dans l'intervalle, on le vit plus d'une fois, soit à Bordeaux, soit aux marches de Calais, selon qu'il s'y passait quelque chose d'intéressant pour l'histoire (la trêve de Leulinghem, par exemple). Il a donc vécu familièrement avec les personnages de ce temps-lk, et s'il a pu ne pas présenter toujours dans leur ordre la suite des événements, s'il a été parfois mal instruit des faits, nul n'a mieux connu les hommes, et ne s'est trouvé, par ses relations comme par son impartialité, mieux en mesure de porter un jugement vrai sur leurs actes et sur leur caractère.

Avec Froissart, et pour le suppléer sur les temps postérieurs k son dernier voyage en Angleterre, dont il a moins exactement su l'histoire, on a deux autres chroniques françaises ;

« Histoire du roy d'Angleterre Richard , traictant particulièrement la rébellion de ses subjects et prinse de sa personne : composée par un gentilhomme françois de marque, qui fut à la suite dudict Roy, avec permission du Roy de France. » Ce récit en vers, mêlé de prose, sur la déposition de Richard II, a été publié par le R. J. Webb dans VArchœologia, ou Recueil des mémoires de la Société des antiquaires de Londres, t. XX, p. 1 et suiv. (1824), avec traduction anglaise, notes et illustrations, d'après un Ms. du British Muséum, qui a appartenu à Charles d'Anjou, comte du Maine et de Mortain, vers 1440. Il a été reproduit par M. Buchon, dans le supplément de son Froissart, t. XIV, d'après un manuscrit de la Bibliothèque impériale (Suppl. Fr. 254^\ aujourd'hui F. Fr. 14 645), manuscrit moins somptueux, mais également beau et estimé meilleur. Nous citerons la chronique d'après cette édition, en la comparant d'ailleurs à celle de VArchseologia. L'auteur se nommait Greton. Son

nom est donné dans le Ms. 275, fonds Saint- Victor (B. imp.). (Voyez ArchseoL, t. XX, p. 189. Ce Ms. ne s'est pas retrouvé quand j'ai voulu y recourir. Nous reviendrons tout à l'heure sur ce témoignage.) Le caractère du récit confirme ce qui est dit de Fauteur dans le titre : il était « un gentilhomme de marque. » Il vint en Angleterre en compagnie d'un chevalier français, avec des lettres de Charles VI , et accompagna Richard II dans son expédition d'Irlande. Il fut constamment auprès de lui jusqu'à sa captivité. C'est donc un témoignage sans égal sur cette épo- ([ue décisive du règne de Richard.

La seconde chronique française qui supplée utilement à Froissart, pour le même temps, est une chronique anonyme en prose, dont on a une belle copie dans un Ms. de Baluse, relié avec le ihre Ambassades (B. imp., 8448*, aujourd'hui F. Fr. 3884), et dont il existe un assez grand nombre de Mss. M. Buchon, dans le supplément de son Froissart, t. XV, reproduit leMs. 9745'* (Golb., 1051, F. Fr. 5144; il ne s'est pas retrouvé quand je l'ai demandé à la Bibliothèque impériale). Il a même cru trouver le nom de l'auteur dans une préface imitée de Froissart : « Afin que le grant fait d'armes et les grans trahisons qui par les guerres de France et d'Angleterre sont advenues soient notablement mis en mémoire perpétuelle par quoi les bons puis-

t prendre exemple, je messire Jean Lebeau, jadis chanoine

Saint-Lambert du Liège, ay mis en prose ce petit livre, » etc. : lin sorte que l'auteur de ce supplément à Froissart porterait exactement le même nom et le même titre que celui dont Froissart a reproduit ou remanié l'ouvrage au commencement de ses chroniques; et M. Buchon 'Toit que le second était fils du premier. Il voit même sa signature autographe, sous la forme (le Le Baud, et la date de 1449, dans le Ms. de la B. imp. 10212» '\Fr. 5625). Mais M. Kervyn de Lettenhove, dans une notice II' les chroniques inédites de Gilles le Bel {Bulletin de r Académie royale de Belgique, 2" série, t. II, n® 6), a fort bien montré la fausseté de cette attribution. La chronique de Richard II lait suite à la première partie de la chronique de Froissart dans le Ms. de Valenciennes. Le copiste a fort maladroitement imité le préambule de l'un des deux morceaux en tête de l'autre. On ne connaît point de Jean le Bel, petit-fils du chanoine de Liège, et il n'aurait jamais signé Jean Lebaud.

M. Kervyn, après avoir rejeté ce faux nom, a cru trouver le véritable; c'est celui de Greton, qu'il veut reprendre ;i la chro-

ne

nique en vers pour l'appliquer h. la chronique en prose, même nom ne se peut guère donner à toutes les deux en même temps: car si le texte du Ms. des Ambassades a de l'analogie avec la chronique en vers, le texte publié par M. Buchon offre des différences qui ne permettent pas de le rapporter au même" auteur. Or, dans une addition à Froissart, qu'on trouve au I Ms. 8329 F. Fr., et qui a été en partie reproduite par M. Buchon (Édit. du Panthéon littéraire, t. III, p. 367), Greton est cité comme l'auteur d'un récit de la mort de Richard II conforme à celui de la chronique en prose dont nous parlons.

L'argument serait décisif, si le nom de Greton ne se trouvait rattaché à la chronique en vers par les témoignages les plus précis, témoignages que M. Kervyn ne paraît pas avoir connus.

Dans le Ms. 275, fonds Saint-Victor, dont il a été parlé plus haut, on lit à la suite de cette chronique : « Explicit l'ystoire du roy Richart d'Engleterre, composée par Greton. » Puis au f" suivant (132 v°) : « Epistre fet par ledit Greton. Ainsi corne vraye amour requiert a très noble prince et vraye catholique Richart d'Engleterre, je Greton, ton liège serviteur le envoyé cest espitre, » etc. L'auteur exprime sa joie de ce que Richard, selon le bruit qui court, s'est échappé des prisons de l'usurpateur Henri de Lancastre, et son étonnement qu'il ait pu survivre à de tels traitements. Vient après cela, f** 133 : « Balade par ledit Greton :

0 vous seignors du sang royal de France , Mettez la main aux armes vitement, etc.

(Voyez Arch^ol., t. XX, p. 189.)

On a une lettre du même personnage à Richard, qu'il croit vivant et réfugié en Ecosse. Il fut même envoyé en Ecosse par Gharles VI, pour s'assurer si Richard était vraiment en vie, au moment où sa jeune veuve, fille du roi de France, devait épouser le fils du duc d'Orléans. (Voyez ArchœoL, t. XXVIII, p. 89 et 94. Nous reviendrons sur ces choses en leur temps.)

La chronique en vers doit donc demeurer à Greton. Pour la chronique en prose , le nom , malgré la citation du Ms. 8329 F. Fr., resté à trouver ; mais on peut dire de l'auteur qu'il était contemporain. M. Kervyn signale une nouvelle preuve assez plausible de sa présence sur le théâtre des événements, dans ce

passage relatif aux chevaliers faits par Henri IV avant son sacre : « Le xi*' fu monsieur Franche de la Court, et les aultres chevaliers je ne cognissoye point. » Il conjecture qu'il était venu en Angleterre en 1396, à la suite de la fille de Charles YI, mariée à Richard.

Nous avons généralement suivi leMs.deBaluse(F.Fr.3884), récit plus étendu, et dont M. Buchon a reproduit plusieurs fragments en forme de supplément.

La Chronique de Charles VI, par un religieux de Saint-De- NYS, publiée par MM. Bellaguet et Magin, dans la collection des Documents inédits de l'histoire de France. Moins importante pour l'Angleterre que pour la France,

elle ne laisse pas d'être capitale pour tous les points communs

des deux histoires.

On trouve des renseignements de nature diverse, sur le temps de Richard II, dans les poètes et dans les écrits du temps même :

Geoffrey Ghaucer, poems, principalement the Canterbury taies , dans le recueil : The works of the English poets ; in iwenty-one volumes, in-8. T. I, Lond., 1810.

J, GowER, poems, dans le même recueil, t. II.

Gower, né, à ce que l'on pense, avant Chaucer, mourut en 1402, dans un âge avancé. Il composa son traité appelé Confessio amantiSf sur l'invitation de Richard II, l'an xvi de ce prince (1392); mais il le remania : le prologue que nous avons, fait allusion à l'élévation de Henri de f^ancastre. On y trouve quelques traits sur l'étal de l'Angleterre et le déclin de l'Église. Mais au fond ce long poëme n'est qu'un ramassis indigeste des fables et des traditions héroïques de l'antiquité, à propos des vices du temps présent.

Quelques pièces latines du même auteur se trouvent dans l'ouvrage suivant :

Political poems and sangs relatives to English history, cornposcd during the period from the accession of Ed. III to thaï oj llich. ///, éd. by Th. Wright. Lond., 1859-1861. 2 vol. grand in-8. Dans la collection des Renim Britannicaruni medii œvi

scriidnres.

Ce recueil renferme plusieurs pièces importantes que nous citerons en leur lieu.

Fasciculi zizaniorum magistri Johannis Wycli/f cum tritico , adscribed to Thomas Netter of Walden, provincial of the carmélite order in England and confessor to King Henri V, éd. by W. Waddington Shirley. Lond. 1858. (De la collection des Rerurn Britannicarum medii œvi scriptores.)

Ouvrage très-important pour l'histoire de Wicleff et de ses disciples. Nous aurons, en parlant de Wicleff, occasion de citer d'autres ouvrages.

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