BOULEVARD SAINT-GERMAIN, N
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l.F GOUVEKIfEIIENT ur ^,i.^ r ^ . r rt ET LE GOUVERNEMENT DE RICHARD.
La condanmalion de TAdmirable Parlement et la justification de Richard sont dans les faits qui ont suivi.
Glocester et son triumvirat (des cinq lords appelants, les comtes de Derby et de Nottingham, venus plus tard, étaient aussi moins liés à sa cause; Glocester, Warwick et Arundel étaient alors pleinement maîtres du pouvoir. Ce n'était plus comme après la destitution de Michel de la Pôle, quand les grands
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olïiciers et le conseil imposés au roi par le fameux statut de Tan x (1386) étaient tenus en échec par les anciens conseillers et les amis du prince. Après avoir tenté de s'affranchir au nom du droit d'abord, puis à Taide de la force, Richard, deux fois vaincu, demeurait seul. La peine des traîtres avait fait le vide autour de lui. La peine des traîtres écartait de sa personne tout autre que ceux qui le tenaient sous leur joug. S'il restait roi^ c'est que le fils de Lancastre n'avait pas souffert que Glocester, un cadet, prît, aux dépens de sa branche à lui^ la couronne. Il restait roi pour revêtir des formes légales les actes de ses oppresseurs. Glocester pouvait donc agir sans rien craindre d'un parti abattu. Les hommes de son choix étaient dans les grands offices comme dans le consei l ; l'administration des comtés , tou te à sa discrétion . Le parlement de 1388 s'était formé sous son influence; les suivants n'y pouvaient pas échapper davantage. Rien n'empêchait d'accomplir les réformes au nom desquelles la révolution s'était opérée. Mais les révolutions de cette sorte apportent moins de changements aux choses qu'aux personnes, et servent plus aux intérêts des chefs qu'aux besoins du pays : heureux encore le pays^ lorsque après avoir donné satisfaction aux ambitieux, elles arrivent à réparer les désordres qu'elles ont causés ! car en pareille matière, même dans les cas les mieux justifiés, quand le remède a chassé le mal, reste à guérir de la maladie du remède, et cela n'est pas moins difficile.
L'Admirable Parlement, parmi le^s débats judiciaires qui l'avaient rempli, s'était surtout occupé de donner force et garantie aux actes qu'il avait accomplis et au gouvernement qu'il avait institué : c'est ce qui tenait la plus grande place dans les pétitions des communes. Le parlement, réuni peu de mois après à Cambridge (9 septembre 1388), ne sait encore que donner de nouvelles armes au pouvoir : tant le pays demeure troublé ! et cette convocation précipitée , après une si longue session, montre déjà combien le gouvernement se sentait peu sûr de lui-même. Mais le statut oii se résume l'action commune du parlement et du conseil, met en pleine lumière les embarras de la situation. Après avoir, selon la formule d'usage, proclamé toutes les libertés, il confirmait, en les aggravant, toutes les lois du despotisme. Il renouvelait la loi des laboureurs, avec des clauses qui tendaient à fixer en leur lieu, non-seulement les serfs, mais les hommes libres : défense à tout laboureur, homme ou femme, de quitter, même à l'expiration de son engagement, le canton où il avait servi, sous prétexte de pèlerinage ou pour servir ailleurs, à moins d'avoir une lettre scellée du sceau royal où fût constatée la cause de son départ et l'époque de son retour, s'il devait revenir. Mais l'apposition du sceau royal n'était point un acte d'intervention du roi : le sceau était remis dans chaque canton â quelque propriétaire désigné par le juge de paix; en sorte que c'était aux cantons intéressés, à voir s'ils voulaient,
en autorisant le départ, se priver des services. Les hommes libres que l'on voulait ainsi retenir, pouvaient à leur tour faire la loi aux maîtres, en exigeant pour leur travail un salaire supérieur à ce que comportaient les produits des champs : aussi le statut d'Edouard lïl avait -il pour corollaire une loi de maximum. Le statut de Cambridge renouvelait aussi cette loi, retendant aux serviteurs et de la ville et de la campagne, avec un tarif approprié, et des peines non-seulement contre ceux qui demandaient, mais contre ceux qui auraient consenti à payer davantage. Ainsi, là même où le travail était libre, il était cantonné et taxé, ni plus ni moins que le travail des serfs. Par une autre mesure qui ramenait plus directement encore au servage, on défendait d'appliquer à un métier l'enfant qui, jusqu'à l'âge de douze ans, aurait été retenu aux travaux de la campagne. Si l'on souffrait si difficilement que l'ouvrier pût changer de maître, on devait tolérer beaucoup moins qu'il réussît à s'en passer. On poursuivait le vagabondage sous toutes ses formes (excepté celle des religieux mendiants), en défendant aux pauvres valides de voyager sans permis (testimoniales)^ et aux infirmes de sortir du lieu où le statut les trouvait à demeure. Les baillis, maires et sénéchaux étaient particulièrement chargés d'exécuter ces mesures, sous la surveillance des juges de paix (a).
Le statut qui recourait à ces moyens violents pour rétablir la paix publique, cherchait aussi à la garder
contre d'autres excès. Défense aux seigneurs de donner leur livrée ou leurs insignes à d'autres qu'aux gens obligés par contrat à les servir, en paix comme en guerre, pour toute la vie^ ou aux valets demeurant dans leur propre maison : car cette livrée couvrait de l'impunité des grands les extorsions les plus odieuses. Défense aux paysans ou gens de métiers d'avoir dague, ni épée, ni aucune arme autre que l'arc et les flèches : on respectait cette arme populaire, la force de la milice anglaise, toujours en honneur, même depuis que d'autres engins de guerre tonnaient dans les batailles, et Ton voulait que le peuple s'y exerçât le dimanche à l exclusion de tout autre jeu; on prohibait les autres armes, qui, lorsqu'elles n'étaient pas aux mains des chevaliers, semblaient être plus volontiers les instruments du brigandage et des conjurations. Enfin le statut témoignait qu'il voulait le respect des agents du pouvoir, l'intégrité dans l'administration^ l'indépendance dans l'Église. Pour faire respecter les agents du pouvoir, il confirmait une loi de la deuxième année de Richard, qui défendait, sous peine de prison, que personne dît du mal des prélats, ducs ou comtes, comme aussi des ministres du prince, chancelier, trésorier, garde du sceau privé, sénéchal de 1 hôtel, juges de l'un ou de l'autre banc, et, en un mot, des principaux oiliciers du royaume. Pour assurer l'intégrité de l'administration, il décrétait que les grands officiers et tous ceux qui avaient pouvoir de nommer les vicomtes, agents du domaine, rece-
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veurs ou contrôleurs des subsides, ou iout autre serviteur du roi , les choisissent sur leur mérite, et non par faveur ou même à prix d'argent. Pour maintenir l'indépendance de l'Église, il sanctionnait le statut des proviseurs; mais, dès le temps du dernier parlement, dès leur installation au pouvoir, ces hommes, si jaloux de l'intervention du saint-siége dans leur Église, avaient poursuivi en cour de Rome et obtenu du pape le déplacement, c'est-à-dire la destitution de l'archevêque d'York, l'un des cinq conseillers de Richard jugés en parlement, et la provision de ce siège, ainsi que de quatre autres rendus vacants par la promotion des titulaires. Il est vrai qu'ici le gouvernement lui-même sollicitait ces mesures^ et que celui qui en avait le premier bénéfice, c'était le chancelier, l'évêque d'Ely, frère du comte d'Arundel. Les cinq prélats nommés le même jour en remplacement l'un de l'autre (comme l'eussent pu être de simples vicomtes), nommés par provision, vinrent le même jour aussi promettre fidélité au roi et recevoir leur temporel en face de ce parlement qui-renouvelait la loi des proviseurs (a) !
A ces actes du parlement de Cambridge, Knighton ajoute une loi somptuaire qui avait pour objet de maintenir entre les classes des distinctions effacées par le progrès du luxe chez les gens du peuple; et Walsingham, bien d'autres choses qu'il juge inutile de rappeler à la mémoire : « car, dit-il, on les votait toujours et on ne les exécutait jamais, n Ce qu'on
renouvela et ce qu'on exécuta mieux, ce fut le vole des subsides, un dixième de la part du clergé, un quinzième de la part des laïques, sans préjudice des taxes courantes : car le nouveau gouvernement, pas plus que l'ancien, n'avait trouvé le moyen de pourvoir, sans cette aide, aux besoins du pays. Ajoutons que, même à ce prix, il n'avait pas su davantage lui rendre l'éclat qu'il avait perdu au dehors (a).
Le péril de l'invasion française s'était dissipé. Cette invasion, que l'attitude hostile du parlement de 1386 vis-à-vis du gouvernement de Richard aurait pu rendre possible, avait échoué, on l'a vu, par suite des retards plus ou moins calculés du duc de Berri ; et le nouvel armement confié à Clisson n'avait pas mieux abouti, grâce au guet-apens du duc de Bretagne. L'Angleterre n'était donc plus en péril, et elle trouvait une excellente occasion de reprendre l'offensive. Clisson, tiré des mains du duc de Bretagne, lui faisait la guerre. Il avait racheté du duc d'Irlande, Jean de Blois , fils de Charles , retenu longtemps comme otage en Angleterre ; il le mariait à sa fille, et menaçait de recommencer la querelle des prétendants, querelle oii il comptait bien sur l'appui de la France. Le duc était donc poussé à rappeler les Anglais; et ceux-ci n'attendirent pas son appel pour se préparer à tout événement. Les procès de l'Admirable Parlement n'étaient point encore finis que le comte d'Arundel, l'un des cinq lords appelants, déjà signalé par ses succès comme amiral, se faisait nommer
gouverneur du château de Brest (9 avril); et le 20 mai, il partait de Hampton avec une flotte qui lui permît de se porter partout où il le jugerait nécessaire. Mais le duc de Bretagne s'était ravisé. Le roi de France, loin de songer à l'accabler, ne voulait qu'apaiser la querelle; et le duc savait que la Bretagne, s'il voulait s'appuyer des Anglais, passerait tout entière à Clisson. Après avoir cherché dans les armements mêmes du comte d'Arundel un prétexte pour ne point se rendre à l'appel du roi aux États d'Orléans, il se laissa mener à Paris, où Charles YI termina le différend par un équitable arbitrage. Le comte d'Arundel n'avait plus rien à espérer de la Bretagne; il se rejeta sur les îles du voisinage, lit une incursion heureuse dans la Saintonge, où nul ne s'attendait à le voir, et un peu plus tard faillit se faire prendre auprès de la Rochelle, où l'on était mieux en garde. Il échappa, reprit la mer, et, au retour, fit encore quelques descentes sur les côtes de Normandie, s'avança jusqu'aux portes de Bayeux; puis il ramena son butin à Cherbourg, d'où il revint en Angleterre (a).
Cette petite guerre de littoral et quelques pointes à l'intérieur eussent-elles toujours été couronnées de succès, ce n'était pas de quoi rehausser beaucoup le nouveau gouvernement. Il n'avait guère ajouté plus à son prestige, quand il avait voulu s'approprier les exploits du fameux aventurier anglais J. Haukwood. en lui donnant au nom du roi, duc de Guyenne, et à
ce titre, prétendait-on, suzerain de Provence, tout pouvoir pour y exterminer les hérétiques et les schismatiques^ : chose que ce chef de bandes faisait tort bien sans lettres patentes. Cette attaque aux nouveaux domaines de la maison d'Anjou ne menait pas au cœur de la France; et ce brigandage eût-il réussi, le gouvernement anglais n'eût pas été dispensé d'agir par lui-même, s'il voulait ne pas rester au-dessous des espérances qu'il avait excitées. En somme, il avait fait bien peu encore : et cependant tout semblait le servir.
La guerre d'Espagne finissait. Elle n'avait eu depuis le commencement que des revers pour les Anglais, et la dernière expédition n'avait point rétabli l'honneur de leurs armes. Lancastre, parti au commencement de juillet 1386 avec sa femme et ses deux filles (la circonstance n'est point à négliger), avait, en passant, dégagé le château de Brest, et, à la fin du même mois, pris terre à la Corogne^ où il congédia sa tlolte, comme si dès lors il fût entré en possession de son royaume et qu'il n'eût plus à retourner en Angleterre. Le roi de Portugal, qui l'avait appelé, n'avait pas manqué au rendez-vous. On envahit la Castille; mais l'armée anglaise s'était vue bientôt arrêtée par des maladies; et quand, Tannée suivante, Lancastre renouvela son entreprise, il trouva un pays ravagé, d'où la famine le força de sortir. Ce double échec