k mars 1388). Rymcr, t. VU, p
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dissipa ses illusions. Le roi de Portugal, pour s'assurer de son appui, avait demandé tout d'abord et venait d'épouser l'aînée de ses deux filles (1387). Le roi de (bastille lui demanda l'autre pour son propre fils. Le prince anglais lui disputait le trône au nom de sa femme : le Castillan le lui offrait pour sa fille, en la mariant à celui qui en devait hériter. Le duc de Lancastre accepta. II renonçait à son titre de roi, mais sa fille devenait reine; et une rente de 40 000 francs, outre quelques villes données à sa femme, le dédommageait des prétentions qu'il abdiquait. Singulière fortune des nations ! La France bien souvent n'a vaincu que pour le profit des autres. L'Angleterre a su presque toujours tirer avantage, même des revers qu'elle a subis. Cette guerre d'Espagne, la plus folle qu'elle ait entreprise, et qui, sans lui donner la Castille, a contribué à lui faire perdre la France^ c'est pourtant par elle qu'elle a pris pied dans la Péninsule. L'Espagne a échappé à Lancastre, mais le Portugal est resté sous la main des Anglais (a).
Pour le présent^ et toute satisfaction eût-elle été refusée à Lancastre, c'était un avantage que de sortir d'une entreprise dont la complication avait été si fatale aux résultats de la guerre de France. L'Angleterre était libre de ce côté, et la France occupée ailleurs. La Flandre leur faisant défaut, les Anglais avaient cherché dans le voisinage quelque autre moyen de tenir en échec et la France et le duc de Bourgogne maître de la Flandre. Ils avaient trouvé un petit
prince, le duc de Gueldre, qui, moyennant 1000 livres de pension, s'était obligé à servir le roi d'Angleterre sa vie durant, et à défier France et Bourgogne. Si peu redoutable qu'il fût à la France, il incommodait le duc de Bourgogne aux Pays-Bas; et Charles VI s'était laissé dire par son oncle qu'il allait de son honneur de répondre à ce défi. On avait terminé à la hâte l'affaire de Bretagne ; on s'était préparé à l'invasion de la Gueldre comme à l'invasion manquée de l'Angleterre ! — La politique anglaise avait donc réussi au delà de toute espérance ; et cette campagne, en engageant dans une lutte stérile la meilleure partie des forces de la France, offrait à Glocester une occasion bien favorable pour reprendre le rôle qu'il reprochait à Richard d'avoir abdiqué. Il n'en fit rien ; et tous ses trophées se bornèrent au butin rapporté par le comte d'Arundel. Bien plus, dans le même temps il voyait se renouveler pour sa nation des affronts que Richard au moins n'avait pas laissés impunis. La France, en effet, alors même qu'elle ne combattait pas, avait un allié de sa cause attaché aux flancs del'Angleterre, je veuxdire l'Ecosse. Les Écossais franchirent la frontière, et, quoique trois fois moins nombreux, livrèrent aux Anglais, près d'Otterbourne, un combat que ces derniers se vantèrent d'avoir gagné parce qu'ils avaient tué Douglas (19 août 1388); mais Douglas mourant avait ordonné de relever son étendard, et ses compagnons, se raljiant à l'entour et reprenant son cri de guerre, restèrent maîtres du
champ de bataille. Si leur chef était mort, ils ramenaient parmi les prisonniers , signe plus certain de la victoire, le principal chef des Anglais, le bouillant Henri Percy, surnommé YÈperon de feu (Hotspur) (a).
En pareille circonstance, et pour éviter peut-être que les Français, dans la campagne suivante, ne vinssent en aide aux Écossais^ Glocester^ qui avait tant accusé les anciens ministres de Richard d'avoir traité avec la France, envoya lui-même des ambassadeurs à Charles Yl pour négocier une trêve. La France ne refusait pas : au retour de la campagne de Gueldre , Charles YI , fatigué du gouvernement de ses oncles, les avait congédiés; et ses nouveaux ministres, anciens conseillers de Charles Y, appliqués à réparer les maux du royaume à l'intérieur, ne demandaient pas mieux que de s'assurer, au moins provisoirement, quelque sécurité du côté de l'Angleterre. Seulement ils mettaient à la trêve une condition, c'est qu'elle comprît les deux alliées de la France, l'Espagne et l'Ecosse. L'Espagne aurait pu être naguère un obstacle : c'était le lot du duc de Lancastre; et si on l'eût rappelé malgré lui de cette contrée, comment espérer qu'à son retour il ratifiât les actes de son cadet Glocester en Angleterre? Mais le traité récemment conclu rendait de ce côté Tarrangement plus facile. La difficulté, c'était l'Ecosse. Les Anglais avaient là une revanche à prendre. Ils soutenaient que l'Ecosse étant une dépendance de l'Angleterre, la France n'avait
pas le droit de stipuler pour elle; et les Écossais, il le faut dire, ne se souciaient guère davantage d'une transaction qui les eut désarmés. Loin de craindre une revanclie, ils envahirent de nouveau leNorthumberland; et Thomas Mowbray, comte de Nottingham^ maréchal d'Angleterre, envoyé pour les repousser, échoua faute de forces suffisantes (a).
Rien donc ne relevait le gouvernement de Glocester. A l'intérieur, il avait donné à ses amis toutes les grandes positions de l'Église et de l'État ; mais il n'avait point changé autrement la situation. Il avait (lu demander au parlement les mêmes impôts , avec de nouveaux suppléments , et il n'avait pas su au dehors en faire meilleur usage. Il avait combattu sans succès les invasions des Écossais, et négocié sans résultat une trêve avec la France. Les choses en étaient là, quand un jour (3 mai 1389) le roi, entrant au conseil, demanda qu'on lui dît quel âge il avait.
f< Yingt-deux ans, dit Glocester.
— Je suis donc, reprit-il, pleinement en âge de gouverner et ma maison et même mon royaume. Tout héritier dans le royaume, quand il a vingt et un ans, a le droit d'administrer librement ses propres affaires. Comment donc me refuserait-on ce que la loi accorde au moindre Vie mes sujets ? >>
Les barons surpris répondirent qu'on ne lui voulait rien refuser de légitime.
(( Il y a longtemps, continua Richard, que je vis sous votre direction , et je dois rendre grâces à Dieu
d'abord, puis à Vos Seigneuries, de ce que, par vos soins, ma personne, mon héritage et tout le royaume d'Angleterre, tant à l'intérieur qu'au dehors, ont été défendus de toutes parts contre nos ennemis, à l'honneur de ma couronne. Mais aujourd'hui, Dieu ayant permis que j'atteignisse à l'âge légal, je réclame et j'entends exercer librement par la suite le droit de gouverner ma personne et mon héritage, de choisir mes officiers et mes ministres, de les investir de leurs fonctions selon qu'avec la grâce de Dieu il me semblera le plus expédient; comme aussi d'exclure des charges ceux qui en sont investis, et de les remplacer comme il me plaira. » Il ordonna à l'archevêque d'York (Thomas Arundel), chancelier, de lui rendre les sceaux, et le lendemain il les donna à Tévêque de Winchester. Il remplaça de même le trésorier , le clerc du sceau privé, ainsi que les juges du banc du roi et des plaids communs, récemment institués par Glocester. Il renouvela le conseil, d'où il exclut Glocester, Warwick et leurs amis, et reprit au comte d'Arundel la charge d'amiral et le gouvernement de Brest, pour les donner à son frère utérin, J. de Holland, comte de Huntingdon. « Nul n'osa résister, dit Knighton; tous rendaient grâces à Dieu d'avoir donné au pays un si sage roi [a). »
Ces changements de personnes étaient la condition nécessaire de l'œuvre accomplie par Richard. Pour se rémettre en possession du pouvoir, il fallait bien qu'il le reprît aux amis de Glocester; mais il ne le
{30uvait faire d'une façon plus rassurante pour le pays, pour ses ennemis eux-mêmes. Son chancelier , c'était W. de Wickham , ce grand ministre d'Edouard 111, illustre et dans la politique et dans les arts, qui dota l'Angleterre des plus beaux monuments, qui bâtit pour Edouard cette merveille de Windsor. Écarté du pouvoir dans les dernières années de ce prince, et frappé par Lancastre, relevé de ses condamnations par l'intervention de tout le clergé, il n'avait pas cessé d'être au premier rang sous Richard II, également respecté de tous les partis; et il avait eu sa place dans ce fameux conseil de Tan x, qui avait mis tous les pouvoirs aux mains de Glocester : quelle meilleure garantie que Richard ne voulait pas donner d'autre suite à la consultation de Nottingham? Son trésorier, c'était tin autre ancien ministre d'Edouard III, Tévêque d'Exeter, deux fois trésorier déjà pendant sa minorité (1377 et 1379), c'est-à-dire de l'aveu du parlement; et bientôt même (12 juillet 1389), il rendit les clefs du trésor à celui qu'il venait d'en priver, au trésorier nommé par le parti de Glocester, à l'évêque de Hereford, devenu évêque de Saint-David (a).
Tous ses actes portèrent l'empreinte iw cclic mudération, où se décelait une âme sûre de son droit et sachant se posséder dans sa force. La proclamation où il annonçait qu'il avait pris le gouvernement de l'aveu du conseil , des prélats et des grands du royaume, confirmait toutes les amnisties, donnait
des garanties à tous. Point de violence contre ceux mêmes qui l'avaient tant humilié. Glocester, naturellement suspect après une telle élévation et une telle chute, lui était signalé comme méditant une vengeance, par ces hommes qui ne manquent jamais aux restaurations ou aux révolutions pour les pousser aux représailles. Le soupçon était faux, ou du moins prématuré. Le roi fit venir son oncle, et ne lui laissa pas même la peine de confondre les calomniateurs. Un peu plus tard, comme il n'était pas rassuré, et que ses deux principaux complices, Warwick et Arundel, partageant ses appréhensions, avaient prié le comte de Northumberland de faire leur paix avec le roi et le conseil, Richard les fit rentrer dans le conseil. Derby les y avait précédés^ si même jamais il en était sorti. Quant à Nottingham (comte maréchal), il était déjà l'objet des faveurs du roi. — Point de précipitation non plus à abolir les actes dont il sentait le plus l'iniquité. Les morts ne pouvaient pas être tirés du tombeau; mais les bannis non plus ne revinrent pas de l'exil. Michel de la Pôle traîna un an encore sa vie dans la tristesse parmi les distractions que la cour de France lui voulait offrir. L'ancien archevêqued' York géra jusqu'à la fin la petite cure qu'il avait obtenue des Flamands; et le favori lui-même, le duc d'Irlande, ne fut point rappelé : les portes de la patrie ne devaient se rouvrir qu'à son cercueil. Les arrêts qui les avaient frappés étaient des actes du parlement. Richard ne crut pasqu'illui futpermis de les
détruire , ni même qu'il fût sage d'agiter le pays en appelant un parlement nouveau à supprimer ce que l'autre avait résolu. Il fit donc à la paix publique le sacrifice de ses affections; il y sacrifia le sentiment même de son honneur offensé : car il n'était pas moins atteint que les autres dans ces jugements pour crime de trahison, qui demeuraient inscrits aux rôles. Il maintint, provisoirement du moins, les statuts, même en ce qu'ils avaient, quant au passé, de rigueur ou d'outrages pour les siens et pour lui. Il maintint les pardons accordés, fit remise d'une partie de l'impôt voté au dernier parlement, et suivit la politique du gouvernement de Glocester dans toutes les voies où il la trouvait utilement engagée (a).
C'est ce qu'il fit à l'égard de la France.
Les règnes de Richard et de Charles VI avaient offert jusque-là de singulières analogies dans leurs vicissitudes. De part et d'autre des minorités au début, et près du roi mineur trois oncles ayant euxmêmes certaines ressemblances, tant par leur rôle que par leur caractère : les deux aînés, Anjou et Lancastre, détournant les forces du royaume, l'un vers ritalie, l'autre vers l'Espagne, à l'appui de leurs prétentions aux royaumes de Naples et de Castille; les deux plus jeunes, Bourgogne et Glocester, aspirant surtout à dominer à l'intérieur; les deux puînés, Berry et York, personnages effacés entre les figures bien autrement caractérisées des aînés et des plus jeunes; ajoutez de grandes révoltes à l'intérieur
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(Wat-Tyler, les Maillotins) précédant le renouvellement de la lutte où les deux pays se trouvaient originairement engagés. Mais le naturel des princes et la constitution tout autre des deux États avaient pourtant amené de notables différences dans leurs destinées. En Angleterre, le roi s'était montré digne et capable de régner du jour où il avait si hardiment reconquis sa capitale , que l'incurie et l'absence de ses oncles avaient abandonnée sans défense à l'invasion populaire; et ce n'était que par d'odieuses manœuvres que l'un d'eux s'était ressaisi du pouvoir avec l'aide du parlement. En France, les oncles avaient régné sans discontinuité, épuisant le trésor par leurs dilapidations, provoquant la révolte par la surcharge des impôts, et jetant le pays dans une suite d'entreprises qui devaient ajouter à la misère publique; gouvernement ruineux et qu'il ne faut pourtant pas condamner sans rémission : car s'il agita le pays, il lui rendit le sentiment de sa force; il releva par une grande victoire (Rosebecque) l'honneur des armes depuis trop longtemps tenu comme en réserve; il ramena nos troupes au devant des Anglais, qu'on était habitué à laisser passer librement sans rien risquer que les suivre; il les fit reculer euxmêmes devant les armées de la France; il les menaça et les fit trembler dans leur île devant les apprêts d'une grande invasion. Mais ici le blâme redevient légitime : car l'expédition qui avait tant coûté déjà ne s'était pas faite, et elle avait eu le
double inconvénient de faire négliger, par cet effort exagéré, des tentatives plus modestes et plus sures, et de rendre à l'ennemi, par son avortement, toute la confiance qu'il avait perdue. Une dernière entreprise, la campagne contre le duc de Gueldre, avait mis le comble à la mesure. Charles VI avait donc remercié ses oncles, et choisi ses ministres parmi les anciens serviteurs de son père Charles V; comme Richard un peu après (nouvelle analogie) remettait ses oncles à leur place, et, rendant les sceaux à l'évêque de Winchester, assurait aux débuts de son gouvernement personnel le concours et la sauvegarde du plus illustre chancelier d'Edouard III, son aïeul.
Les deux gouvernements, replacés dans ces conditions, se trouvaient plus que jamais en mesure de se rapprocher et de s'entendre; et la négociation que Glocester avait engagée fort à contre-cœur, Richard était naturellement porté à la reprendre et à la mener à bonne fin. Les difficultés secondaires qui avaient arrêté le premier furent facilement résolues. L'Espagne était moins que jamais un obstacle. Les conventions de Lancastre avec Jean 1" avaient leur pleine exécution : la fille du prince avait épousé l'héritier du trône auquel il renonçait: le duc touchait sa pension; et lui-même, après avoir traité en son nom personnel avec le roi de Gastille, était chargé de négocier au nom du roi d'Angleterre un semblable accord entre les deux pays. Quant à l'Ecosse, loin d'avoir à la rejeter de la trêve, l'Angleterre avait plu-
tôt intérêt à ce que la France l'y fît entrer. Le roi d'Éc^se y. consentait bien, mais il fallait l'assentiment des barons, « car sans leur sçu le roi ne l'eût pas fait, e^i s'il l'eût accordé ils ne l'eussent point tenu. » Les murmures éclatèrent quand on les réunit à Edimbourg pour leur lire les lettres du roi de France : « Le roi de France, s'écriaient-ils, ne sert qu'à faire trêve quand il est temps de guerroyer. Nous avons cette année battu les Anglois, et encore se taille bien la saison que nous les battrons une seconde et une troisième fois. » Ils députèrent vers le roi de France « pour briser tous ces traités et pour remontrer la bonne volonté du roi d'Ecosse, d Le roi reçut bien les envoyés, loua l'ardeur de leurs sentiments : mais les choses étaient trop avancées pour reculer, et on les y amena par la douceur. Les députés, réunis à Leulinghem, lieu ordinaire de leurs conférences, arrêtèrent donc les conditions de la nouvelle trêve, qui devait durer trois ans, du 1 5 août 1 389 au 16 août 1392, soleil levant (18 juin 1389) (a).
Déjà Tordre était en voie de se rétablir à Tintérieur et la paix aîi dehors , quand vint le temps de réunir le parlement.
Richard ne redoutait pas cette épreuve. Depuis qu'il avait repris le pouvoir, il n'avait rien fait que de l'avis de son conseil : attentif à prévenir avec lui les abus le plus ordinairement signalés dans les pétitions des communes, s'imposant des règles pour les nominations de ses agents, pour la distribution de
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ses grâces, et réservant les affaires les plus considérables, celles de Rome, celles des alliances, de la paix et de la guerre, à la décision du parlement. Une seule fois il faillit avoir un conflit avec ses conseillers, et c'était en faveur de l'un des lords appelants ! Le comte maréchal venait de recevoir du gouvernement de Glocester la garde de Berwick et de la marche occidentale d'Ecosse pour un an, sous des conditions réglées par contrat (8 mars 1389). Le roi voulait l'y continuer pour cinq ans au delà du terme marqué, en lui faisant des conditions plus avantageuses. Les conseillers s'y refusaient, alléguant que l'ancien contrat durait encore, et que le parlement leur pourrait reprocher d'avoir, sans nécessité, imposé au pays de nouvelles charges. Le roi insista vainement et partit en colère, disant : « S*il en arrive malheur, c'est à vous d'en répondre. » Incident curieux où l'on a vu la preuve de l'emportement du roi, et où, s'il n'était d'usage de prendre tout en mal de Richard, il semble que l'on aurait pu voir tout autre chose ; car le conseil, à la suite d'une délibération nouvelle, ayant persévéré dans son opinion, Richard céda, se bornant à lui faire agréer pour cinq ans la prorogation des pouvoirs du comte maréchal, dans les conditions où il les avait d'abord obtenus. Rapprochée du dénoûment , la vivacité même du langage dont on fait un crime à Richard ne sert qu'à mettre plus en lumière l'indépendance des membres du conseil et la déférence du roi à leur avis, même après une
restauration qui paraissait lui rendre toute puissance (a).
Cette restauration, accomplie par un acte de sa volonté seule, était la première chose qu'il voulût soumettre au parlement. Pour s'assurer un avis favorable, il ne recourut à aucun artifice; il ne fit aucun effort pour tenir éloignés de l'assemblée nouvelle ceux aux dépens desquels ce revirement s'était opéré. Tous les lords qui avaient siégé au parlement de la onzième année, les lords appelants, Glocester, Arundel, Warwick, Nottingham, figurent dans la liste de convocation, sauf un seul, le comte de Derby. Mais ce n'est peut-être qu'une omission de copiste dans le rôle; rien n'expliquerait, en effet, pourquoi Derby n'eût pas été appelé comme les autres : il n'avait pas cessé d'être du conseil; il était au conseil de Reading, où la convocation fut décidée. S'il y en avait quelques autres avec eux, ce n'étaient pas des complaisants du roi. Parmi les membres absents aux dernières assemblées, il en était un que le roi s'était tout spécialement montré désireux d'avoir : c'est le duc de Lancastre. Le duc, après son retour d'Espagne, continuant son séjour en Guyenne, Richard l'avait pressé, par messages et par lettres, de revenir en Angleterre, lui témoignant le désir de prendre ses avis; des vaisseaux furent pris par réquisition et mis à son service; et le duc se trouva en effet, et à Reading à la convocation, et à Westminster à l'ouverture du parlement (b).
Le parlement réuni (17 janvier 1390), le chancelier W. de Wickham, évêque de Winchester, aborda, dés le début, la question capitale ; et loin de récriminer sur le passé, il lui cherchait, dans les formes mêmes de son exposition, une excuse. Il dit que le roi « avoit été grand temps de tendre âge » (c'est à ce titre qu'on avait prétendu gouverner en son nom), mais qu'il se trouvait désormais « de tel âge qu'il étoit de plus grand sens et discrétion qu'il n'étoit pardevant. Et, ajoutait-il, bien qu'il ait toujours eu bonne volonté de gouverner son peuple en paix selon le droit et la justice, il est en meilleure volonté et ferme propos de gouverner mieux, si mieux est possible. » Il promettait le maintien de toutes les libertés, soit de l'Église, soit de TÉtat. Il annonçait la trêve conclue pour trois ans et les négociations qui allaient suivre; mais comme on ne pouvait prévoir encore si elles aboutiraient à la paix, ni même si la trêve serait observée, il fallait se mettre en mesure de tenir tête aux ennemis qui entouraient le royaume, garder ses positions et ses frontières ; et les revenus du domaine n'y pouvant suffire, le parlement était prié d'y aviser. Le chancelier invitait en outre les communes à lui dire si les lois étaient exécutées, la paix maintenue, ou, dans le cas contraire, quels remèdes il convenait d y apporter pour Tavenir, s'engageant au nom du roi à accueillir toute pétition et a laire bonnejustice '.